Prévu initialement pour lundi dernier au tribunal de Sidi M’hamed, le procès des affaires de corruption, relatif aux dossiers des concessionnaires automobiles, impliquant Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal devra s’ouvrir aujourd’hui dans cette juridiction. Reporté en raison de l’absence des conditions nécessaires pour la tenue d’un procès, plusieurs avocats de la défense ont annoncé le boycott de cette deuxième audience. Toutefois, la question ne fait pas l’unanimité, parmi les avocats de la défense.
En effet, tandis que certains jugent «impératif » que le procès ne se tienne pas avant l’élection présidentielle, puisque les standards qui permettent un jugement juste et équitable, ne sont pas réunis, d’autres assurent que le procès doit suivre son cours. Contactés, hier, par nos soins, ces derniers ont entretenus le flou sur leur décision, bien que certains d’entre eux aient confirmé le boycott. « La majorité des avocats sont pour le boycott et nous respectons l’avis de la majorité », a précisé Me Nadjib Bitam, qui n’hésite pas à demander à ce que « le procès soit délocalisé dans un autre tribunal ». « Dans la mesure où l’anarchie sera, lors de cette audience, au rendez-vous, il est évident que le procès ne peut avoir lieu », a-t-il encore déclaré, en précisant que les avocats « ne peuvent travailler dans ces conditions ». Quant à lui, Maître Walid Abdeli, il a nié cette information. « Je ne suis pas au courant de ce boycott. Tout ce que je sais c’est que les avocats ont décidé de boycotter l’audience de lundi en raison du climat de tension qui a régné », a-t-il dit en rappelant que le procès peut s’ouvrir malgré le boycott des avocats. Pour sa part, Maître Farouk Ksentini a fait part des « échos » annonçant le boycott. « Effectivement, de nombreux avocats ont annoncé le boycott, mais rien n’est encore confirmé », a-t-il dit.
Maître Seddik Mouhous, qui n’est pas constitué dans ce dossier, a toutefois préféré abordé le volet des procédures. Selon ses explications, « si le procès se présente dans les mêmes conditions que lundi, il risque d’être ajourné une autre fois. La justice pourra, en revanche, désigner des avocats d’office et ouvrir le procès ». Également, il nous a précisé que « selon les procédures, le renvoi de toute audience doit excéder à une semaine ». « Le procès s’est tenu lundi, il devait être renvoyé à un lundi de la semaine prochaine », a-t-il expliqué, en rappelant que « si le procès a été reporté pour le 9 décembre, le verdict pouvait être prononcé peu de temps à quelques heures seulement de la tenue des élections présidentielles ». Pour rappel, l’audience du 2 décembre dernier, s’est tenue dans un climat de tension, voire d’émeutes au tribunal de Sidi M’hamed où devait s’ouvrir ce premier procès de corruption. Le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Belkacem Zeghmati, a annoncé, avant l’ouverture du jugement, que les audiences seront publiques, ce qui a drainé un nombre important de citoyens venus voir les anciens membres du gouvernement sur le banc des accusés. De nombreux journalistes n’ont pas pu accéder à la salle d’audience. Ils ont, d’ailleurs, protesté devant le bureau du procureur, mais en vain. Ouyahia, Sellal et les ministres Youcef Yousfi, Mahdjoub Beda, Abdelghani Zaâlane et Abdesselam Bouchouareb (ayant fait objet d’un mandat d’arrêt international) sont poursuivis avec les hommes d’affaires Hassan Larbaoui, Mohamed Baïri, Ahmed Mazouz et Mahieddine Tahkout ainsi que l’ex-wali de Tipasa, Mounia Zerhouni pour « octroi d’indus avantages » et « corruption » dans l’affaire du montage de véhicules. Il s’agit du premier dossier traité par la justice en audience publique depuis le début de l’opération de lutte contre la corruption qui a commencé après la démission de l’ancien président, Abdelaziz Bouteflika, en avril dernier.
Lamia Boufassa