Au début des années 80 feu Abdou B, mon chef de rubrique culturelle alors avec Mouny Berrah, connaissant un peu mon faible pour le quatrième art, m’a fait un cadeau royal : accompagner la célèbre troupe du TNA (Théâtre national algérien), lors d’une tournée aux quatre coins de la république, ou presque…Du pain béni pour un amoureux des planches. Songez-donc, vivre une bonne quinzaine de jours durant aux côtés des Said Benselma, Ziani Cherif Ayad, Medjoubi, Sonia et même le peintre Arezki Larbi. En sus, j’avais carte blanche pour m’en aller m’instruire librement de chaque expérience et parcours de cette brochette de comédiens au talent avéré. Mais j’ignore encore pourquoi à ce jour j’avais jeté mon dévolu sur Azzedine. Peut-être pour son côté bon vivant, son sens de la répartie et son humour corrosif. Tout en ne dépassant point la bienséance de rigueur dans nos échanges tantôt prosaïques, tantôt centrés sur l’essentiel. Et notamment sa passion pour le théâtre. Mais déjà je découvre dans le bus qui nous menait, ce jour-là, vers Bédjaïa, première escale privilégiée d’un périple riche d’enseignements et fertile en anecdotes, un garçon affable, amoureux de son art, perfectionniste mais aussi un tantinet vantard…Il faut reconnaître à ce propos que tout artiste se doit de viser la mégalomanie pour être toujours propulsé vers le haut… Alors pardonnons à tous les artistes (morts ou vivants) qui cultivent ce syndrome de manière consciente ou non. Après tout ils le valent bien… car qui en voudrait vraiment à un artiste d’être à la fois lui-même et son contraire ? Et, ce, quand bien même nul n’ignore les petites jalousies entre les uns et les autres. J’évacue immédiatement ce versant subjectif de mon carnet de bord. Car Abdou, tout en me laissant toute la latitude voulue pour le reportage, avait tout de même souhaité que je lui envoie, régulièrement, pour ne pas dire au jour le jour, mes notes griffonnées sur un calepin…J’ai découvert Azzedine dans « Hafila tassir », un rôle qui lui allait comme un gant et dont on a tôt fait de se rendre compte qu’il l’interprétait (voir incarnait) avec délectation.
Et le tonnerre d’applaudissements qui accompagnait les moments forts de la représentation illustrait on ne peut mieux autant l’adhésion d’un public connaisseur que le talent avéré de l’interprète. Au demeurant, moi-même censé être pourtant observateur neutre (la fameuse distanciation), je ne me suis même pas rendu compte de mes claquements de mains réitérés. Une ovation monstre pour quelqu’un qui allait devenir, à l’instar de la plupart des comédiens de sa génération un repère incontournable dans la trajectoire parfois rectiligne tantôt en courbe de tout comédien es qualité. Immédiatement après la représentation triomphale, direction les coulisses pour un brin de causette à chaud avec l’interprète. Je lui laisse tout de même le temps de souffler avant le questionnement, mais à ma grande surprise c’est lui qui me demande mon point de vue… Sacré Azzedine ! Pour ma part je fais mine de ne pas comprendre…la suite c’est le territoire de l’intimité et, de fait, tout le monde comprendra qu’elle relève de la sphère privée. En tout cas je suis en mesure d’affirmer et réaffirmer que Medjoubi est pour moi parmi ce que le théâtre a produit de meilleur hors tout subjectivisme de mauvais aloi. Salut Azzou, Dieu que tu nous manques !
Zantar Amar