Chérif Chikhi, ancien ambassadeur d’Algérie au Vietnam, rend hommage à nos martyrs du devoir national. Il veut, à travers cette contribution, partager le souvenir de cette tragédie et insister sur l’étroite relation qui unit l’Algérie au Vietnam…
Aujourd’hui, plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis la perte tragique au Vietnam, le 8 mars 1974, de 15 journalistes algériens. Les regrettés défunts se trouvaient à bord d’un avion militaire vietnamien qui se rendait de l’aéroport de Hanoi vers un autre aérodrome proche de cette Capitale. Nos 15 journalistes devaient, ensuite, regagner Alger après avoir assuré la couverture de la visite officielle au Vietnam du défunt président Houari Boumediene. Mais, l’appareil n’avait pas pu atterrir car le pilote avait constaté que la piste était exiguë. Il avait, alors, tenté de reprendre de l’altitude mais l’aéronef avait percuté des arbres avant de prendre feu. Il n’y avait, malheureusement, aucun survivant. Neufs journalistes vietnamiens, qui étaient également à bord ainsi que leurs trois compatriotes, membres de l’équipage, avaient tous péri. Une semaine après ce terrible drame, plus précisément le 16 mars 1974, les dépouilles de nos quinze martyrs du devoir, puisqu’ils ont trouvé la mort alors qu’ils accomplissaient leur métier et qu’ils étaient au service de leur chère patrie, ont été rapatriées en Algérie. Au Vietnam, une stèle commémorative* a été érigée à leur mémoire à Hanoi en 2000. Je me suis rendu sur ce lieu quelques jours seulement après mon installation en qualité d’ambassadeur au Vietnam en décembre 2009. J’avais, alors, trouvé la stèle dans un très mauvais état à cause des intempéries, du climat très humide et des pluies de moisson qui sont propres à ces régions asiatiques. Les noms de nos quinze journalistes étaient carrément effacés ou très peu visibles. L’ambassade avait, dès lors, engagé des travaux de réhabilitation avec utilisation de matériaux plus résistants au climat de ce pays. Nous avons procédé, par la suite, à l’installation d’une barrière munie d’une serrure, dont la clé était gardée à l’ambassade, pour accéder à la stèle. Ceci pour éviter toute future dégradation humaine. Pendant toute ma mission à Hanoi, je me suis toujours recueilli devant cette stèle le 8 mars de chaque année, en compagnie des membres de l’ambassade. Des diplomates et des journalistes vietnamiens nous accompagnaient assidument à ces occasions. Les cérémonies étaient toujours couvertes par les médias locaux. Les journalistes vietnamiens, présents à la cérémonie, ne manquaient jamais de relever le développement toujours accru des relations entre l’Algérie et le Vietnam. J’ai moi-même observé dans de très nombreuses déclarations à la presse que les liens d’amitié solides qui unissent nos deux pays puisent leurs racines dans une communauté de destins. Je ne manquais pas de rappeler que les nations, algérienne et vietnamienne, partagent une histoire formée d’actes de bravoure qui ont conduit, chacun de son pays, à arracher l’indépendance par les armes et au prix de sacrifices incommensurables.
Ces pages d’héroïsme, ai-je souvent noté, ont valu aux deux pays, une admiration à l’échelle planétaire et qui sera à jamais indélébile. La qualité exceptionnelle des relations entre l’Algérie et le Viêtnam avait, aussi, été toujours placée au centre de mes entretiens que j’ai avec les autorités vietnamienne et notamment avec deux figures historiques qu’étaient le général Vo Nguyen Giap, héro de Dien Bien Phu, et madame Nguyen Thi Binh , négociatrice des Accords qui ont conduit à l’indépendance de sa nation. J’avais, aussi, maintes fois évoqué avec ces deux personnalités la tragédie du 8 mars 1974 ayant coûté la vie à nos journalistes. Mme Nguyen Thi Binh a, d’ailleurs, illustré son livre autobiographique avec une photo prise lors d’une cérémonie de recueillement devant cette stèle et à laquelle nous étions présents ensemble, cote à cote. Pour ma part, je n’ai pas manqué de relater cette même tragédie dans deux de mes livres portant, respectivement, les titres « quand travail et vertu tisonnent le bonheur » (paru en 2016) et « Diplomatie et Médias » (publié aux éditions Dahlab en 2020).
*Liste des journalistes algériens disparus lors du crash à Hanoi :
Ahmed Abdellatif, Mohamed Taleb, Salah Dib, Abderrahmane Kahwadji, Mahmoud Midat, Mustapha Kaboub, Abdelkader Bouhmia, Mohamed Bekai, Laaredj Boutrif, Rabah Hannad, Sabti Mouaki, Mohamed Sahraoui, Tayeb Harkat, Djilali Djedar et Mohamed Attalah.
*En Algérie aussi une plaque commémorative est érigée à la rue des « Journalistes Vietnam 8/3/1974 », située dans le quartier de Bir-Mourad-Raïs, à Alger.
Chérif CHIKHI
Ancien ambassadeur,
Enseignant et Écrivain













































