À Rabat, la modernisation urbaine revendiquée par le pouvoir marocain prend désormais les traits d’une crise sociale majeure.
Derrière les discours officiels sur le développement et l’attractivité internationale, des voix s’élèvent pour dénoncer une politique menée au profit d’intérêts étrangers et sionistes, au détriment des habitants historiques de la capitale. La polémique enfle et révèle un profond malaise entre le Makhzen et la population. La diffusion d’un document officiel attribué au gouvernement marocain a mis le feu aux poudres. Selon la presse locale, ce texte recense une liste élargie de quartiers, d’immeubles et d’habitations destinés à la démolition. Des milliers de familles seraient concernées par ces opérations présentées comme un simple programme de rénovation urbaine. Pour les habitants, il s’agit plutôt d’une stratégie d’expulsion progressive visant à transformer Rabat en vitrine immobilière au service d’intérêts financiers et sionistes. Les listes de démolition seraient régulièrement actualisées sans justification publique. Chaque mise à jour élargit la zone concernée et plonge davantage de familles dans l’incertitude. Beaucoup affirment n’avoir reçu aucune garantie sérieuse de relogement ni d’indemnisation. Cette gestion opaque renforce l’impression d’une décision imposée d’en haut, caractéristique d’un système où le Makhzen décide sans consultation réelle des citoyens.
Une capitale vidée de ses habitants
Officiellement, les autorités parlent de modernisation et d’attractivité économique. Mais pour de nombreuses organisations marocaines de défense des droits humains, le véritable objectif serait de libérer des espaces urbains stratégiques pour des promoteurs puissants et des investisseurs étrangers, notamment sionistes, accusés de bénéficier directement de ces transformations urbaines. Les militants dénoncent un « nettoyage social » visant les quartiers populaires et historiques. Selon eux, Rabat serait progressivement débarrassée de ses habitants d’origine afin de devenir un espace réservé aux capitaux étrangers et à une élite privilégiée. Ils évoquent même une nouvelle forme de colonisation immobilière, où l’argent et les alliances politiques remplacent les bulldozers d’autrefois. La colère populaire s’explique aussi par les méthodes employées. Des témoignages relayés par les médias locaux évoquent des démolitions menées malgré la rentrée scolaire ou des conditions climatiques difficiles. Plusieurs familles affirment avoir été contraintes de quitter leurs logements sous pression sécuritaire. Des accusations de recours excessif à la force rappellent les opérations similaires menées à Casablanca, renforçant l’image d’un pouvoir privilégiant la contrainte plutôt que le dialogue. Les critiques visent directement le Makhzen, accusé d’agir comme protecteur d’intérêts économiques étrangers plutôt que comme garant des droits de ses citoyens. Des associations affirment que ces opérations se déroulent sans base juridique claire et constituent une violation du droit au logement. Pour elles, il ne s’agit plus seulement d’urbanisme, mais d’un choix politique assumé : sacrifier les classes populaires au profit d’une recomposition économique et géopolitique de la capitale. Le contraste est frappant entre les promesses initiales des responsables locaux, qui avaient assuré que les plans d’expansion ne comportaient pas de démolitions massives, et la réalité observée aujourd’hui. Cette contradiction alimente la défiance et nourrit les manifestations sporadiques signalées dans plusieurs quartiers. Rabat devient ainsi le symbole d’un modèle de gouvernance contesté. Entre modernisation affichée et expropriations dénoncées, la question dépasse désormais l’urbanisme pour toucher à la souveraineté sociale et à la dignité des citoyens. Car derrière chaque immeuble détruit, ce sont des histoires, des familles et une mémoire collective qui disparaissent. À force de transformer la ville pour séduire investisseurs et partenaires sionistes, le Makhzen risque une fracture durable avec son propre peuple. Une capitale peut-elle réellement se moderniser en expulsant ceux qui la font vivre?
Mohamed Amine Toumiat












































