La situation humanitaire dans la bande de Ghaza continue de se détériorer à un rythme alarmant, alors que plus de deux millions de Palestiniens vivent dans des conditions de plus en plus précaires en raison du blocus et des restrictions imposées à l’acheminement de l’aide humanitaire.
Selon Mohsen Abou Ramadan, membre de l’organe de coordination du Réseau des organisations non gouvernementales palestiniennes, l’entité sioniste retarde l’application du protocole humanitaire relatif à l’entrée de l’aide dans l’enclave. L’accord prévoit pourtant l’acheminement d’environ 600 camions d’aide par jour. Dans les faits, explique-t-il au média Palestine Online, le nombre de camions autorisés à entrer ne dépasse pas 200 quotidiennement dans le meilleur des cas. Il souligne également que les restrictions imposées au passage frontalier de Rafah entravent la circulation des voyageurs et le transport de l’aide, en contradiction avec les dispositions de l’accord sur les points de passage signé en 2005. Ces limitations s’accompagnent, selon lui, de procédures d’inspection strictes et de traitements humiliants infligés aux civils lors de leurs déplacements. Parallèlement, les incursions militaires israéliennes se poursuivent dans l’enclave, dont près de 60 % de la superficie serait désormais sous contrôle de l’armée sioniste.
Système de santé sous pression
Les conséquences de cette situation sont visibles dans la vie quotidienne des habitants. Les taux de pauvreté et de chômage ont atteint des niveaux sans précédent, tandis que les prix des produits de première nécessité ont fortement augmenté en raison de la rareté des ressources et de la diminution des approvisionnements. Les organisations humanitaires alertent également sur la dégradation rapide de la situation sanitaire. La propagation de maladies, la pénurie de médicaments et l’accumulation de déchets dans les zones de déplacement créent un terrain favorable à l’apparition d’épidémies, dans un contexte de quasi-effondrement du système de santé. Environ 20 000 blessés nécessitent actuellement une évacuation médicale hors de Ghaza afin de recevoir des soins spécialisés. Toutefois, la fermeture des points de passage empêche leur transfert, mettant leur vie en danger. Dans le même temps, près d’un million de Palestiniens vivent dans des camps de déplacés qui manquent du strict minimum, notamment de tentes et d’abris capables de les protéger des conditions climatiques.
Frappes et bombardements dans plusieurs zones de l’enclave
Sur le terrain militaire, l’armée sioniste a mené hier une série de frappes aériennes et de bombardements d’artillerie dans plusieurs secteurs de la bande de Ghaza. Les attaques ont notamment visé les zones orientales des quartiers de Zeitoun et Choujaïya, à l’est de la ville de Ghaza, ainsi que certaines régions orientales du centre du territoire. Selon des sources locales, au moins une frappe aérienne a touché ces zones, tandis que l’artillerie bombardait intensément la périphérie est de la ville. Parallèlement, des navires de guerre ont ouvert le feu au large de la côte de Ghaza et des tirs ont été signalés depuis des véhicules militaires au sud de Khan Younès. Ces opérations interviennent dans un contexte de violations quasi quotidiennes du cessez-le-feu en vigueur depuis le 10 octobre 2025. D’après les autorités locales, ces violations ont causé la mort de 648 Palestiniens et fait 1 728 blessés depuis l’entrée en vigueur de l’accord. Lundi, des bombardements ont également frappé des tentes de déplacés dans le centre de la bande de Ghaza, provoquant la mort de trois Palestiniens, dont deux fillettes, et blessant plusieurs civils. La journaliste palestinienne Amal Al-Shamali, âgée de 46 ans, a également été tuée lors d’une frappe ayant touché un camp de déplacés dans la zone d’Al-Sawarah, à l’ouest de la localité d’Al-Zawaida. Le bureau d’information du gouvernement à Ghaza indique que le nombre de journalistes tués depuis le début de la guerre a atteint 260.
Inquiétudes des organisations internationales
Selon les autorités sanitaires palestiniennes, la guerre déclenchée le 7 octobre 2023 avec le soutien des États-Unis a causé la mort de plus de 72 000 Palestiniens et fait environ 172 000 blessés, tout en détruisant près de 90 % des infrastructures civiles de l’enclave. De son côté, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a averti que la fermeture des points de passage autour de Ghaza continue de perturber gravement les opérations humanitaires. La fermeture persistante du passage de Zikim oblige les travailleurs humanitaires à faire transiter l’aide par le passage de Kerem Shalom, dans le sud, un itinéraire plus long et plus coûteux. L’organisation précise que certains travailleurs humanitaires ont récemment été autorisés à entrer et sortir de Ghaza pour la première fois depuis l’escalade de la violence fin février, via ce même passage. Toutefois, les évacuations médicales et le retour des Palestiniens bloqués à l’étranger restent suspendus en raison de la fermeture du passage de Rafah. Dans ce contexte, les Nations unies et leurs partenaires poursuivent leurs efforts pour soutenir les populations les plus vulnérables et élargir leurs opérations humanitaires autant que possible. Le coordinateur humanitaire de l’ONU dans les territoires palestiniens occupés, Ramiz Al-Akbarov, a par ailleurs condamné les attaques de colons israéliens ayant fait des victimes palestiniennes. Il a averti que ces violences « s’intensifient et aggravent les risques majeurs auxquels sont confrontés les Palestiniens », appelant Israël à prévenir ces attaques, à protéger les civils et à traduire les responsables en justice. Enfin, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a indiqué que les ambulances mettent désormais plus de temps à atteindre les patients, contraintes d’emprunter des routes plus longues et de rechercher des points de passage accessibles en raison des restrictions et des barrages.
M. Seghilani












































