Dans l’air depuis quelques jours et suite de l’entretien téléphonique, passé lundi dernier, à l’occasion de la fête de l’Aïd El-Fitr, entre le président Abdelmadjid Tebboune et son homologue français Emmanuel Macron, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, effectue, demain, une visite en Algérie.
Un communiqué du ministère des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, publié jeudi dernier, a précisé à cet effet : « Dans le cadre prolongement de l’appel téléphonique du 31 mars 2025 entre le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, et son homologue de la République française, M. Emmanuel Macron, le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, M. Ahmed Attaf, a reçu ce jour un appel téléphonique de son homologue français, M. Jean-Noël Barrot ». Selon le ministère, le déplacement officiel de Barrot en Algérie intervient à l’invitation d’Ahmed Attaf. Dans cette perspective, détaille encore le ministère, « l’appel téléphonique a permis aux deux ministres de passer en revue les principaux dossiers auxquels les deux chefs d’Etat ont demandé que soit accordée une attention particulière dans le cadre plus large du règlement des différends qui sont venus récemment contrarier le cours normal de la relation algéro-française ».
Dans la forme, la visite prévue du chef de la diplomatie française à Alger sous l’autorité d’Emmanuel Macron et à l’invitation des autorités algériennes était une exigence du président Abdelmadjid Tebboune qu’il avait exprimée le 22 mars dernier, à l’occasion de son entrevue médiatique avec la presse nationale. Une exigence selon laquelle, il n’a, en tant que président de l’Algérie, aucun autre interlocuteur en dehors de son homologue français alors qu’il a délégué, pour sa part, son homme de confiance, Ahmed Attaf, pour traiter le dossier de relation avec la partie française. Depuis la sortie d’Abdelmadjid Tebboune qui a mis un point d’ordre dans cette crise, le « capharnaüm » animé en France dans le but de mettre la pression sur l’Algérie a eu moins d’impact sur le plan politique. Les animateurs politiques de la campagne anti-algérienne sont moins écoutés lorsqu’encore, pour certains à l’image du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, sont mis hors-circuit. Celui qui mène une « riposte graduée » à l’encontre de l’Algérie ne fait pas partie du « plan » de règlement de la crise avec l’Algérie. Pour preuve, malgré les prétentions qu’il se donne d’être « l’homme du dossier algérien », son nom ne figure pas dans les plans, les discussions et les visites de membres du gouvernement français à Alger. En effet, l’entretien téléphonique de lundi dernier entre les Présidents des deux pays a débouché sur deux visites en Algérie. Le ministre de la Justice, Gerald Darmanin devra suivre, prochainement, derrière son collègue des affaires étrangères.
Dans le fond, on ne peut pas, à priori, supposer une fin de la crise entre les deux pays eu égard aux divergences profondes qui minent leurs relations et exacerbent donc la crise, dont la cause directe était, faut-il la rappeler, la reconnaissance, par Macron, de la « marocanité » du Sahara occidental, exprimée notamment fin juillet 2024. Paris a-t-elle mis de l’eau dans son vin ? L’entretien téléphonique Tebboune – Macron de lundi dernier peut être interprété comme un signe d’apaisement. Mais, c’est plus conjecturer que de le tenir pour acquis. A fortiori que des officiels français, visiblement toujours sous l’emprise des milieux racistes d’une France n’ayant jamais atteint un tel niveau d’extrémisme politique, continuent à aboyer et à alimenter l’escalade avec l’Algérie. Dans la foulée, Retailleau, par exemple, poursuit son travail de sape et de parasitage alors qu’il est invité implicitement à se tenir à l’écart des relations avec l’Algérie. Pour ce qui est maintenant des dossiers qu’il conviendrait à discuter, « la reprise sans délai de la coopération sécuritaire entre les deux pays et du travail de la commission mixte des historiens », comme l’avait convenu les deux Présidents, doit être le fil rouge des discussions prévues à Alger. Car, si Paris a réellement la volonté de débattre avec Alger et d’en finir avec la crise, elle doit regarder outre Retailleau et consorts qui agitent les dossiers de visas, des sans-papiers, des OQTF, des influenceurs… Bref, tous les leviers de chantage activés jusque-là contre l’Algérie.
Farid Guellil