Les deux Présidents ont eu, au téléphone, un long échange « franc et amical » sur l’état de la relation bilatérale et sur les tensions qui se sont accumulées ces derniers mois.
Le long échange téléphonique effectué par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune avec son homologue français Emmanuel Macron, signe-t-il, comme acte, le début de la fin de la crise qui paralyse les relations entre l’Algérie et la France depuis la fin juillet 2024 -en référence au soutien de Macron au « plan d’autonomie marocain » pour le Sahara occidental ? En tout cas, le contenu de l’entretien entre les deux Présidents et tel qu’il a été rendu public par la présidence de la République algérienne, laisse croire à un dénouement entre les deux pays. Ainsi, profitant de l’occasion de l’Aïd El Fitr, Emmanuel Macron a d’abord adressé à Abdelmadjid Tebboune ainsi qu’au peuple algérien ses meilleurs vœux de succès et de prospérité. Lors de cet entretien, d’apparence dense et consistant, les deux Présidents ont convenu de la reprise « sans délai » de la coopération sécuritaire entre les deux pays et du travail de la commission mixte sur l’histoire et la mémoire. Selon le communiqué de la Présidence, les présidents Tebboune et Macron ont eu un « long échange franc et amical sur l’état de la relation bilatérale et sur les tensions qui se sont accumulées ces derniers mois ». La phrase « long échange franc et amical » traduit, à elle seule, le contenu de l’entretien entre les deux parties. Autrement, elle suppose que Tebboune et Macron ont pris tous le temp nécessaire pour mettre ou remettre sur le tapis toutes les questions, des dossiers contentieux jusqu’aux sujets d’actualité qui fâchent.
Relancer le travail de mémoire
À cet égard, les deux Présidents ont « réitéré leur volonté de renouer le dialogue fructueux » et prenant comme point de départ la Déclaration d’Alger signée à l’occasion de la visite de Macron en août 2022. Une Déclaration qui s’était traduite par « des gestes forts en matière mémorielle, notamment la création de la commission mixte des historiens franco-algériens, la restitution de restes humains des chouhada de la Résistance et la reconnaissance de la responsabilité dans la mort d’Ali Boumendjel et de Larbi Ben M’hidi », rappelle la Présidence.
Ensuite, et comme l’a affirmé et souhaité le président Tebboune lors de sa récente entrevue avec la presse nationale, les deux pays semblent bien partis pour dépasser le « capharnaüm politique monté de toutes pièces » et alimenté en France par le courant de l’extrême droite. Et là le message fort du chef de l’État algérien qui a affirmé ne prendre, comme point de repère, que son homologue français, semble être bien intercepté par tous les politiques et responsables français derrière la campagne anti-algérienne.
À cet égard, les deux Présidents, rapporte la même source, « sont convenus que la force des liens – en particulier humains – unissant l’Algérie et la France, les intérêts stratégiques et de sécurité respectifs des deux pays, les défis et crises auxquels l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique étaient confrontés exigeaient le retour à ce dialogue d’égal à égal entre deux partenaires qui constituent des acteurs européen et africain de premier plan et qui sont attachés à la légalité internationale, ainsi qu’aux buts et principes édictés par la Charte des Nations Unies ». Pas seulement, ils sont, également, convenus de « travailler étroitement ensemble pour donner à cette relation une nouvelle ambition dans cet esprit d’amitié, permettant de traiter l’ensemble des aspects de la relation bilatérale dans un souci d’efficacité et de résultats ».
Reprendre vite la coopération sécuritaire
Sur le plan sécuritaire, les deux Présidents sont convenus de la reprise sans délai de la coopération et s’accordant sur une « migratoire confiante, fluide et efficace permettant de traiter de toutes les dimensions de la mobilité entre les deux pays devait être immédiatement réinitiée, dans une logique de résultats répondant aux préoccupations des deux pays ». Cette entente entre les deux Présidents s’entend comme un désaveu cinglant pour tous les responsables français qui alimentent l’escalade au lieu d’apaiser les tensions. L’exemple du ministre de l’Intérieur qui agite les dossiers du terrorisme, des OQTF et des sans-papiers est criant à ce sujet.
Par ailleurs, les deux parties ont salué « l’œuvre déjà accomplie par la commission mixte des historiens, créée à leur initiative, les deux Présidents ont marqué leur détermination intacte à poursuivre et finaliser ce travail de mémoire, dans l’esprit d’apaisement, de réconciliation, et de refondation de la relation à laquelle les deux chefs d’États sont attachés ». Aussi, « la commission mixte des historiens reprendra sans délai son travail et se réunira prochainement en France, les conclusions de ses travaux et ses propositions concrètes seront remises aux deux chefs d’État avant l’été 2025 », affirme la même source.
Prochaines visites de Darmanin et de Barrot
S’il faut une preuve à la relance de la coopération entre l’Algérie et la France, il y a au programme les visites prochaines des ministres français de la Justice et des Affaires étrangères. Lors de cet entretien téléphonique, les deux parties ont ainsi souligné « l’’importance de la coopération judiciaire entre les deux pays » tout en convenant de « la reprise des échanges et de la coopération dans ce domaine ». À ce titre, les deux Présidents « ont acté la visite prochaine à Alger du garde des Sceaux, ministre de la Justice, M. Gérald Darmanin. »
Par ailleurs, « les deux Présidents ont souligné l’importance de développer la coopération économique entre les deux pays dans les domaines d’avenir. Ils se sont engagés à œuvrer au renforcement des échanges et des investissements dans le respect des intérêts des deux pays ».
« Le Président Macron a fait part au Président Tebboune de l’appui de la France à la révision de l’Accord d’association Union européenne – Algérie ». « Le président Macron a réitéré sa confiance dans la clairvoyance du président Tebboune et appelé à un geste de clémence et d’humanité à l’égard de M. Boualem Sansal, en raison de l’âge et de l’état de santé de l’écrivain », ajoute la même source. » Afin de donner rapidement à la relation entre la France et l’Algérie l’ambition que les deux chefs d’État souhaitent lui conférer, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, M. Jean-Noël Barrot, se rendra à Alger le 6 avril à l’invitation de son homologue algérien M. Ahmed Attaf. « Cette visite permettra de détailler ce programme de travail ambitieux, d’en décliner les modalités opérationnelles et le calendrier de mise en œuvre. Il sera ainsi acté que l’ambition commune d’une relation ambitieuse, sereine et respectueuse des intérêts de chacun débouchera sur des résultats concrets ». « Les deux présidents ont enfin arrêté le principe d’une rencontre prochaine », conclut le communiqué de la Présidence de la République.
Synthèse Farid Guellil