La communauté internationale est de nouveau interpellée par une accusation lourde de sens. La Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme a mis en garde, mercredi, contre l’aggravation alarmante des politiques israéliennes en Cisjordanie occupée, qualifiant leurs effets d’« étouffants» et soulignant leur ressemblance de plus en plus manifeste avec un régime d’apartheid.
Dans un rapport au ton sans équivoque, le Haut-Commissaire, Volker Türk, dresse un constat glaçant : les droits fondamentaux des Palestiniens sont systématiquement asphyxiés par un ensemble cohérent de lois, de pratiques administratives et de mesures sécuritaires discriminatoires. Loin d’être ponctuelles, ces restrictions structurent chaque aspect de la vie quotidienne, du droit à l’eau à l’accès aux soins, de l’éducation aux déplacements, jusqu’aux activités agricoles les plus élémentaires. Au cœur du rapport onusien figure une réalité désormais largement documentée : l’existence de deux régimes juridiques distincts appliqués sur un même territoire. D’un côté, les colons israéliens, soumis au droit civil israélien ; de l’autre, les Palestiniens, régis par un droit militaire d’exception. Cette dualité produit une inégalité structurelle dans l’accès aux ressources, à la justice et aux libertés fondamentales. Les Palestiniens continuent ainsi de subir des confiscations massives de terres, des restrictions sévères d’accès à leurs propres ressources naturelles, et des poursuites devant des tribunaux militaires, où les garanties d’un procès équitable sont largement absentes. Cette architecture discriminatoire est renforcée par une violence quotidienne. Mercredi encore, la ville de Qalqilya a été envahie par des forces militaires israéliennes, accompagnées de barrages temporaires et de fouilles massives entravant la vie des habitants. À l’est de Ramallah, des colons ont attaqué des agriculteurs palestiniens, blessant gravement l’un d’eux après l’avoir délibérément renversé avec un véhicule. Depuis le début de la guerre contre Ghaza en octobre 2023, la Cisjordanie occupée connaît une escalade sans précédent des incursions militaires et des violences des colons, souvent menées sous la protection des forces d’occupation.
Le plan E1 : une colonisation irréversible ?
Parallèlement, l’annonce d’un appel d’offres pour la construction de 3 401 unités coloniales dans la zone E1, à l’est d’El-Qods occupée, suscite une vive inquiétude. Selon la Commission palestinienne de résistance au mur et à la colonisation, ce projet marque le passage de la planification à l’exécution d’un des plans coloniaux les plus dangereux, longtemps gelé sous pression internationale. La zone E1 vise à relier El-Qods aux grandes colonies de l’est, notamment Maale Adumim, fragmentant définitivement la Cisjordanie occupée et rendant impossible toute continuité territoriale palestinienne. Pour l’ONU, comme pour de nombreuses organisations israéliennes critiques telles que La Paix Maintenant, cette politique enterre toute perspective de solution à deux États et ouvre la voie à un État unique fondé sur la ségrégation raciale. Face à cette situation, Volker Türk appelle Israël à démanteler l’ensemble de son arsenal juridique discriminatoire, à mettre fin à sa présence illégale dans le territoire palestinien occupé, à démanteler les colonies et à respecter le droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination. Alors que près de 750 000 colons vivent aujourd’hui en Cisjordanie occupée, dont 250 000 à El-Qods-Est, l’ONU rappelle que la colonisation constitue une violation flagrante du droit international. En l’absence de mesures contraignantes, les avertissements se succèdent, tandis que sur le terrain, la réalité d’un système d’apartheid s’impose chaque jour davantage.
M. Seghilani











































