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LIAMINE ZEROUAL DÉCÈDE À L’ÂGE DE 84 ANS : L’Algérie perd un grand serviteur

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Grand homme d’État, Liamine Zeroual a répondu à l’appel de la patrie en assumant ses fonctions à la tête du pays (janvier 1994 – avril 1999) à un moment où beaucoup ont abandonné le navire en croyant qu’il allait couler au fond de l’océan. 

Moudjahid qui a rejoint les rangs de l’ALN dès son jeune âge avant d’intégrer, naturellement, la hiérarchie de l’ANP, Liamine Zeroual, Un homme d’État doublé d’un grand serviteur de l’Algérie vient de nous quitter. Homme populaire et proche des petites gens, Zeroual est décédé, samedi soir, à l’hôpital militaire de Aïn Naâdja, après un ultime combat contre la maladie. Né à Batna le 3 juillet 1941, le défunt a contribué activement à la glorieuse Révolution de 54. Après l’indépendance, il a poursuivi son parcours au sein de l’ANP, au profit de laquelle il a bénéficié d’une formation militaire de haut niveau. Au sein de l’institution militaire, Zeroual a dirigé des établissements de formation stratégiques, tels que l’École militaire de Batna (1974-1975) et l’Académie interarmes de Cherchell (1981-1982). Il a également exercé des fonctions de commandement au niveau des 6ᵉ, 3ᵉ et 5ᵉ Régions militaires. Ce parcours riche lui a valu sa nomination, en 1989, comme Commandant des forces terrestres. Zeroual est un pilier parmi ses pairs qui ont contribué à l’édification de l’institution militaire.

Homme de la situation  

Durant le début des années 90, et alors que le pays a basculé dans la violence terroriste au lendemain de l’arrêt du processus électoral qui allait soustraire la République aux mains de la nébuleuse intégriste, Liamine Zeroual a été appelé à la rescousse pour diriger le pays. Homme de consensus, il a assumé ses fonctions de chef d’État en 1994, au moment où beaucoup ont abandonné le navire en croyant que la République allait tomber sous le poids du terrorisme, des ingérences extérieures et de la crise économique. Droit dans ses bottes de par la discipline militaire qu’il s’est imposée, Zeroual n’a pas cédé au chantage des puissants en préservant la souveraineté de la décision politique et économique du pays. Au plan interne, il était ferme dans la prise de décision et rigoureux dans la gestion des crises. Sur le front extérieur, le défunt s’est érigé en rempart politique pour barrer la route aux ingérences et aux pressions étrangères face auxquelles il n’a jamais plié. Les Algériens se souviennent de l’homme nationaliste qui a refusé, en 1995, de rencontrer l’ancien président français, Jacques Chirac, à New York, en marge de la célébration du 50ᵉ anniversaire de l’ONU.  

Il faut souligner qu’en parallèle à ses fonctions de chef de l’État, Zeroual a dirigé, depuis 1993, l’institution militaire en tant que ministre de la Défense. En 1995, soucieux d’éviter à l’Algérie le piège tendu par les promoteurs des transitions imposées de l’extérieur, Zeroual a convoqué une élection présidentielle anticipée à l’issue de laquelle il est sorti vainqueur avec un score de plus de 60 % des voix. Il était l’homme de la situation de par sa sagesse, son sens du dialogue, sa clairvoyance mais aussi et surtout sa fermeté face aux menaces qui planaient sur le pays. Nationaliste jusqu’à la moelle épinière et redoutable patriote, Zeroual n’a pas hésité à frapper fort contre les groupes terroristes lorsque ces derniers refusèrent d’obtempérer et d’abdiquer pour bénéficier de la clémence de l’État décrétée à travers la loi sur la Rahma mise en place en 1995. Étape charnière de son parcours politique qui a ouvert la porte à une toute nouvelle période dans le processus de gouvernance du pays, Zeroual a décidé d’écourter son mandat en convoquant, en 1999, une élection présidentielle anticipée. Après de bons et loyaux services envers la Patrie, Zeroual s’est retiré de la vie politique et est rentré chez lui, à Batna, sa ville natale, où il a fini sa vie, en homme humble, généreux et digne, des qualités qui ont fait sa réputation.

Rappel du devoir

Alors qu’il menait sa vie paisible et de famille à Batna, le nom de Zeroual est revenu, en 2014, sur le devant de la scène politique nationale. Des rumeurs persistantes l’ont annoncé comme probable successeur à la présidence de la République. Zeroual a saisi l’information et a démenti toute intention de se présenter candidat à l’élection présidentielle. Plus tard, et dans le contexte du Hirak du 22 février 2019, son nom est à nouveau cité comme sérieux prétendant pour diriger la période de succession au défunt président Abdelaziz Bouteflika. Il n’en est rien ! L’ancien chef de l’État a réagi pour refuser cette « offre ».

De bons rapports avec le président Tebboune

Après l’élection du président Abdelmadjid Tebboune, en 2019, à la tête de l’État, Liamine Zeroual a multiplié les rencontres, les contacts avec lui. Aussi bien au palais d’El-Mouradia que chez lui à Batna, où le président Tebboune lui a rendu visite, le 1ᵉʳ avril 2025, alors accompagné du général d’armée, Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’ANP, ministre délégué auprès du MDN. Cette initiative inédite dans l’histoire du pays témoigne d’une nouvelle culture hors protocolaire instaurée par le président de la République dans ses rapports avec les hommes de l’État.

Il convient de noter qu’une cérémonie de recueillement auprès de la dépouille du défunt a été organisée hier après-midi au Palais du Peuple, où plusieurs personnalités et hauts cadres de l’État se sont rendus. Auparavant, le président de la République a fait le déplacement à l’hôpital militaire de Aïn Nâadja pour rendre un dernier hommage au 6ᵉ président de la République algérienne. Le chef de l’État a également signé sur place le registre de condoléances. Le moudjahid Liamine Zeroual va être enterré dans sa ville natale, aujourd’hui, après la prière du Dohr.

Farid Guellil

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