Le 15e Sommet des BRICS est intervenu à un moment où le système mondial, avec ses aspects politiques et économiques, est exposé à divers chocs et changements, et à la lumière des appels contre l’hégémonie du système économique occidental.
En effet, au-delà des objectifs tracés par le Groupe, ce dernier vise avant toute chose à accroître les relations économiques entre les États membres et ceux qui se rallieront par la suite, en monnaies locales, réduisant ainsi la dépendance au dollar. Une manière de briser le contrôle imposé par le G7, et essayer ainsi de créer un équilibre économique mondial. Un groupe, dont la superficie constitue un quart de la superficie terrestre, et dont la population représente près de 40% de la population mondiale, a finalement réussi à dépasser le G7 en termes de part dans l’économie mondiale, puisqu’il en représente 31,5%, contre 30,7% pour le G7. Les BRICS se présentent ainsi comme une alternative aux entités financières et politiques internationales actuelles, avec une croissance encore plus rapide. Une pression des émergents pour rééquilibrer les règles économiques mondiales qui forcera les pays occidentaux à bouger. Un premier signe que la montée en puissance des BRICS ne pourra pas être ignorée.
Bousculer l’ordre imposé par le G7
Un Bloc en passe de devenir prédominant, notamment avec l’arrivée de six nouveaux membres, (Égypte, Argentine, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Iran et Ethiopie). Pour le président Sud-africain, Cyril Ramaphosa, cet élargissement, qui sera effectif dès le 1er janvier 2024, « permettra au groupe « de libérer le potentiel du marché du continent et de créer des opportunités égales pour les pays africains et les membres des BRICS ».
Quant au président russe, Vladimir Poutine, il estime que « les BRICS se sont imposés sur la scène mondiale comme une structure influente qui travaille dans l’intérêt de la majorité mondiale. Les pays défendent la formation d’un ordre mondial multipolaire équitable, dans lequel chaque nation a droit à son propre modèle de développement », affirmant que « plusieurs processus sont déjà en cours, notamment la dé-dollarisation qui est en pleine marche et la diversification des approvisionnements ». À ce titre, notons qu’après leur expansion, les BRICS deviendront 4 fois plus peuplés que le G7 et 2 fois plus grands en termes de superficie. Leur PIB total en parité de pouvoir d’achat s’élèvera à 37% contre 29,9% pour le groupe des 7, et le groupe représentera 48,5 millions de kilomètres carrés, soit 36% de la superficie mondiale. C’est plus du double de celle du G7 (États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Canada, France, Japon).
Promouvoir un système international juste
Outre l’annonce de l’arrivée de six nouveaux membres, plusieurs autres questions ont également été évoquées dans le document de la « déclaration de Johannesburg ».
Alors que le Club des 5 s’est engagé à « développer davantage le modèle de pays partenaires des BRICS ainsi qu’une liste de pays partenaires potentiels et un rapport d’ici le prochain sommet », ses membres ont affiché un intérêt crucial à « la création d’une monnaie unifiée, ainsi qu’à « la question de l’utilisation des monnaies locales d’ici le prochain sommet ».
Au niveau africain, il est mentionné dans la déclaration « le soutien à l’Agenda 2063 de l’Union africaine et aux efforts de l’Afrique en faveur de l’intégration, notamment à travers la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) », visant à « transformer l’Afrique en puissance mondiale de l’avenir ». Au niveau du droit international, le groupe s’est engagé « en faveur d’un système international dans lequel les États souverains coopèrent pour maintenir la paix et la sécurité, le développement durable, la protection de la démocratie, des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et promouvoir une coopération fondée sur l’esprit de solidarité, de respect mutuel, de justice et d’égalité ». Au même titre, le G5 s’est engagé à « soutenir une réforme globale de l’ONU, y compris le Conseil de sécurité ».
La communauté internationale interpellée sur l’occupation de la Palestine et du Sahara occidental
Pour ce qui est de certains conflits ou questions régionales, la déclaration rendue publique à l’issue de ce 15e Sommet, a évoqué entre autres la Palestine et le Sahara occidental.
« Nous soulignons la nécessité de parvenir à une solution politique durable et mutuellement acceptable à la question du Sahara occidental, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies et dans l’accomplissement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) », lit-on dans ce document. À propos de la Palestine, le bloc des BRICS a exprimé sa « profonde préoccupation face à la situation humanitaire désastreuse dans les territoires palestiniens occupés en raison de l’escalade de la violence sous l’occupation israélienne continue et l’expansion des colonies illégales ».
« Nous appelons la communauté internationale à soutenir des négociations directes fondées sur le droit international, y compris les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale des Nations unies et l’Initiative de paix arabe, en vue d’une solution à deux États, conduisant à la création d’un État de Palestine souverain, indépendant et viable », ajoute-t-on encore. Par ailleurs, le groupe des BRICS a exprimé sa préoccupation face à l’aggravation de la violence au Soudan, par la situation dans la région du Sahel et le Niger, la Libye et le conflit ukrainien.
À noter qu’en marge des travaux ayant sanctionné ce Sommet, en vue de construire un monde « plus équitable et représentatif », deux forums ont été organisés, à savoir « Brics-Africa Outreach » et « Brics Plus dialogue », les Brics d’appeler, dans ce sens, les institutions financières multilatérales et les organisations internationales à jouer un rôle « constructif » pour un consensus mondial sur les politiques économiques », le groupe ayant affiché sa disponibilité « à explorer les possibilités d’améliorer la stabilité, la fiabilité et l’équité de l’architecture financière mondiale ».
Hamid Si Ahmed
SOUTIEN AU SAHARA OCCIDENTAL
Inébranlable engagement des BRICS
En dépit des efforts considérables entrepris par le Makhzen pour empêcher la République sahraouie de participer au 15e Sommet des BRICS, l’unité et les principes du groupe ont prévalu, permettant au président Brahim Ghali d’y assister. C’est ainsi que les manœuvres du Maroc n’ont pas réussi à impressionner les pays membres, qui ont au contraire révélé leur fort engagement à prendre des décisions fondées sur le consensus et les intérêts collectifs du groupe. À ce titre, la décision unanime d’inclure le président sahraoui au sommet BRICS-Afrique démontre non seulement la force des principes des BRICS, mais affirme également le consensus international croissant sur le soutien des droits et des aspirations du peuple sahraoui. Une présence du président sahraoui au sommet, témoignant d’un soutien de la communauté internationale aux droits du peuple sahraoui qui se renforce, ce qui rend impératif pour toutes les parties prenantes d’œuvrer à une solution juste et durable au conflit du Sahara occidental. Alors que les BRICS plaident ainsi en faveur de la tenue d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui, une solution mutuellement acceptée au sein du groupe, il n’en demeure pas moins que le mort-né plan d’autonomie marocain passe totalement à la trappe. Quant à la crise nigérienne, les BRICS préconisent le dialogue constructif au lieu du recours à la force, qui n’a jamais rien réglé.
H. S. A.