Accueil ACTUALITÉ GHAZA : L’enfance brisée sous le poids de la guerre 

GHAZA : L’enfance brisée sous le poids de la guerre 

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Les Palestiniens commémorent aujourd’hui la Journée de l’enfant palestinien, une date symbolique instaurée en 1995 lorsque le président défunt Yasser Arafat annonçait l’adhésion de l’État de Palestine à la Convention internationale des droits de l’enfant.

Mais en 2026, cette journée se déroule dans un contexte particulièrement douloureux. Dans la bande de Ghaza, la guerre en cours depuis octobre 2023 continue de bouleverser des milliers de vies, laissant derrière elle une génération d’enfants profondément marquée. Sous une tente dressée sur les dunes du sud de Ghaza, la petite Ola Abu Jamea, sept ans, tente de donner forme à ses souvenirs. Elle dessine la maison qu’elle a perdue, murmurant des mots d’enfant comme pour retenir ce qui n’existe plus. Son foyer, situé à l’est de Khan Younès, a été rasé par les bombardements, emportant avec lui ses parents et ses deux frères. Elle vit désormais auprès de sa grand-mère malade. Son histoire, bouleversante, est loin d’être isolée. 

Depuis le début du conflit, plus de 64 000 enfants palestiniens ont perdu un ou leurs deux parents. Avant la guerre, ils étaient environ 17 000. Une hausse vertigineuse qui illustre l’ampleur de la tragédie. Ces enfants grandissent aujourd’hui dans un quotidien marqué par la perte, l’exil et la précarité. Privés de stabilité, ils font face à la faim, au manque de soins et à l’effondrement des structures essentielles à leur développement. Les chiffres donnent la mesure du drame. Selon les autorités sanitaires locales, 21 289 enfants ont été tués depuis le début de la guerre, tandis que plus de 44 500 autres ont été blessés. Parmi les victimes figurent des centaines de nourrissons, dont des nouveau-nés à peine venus au monde. 

À cette tragédie humaine s’ajoute l’effondrement du système éducatif. D’après l’UNICEF, près de 90 % des écoles ont été endommagées ou détruites, privant plus de 700 000 enfants de leur droit à l’éducation.

Apprendre devient un rêve

Dans ce contexte, les aspirations des enfants ont profondément changé. Pour Céline Saïd, 12 ans, le rêve n’est plus de voyager ou de jouer, mais simplement de retourner en classe, de revoir un tableau noir et de tenir un stylo. Quelques écoles improvisées ont vu le jour dans les camps de déplacés, sous forme de tentes. Mais ces initiatives restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins. Le déplacement massif de la population aggrave encore la situation. Plus de 1,9 million de personnes ont été contraintes de fuir, souvent à plusieurs reprises. Les familles vivent dans des conditions extrêmement précaires, confrontées à la faim, au manque d’eau potable et à la propagation de maladies. Au-delà des pertes matérielles et humaines, la guerre laisse des traces profondes dans l’esprit des enfants. Le Fonds des Nations unies pour la population parle d’une véritable « urgence psychologique ». 

Les données sont alarmantes : la quasi-totalité des enfants vit dans la peur constante de mourir, tandis qu’une large majorité souffre de troubles psychologiques, allant du stress post-traumatique à la dépression et à l’anxiété.

Les autistes, doublement vulnérables

Parmi les plus fragiles figurent les enfants atteints de troubles du spectre autistique. Déjà confrontés à un manque de structures adaptées avant la guerre, ils se retrouvent aujourd’hui privés de soins, de suivi et surtout de stabilité. Or, ces enfants ont besoin d’un environnement structuré et sécurisé. Les déplacements répétés, l’instabilité et la disparition des routines aggravent considérablement leur état. Faute de professionnels disponibles, les familles tentent tant bien que mal de prendre le relais. Mais sans formation ni ressources, elles peinent à répondre aux besoins spécifiques de leurs enfants. Malgré ce tableau sombre, certains moments rappellent la force des liens humains. En mars 2026, onze nourrissons prématurés ont pu retrouver Gaza après plus de deux ans passés en Égypte pour y recevoir des soins. Ces retrouvailles, chargées d’émotion, offrent un rare souffle d’espoir dans un quotidien dominé par l’incertitude.

Un avenir à reconstruire

Face à cette crise, les appels à l’aide se multiplient. Les autorités locales exhortent la communauté internationale à intervenir en urgence pour soutenir les enfants, reconstruire les infrastructures et mettre en place des programmes de soutien psychologique. 

Mais sur le terrain, les obstacles restent nombreux, notamment en raison des restrictions sur l’acheminement de l’aide humanitaire. En cette Journée de l’enfant palestinien, le constat est amer : à Ghaza, l’enfance ne vit plus, elle survit. Pourtant, au cœur des ruines, ces enfants continuent de s’accrocher à la vie. 

Derrière chaque regard se cache une histoire — celle d’un foyer perdu, d’un parent disparu, d’un rêve suspendu. Et malgré tout, certains continuent de faire voler des cerfs-volants dans le ciel, comme un acte silencieux de résistance, portés par l’espoir qu’un jour, leur enfance leur sera rendue.

M. Seghilani 

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