L’ex-P-DG du groupe Saidal, Ali Aoun, s’est vertement attaqué aux personnes exerçant du lobbying dans le domaine pharmaceutique, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Invité, avant-hier, sur le plateau d’une émission économique de la chaîne privée En-Nahar TV, celui qui a été poussé à la porte de sortie, en 2008, suite à des «pressions terribles», comme l’avait-t-il révélé, a accusé les lobbies d’être à l’origine de son éviction.
Pour lui, ces groupes «dangereux» qui imposent leur diktat sur le marché, aussi juteux que celui du domaine pharmaceutique, peuvent aller jusqu’à mettre à genou l’entreprise productive, au détriment, à la fois, de l’économie et des partenaires sociaux. Pour étayer ses propos, ce responsable, ayant été primé trois fois meilleur manager national, a raconté les vicissitudes de sa mise à l’écart après les «pressions» exercées sur lui par les responsables, à l’époque, lors de laquelle il avait été chargé d’une mission précise. Entendre : mener une opération de liquidation du groupe Saidal, tout cours. Or, selon ses révélations, après un audit mené pour examiner la situation financière de ce groupe, qui avait un déficit financier de 120 millions de DA, il avait conclu que tout n’était pas perdu. En effet, dans le rapport qu’il avait adressé à sa hiérarchie, il avait recommandé de sauver l’Entreprise, par la mise en place d’une restructuration qui ne demande même pas, selon lui, d’efforts colossaux. Il suffisait, a-t-il rappelé, de contracter une dette, de régler la situation des 1 500 employés de l’Entreprise qui n’avaient pas été payés pendant 6 mois, d’importer la matière première, et par conséquent, relancer la production du médicament. À croire l’ex-responsable de la première entreprise nationale opérant dans ce domaine, le problème était d’ordre financier. Autrement dit, Saidal disposait de l’unique chaîne de production qui existe au pays, ainsi que d’un personnel formé et hautement qualifié. À cet avantage, s’ajoute celui du marché du médicament qui était tout aussi important, eu égard aux importations de l’Algérie en matière des produits pharmaceutiques, avoisinant les 800 millions de dollars par an, à cette époque. Mais, justement, c’était ça le véritable enjeu, dès lors que ces mêmes lobbies, constitués d’un réseau d’importateurs et de fournisseurs parmi les plus grosses firmes internationales du secteur, ont la cote dans ce domaine. Donc, investir dans la production du médicament ne fera que reculer la marge de rentabilité de ces groupes d’intérêts communs. Bien qu’il soit conscient de cet état de fait qu’il présente comme un «danger», Aoun avait tout de même essayé de convaincre ses responsables du bien-fondé de sa démarche. Mais, cela n’a pas été du goût de ceux qui l’ont nommé au poste, ceci, dans la mesure où l’ex-PDG avait été chargé de liquider les actifs de l’Entreprise, et non pas son redressement, s’est-il livré à l’opinion publique, depuis sa démission forcée en 2008. «Si vous voulez la liquider, je ne suis pas votre homme», avait crûment lâché le même responsable à ses tuteurs. À ce titre, Aoun semble avoir été sûr de réussir à atteindre son objectif, à tel point qu’il s’était engagé à rendre des comptes à la fin de la première année de ce programme de restructuration. «J’espère que vous savez ce que vous faites», l’avaient menacé en termes à peine voilés ces mêmes responsables. Toutes ces pressions, donc, n’ont fait que peser au-dessus de sa tête telle une épée de Damoclès, avec l’autre risque que présente la pénalisation de l’acte de gestion. C’est ainsi qu’il avait contracté un crédit bancaire auprès du CPA pour régler la situation salariale des travailleurs en plus d’avoir importé la matière première qui a alimenté les intrants de la production. «C’était simple», a précisé l’ex-P-DG. D’ailleurs, l’Entreprise s’est redressée, selon lui, à la faveur de cette opération. Saidal avait même engrangé des bénéfices ayant atteint 200 millions de DA, durant la première année.
Ceci, en plus d’avoir remboursé la totalité des dettes de l’Entreprise, a expliqué Aoun. Pour lui, donc, les résultats enregistrés à l’heure actuelle par le Groupe, ne sont que le fruit d’une stratégie qu’il dit être la sienne. À cet égard, et au moment où la polémique de l’heure tourne autour de la «réhabilitation» des anciens cadres et responsables de l’État parmi ceux «injustement jugés et lésés», l’ex-SG du groupe privé CEVITAL se met de la partie et demande sa réhabilitation. Évoquant ses rapports avec les différentes parties, Aoun avait indiqué qu’il était en mesure de croiser le fer avec les groupes d’intérêts que sont les grands laboratoires pharmaceutiques, les importateurs, les investisseurs. Mais, son problème était les institutions et les différents responsables et cadres du gouvernement de l’époque. «Je ne pouvais pas en faire face», a-t-il avoué. Même si, à ce titre, il accuse des ministres sans les citer, lesquels, dit-il, se reconnaîtront après ses déclarations, d’être à l’origine des maux du secteur. «Lorsque j’avais dis que Saidal devait être une locomotive dans le secteur, des hauts cadres des appareils de l’État n’ont pas apprécié mes propos», a-t-il révélé, et d’appuyer ses propos par des exemples «d’un traitement arbitraire» qu’il avait subi, peu après, comme une sorte de «représailles». Ainsi, à le croire, en 2004, il avait fini par être convoqué par le juge, au lendemain de l’établissement d’une enquête menée autour de la problématique de surfacturation des importations en médicaments. Quand bien même, selon lui, il avait saisi le ministère de la Santé à cette époque.
En effet, que ce soit les pressions émanant des hauts cadres de l’État, les services du renseignement du DRS, son «implication» dans l’affaire Khalifa-Bank… l’ex-P-DG, aujourd’hui à la retraite, se sente plus que jamais exclu et injustement écarté. Pis, il a révélé avoir même fait l’objet de menace de mort, pour avoir, estime-t-il, dénoncé les groupes d’intérêts qui font main basse sur le secteur. Mais, il reste lucide, et semble se projeter vers l’avenir, dès lors, estime-t-il, que, maintenant, le peuple est témoin devant «l’arbitraire subi par les cadres et compétences de l’État». Interrogé sur les auteurs, Aoun accuse, sans ambages, le DRS d’être à l’origine de la «préfabrication des rapports» le ciblant. Cela étant dit, non seulement, il clame réhabilitation, mais il compte aussi, si peu que la Justice s’en saisisse des affaires y afférentes, de traîner les «gens qui ont monté ces dossiers préfabriqués» dans les tribunaux. Ceci, sachant «qu’ils sont connus tous», dira-t-il à gorge nouée. «Ils ont brisé nos personnes et nos familles. Ils ont “sali” nos noms. Donc, la Justice doit nous permettre de déposer plainte», s’est-il adressé à l’Institution judiciaire.
Farid Guellil