Accueil ACTUALITÉ LA MILITANTE AMINATOU HAIDAR : « La situation des Sahraouis est alarmante » 

LA MILITANTE AMINATOU HAIDAR : « La situation des Sahraouis est alarmante » 

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La voix d’Aminatou Haidar, figure emblématique de la lutte sahraouie et défenseure internationalement reconnue des droits humains, résonne une fois de plus comme un signal d’urgence.

Selon l’activiste, la situation dans les territoires du Sahara occidental sous occupation marocaine « va de pire en pire », dans un climat où répression et discrimination s’enchaînent, tandis que l’Espagne — ancienne puissance administrante — demeure silencieuse. Lors d’interventions tenues récemment en Espagne, Aminatou Haidar a dressé un tableau sombre de la vie dans les territoires occupés. Elle décrit une population sahraouie vivant sous un régime de surveillance militaire et policière permanent : manifestations systématiquement réprimées, arrestations arbitraires, procès expéditifs assortis de lourdes peines, discrimination institutionnelle et attaques répétées contre les droits économiques, sociaux et culturels. « La situation est alarmante et ne cesse de se détériorer », affirme la militante, rappelant que l’accès aux observateurs internationaux reste strictement interdit par Rabat, qui maintient un véritable « blocus informatif » autour du territoire.

La jeunesse, cible privilégiée 

Selon Haidar, la répression marocaine s’intensifie particulièrement contre la jeunesse sahraouie, cible privilégiée pour empêcher l’émergence d’une nouvelle génération porteuse des revendications indépendantistes. Elle dénonce une discrimination structurelle dans l’accès à l’emploi : « Des milliers de jeunes diplômés sahraouis n’ont ni travail ni perspective, tandis que les colons marocains sont favorisés. Quant aux Sahraouis qui soutiennent la thèse marocaine, ils bénéficient d’un traitement particulier ». La militante évoque également des méthodes plus insidieuses. Certains défenseurs de l’indépendance seraient privés de salaire et assignés à domicile, une stratégie destinée, selon elle, à « réduire au silence les voix dissidentes » tout en intimidant leurs familles et leurs proches.

Une militante marquée au fer rouge 

Aminatou Haidar parle en connaissance de cause. Elle a passé quatre années les yeux bandés dans une prison secrète marocaine, avant de devenir l’une des figures les plus respectées du combat sahraoui. Lauréate de prestigieux prix internationaux, elle révèle aujourd’hui avoir été injustement écartée de son poste pour avoir organisé une journée dédiée aux droits des femmes — un épisode révélateur, selon elle, du climat répressif généralisé. Elle rappelle également la situation des 19 prisonniers du groupe de Gdeim Izik, dont plusieurs défenseurs des droits humains, condamnés à des peines allant de 20 ans à la perpétuité lors de procès décriés par Amnesty International, Human Rights Watch et de nombreuses instances internationales. Haidar souligne une transformation démographique profonde : « Plus de 300 000 colons marocains contre 150 000 Sahraouis natifs », une dynamique qu’elle qualifie de « stratégie délibérée visant à remodeler le territoire et marginaliser sa population autochtone ».

Un reproche adressé à l’Espagne

L’activiste accuse ouvertement Madrid de se rendre complice de cette situation. En soutenant le plan d’autonomie marocain, l’Espagne « perpétue une occupation illégale » et facilite l’exploitation des ressources naturelles sahraouies, tout en ignorant les graves violations documentées par Amnesty International, Human Rights Watch, l’ONU et d’autres organisations.

Elle rappelle que l’Espagne demeure, selon le droit international, la puissance administrante du territoire. Pourtant, le gouvernement de Pedro Sánchez refuse de répondre aux questions sur le Sahara occidental au Parlement et ne soulève jamais le dossier lors des réunions bilatérales avec Rabat, y compris à l’approche de la rencontre de haut niveau prévue le 4 décembre à Madrid.

Les organisations sahraouies et plusieurs médias espagnols ont recensé en novembre 2024 une longue liste d’arrestations, d’agressions et de verdicts injustes dans les territoires occupés. Une documentation qui, selon Haidar, confirme la gravité de la situation et le besoin urgent d’intervention internationale. Cinquante ans après l’abandon du Sahara occidental par l’Espagne, rien n’a changé, constate-t-elle. « Cela ne fait qu’empirer », insiste l’activiste, alors que l’occupation se renforce et que le silence international se prolonge.

Malgré les déclarations officielles du gouvernement Sánchez revendiquant la défense des droits humains « partout dans le monde », les Sahraouis, eux, restent oubliés. Leur lutte, conclut Haidar, « continue dans l’ombre, face à une communauté internationale qui tourne le regard », alors que la dernière colonie d’Afrique demeure au cœur du Maghreb, toujours en attente de décolonisation.

M. S.

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