Le gouvernement sioniste a approuvé une série de mesures visant à renforcer le contrôle de l’État sur la Cisjordanie occupée et à faciliter l’achat de terres par les colons, une décision qualifiée par les autorités palestiniennes de « d’occupation de facto ».
La Cisjordanie représente le territoire sur lequel les Palestiniens espèrent établir un jour leur État indépendant. Aujourd’hui, la majorité de la région reste sous contrôle militaire israélien, tandis que certaines zones sont administrées par l’Autorité palestinienne, bénéficiant d’une autonomie limitée. Le Premier ministre sioniste, Benjamin Netanyahu, considère la création d’un État palestinien comme une menace pour la sécurité et doit faire face à des élections plus tard cette année. Son gouvernement inclut des ministres pro-colons favorables à l’annexion de la Cisjordanie, territoire occupé depuis 1967.
Enregistrement des terres et contrôle renforcé
Les ministres sionistes ont voté pour lancer un processus d’enregistrement des terres en Cisjordanie, une première depuis la guerre de 1967. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, figure de l’extrême droite, a déclaré : « Nous poursuivons la révolution des colonies et consolidons notre contrôle sur l’ensemble de notre terre ». Le ministre de la Défense, Israël Katz, a présenté l’enregistrement comme une mesure de sécurité, tandis que le Conseil de sécurité israélien a justifié la décision comme une réponse aux enregistrements fonciers « illégaux » de l’Autorité palestinienne. Le ministère des Affaires étrangères sionistes affirme que cette initiative vise à accroître la transparence et à résoudre les conflits fonciers. Les autorités palestiniennes dénoncent cette décision comme un « annexion de facto » et une tentative de consolider l’occupation par le biais de colonies illégales.
Une pression accrue sur l’Autorité palestinienne
La chercheuse en affaires israéliennes, Dr. Shira Evron, souligne que depuis l’offensive de Hamas le 7 octobre 2023 et les frappes militaires israéliennes sur Ghaza, le gouvernement israélien intensifie sa présence militaire en Cisjordanie et exerce une pression continue sur l’Autorité palestinienne, affaiblissant sa capacité à gouverner. La légalisation rétroactive de colonies illégales et l’autorisation de nouvelles constructions facilitent une annexion progressive de facto. Selon Evron, cette politique a pour objectif déclaré de « tuer l’idée d’un État palestinien ». Le mois de Ramadhan, période sensible pour le complexe de l’esplanade des Mosquées à El-Qods, pourrait accentuer les tensions et provoquer des incidents dans des sites religieux clés, amplifiant le risque de troubles à grande échelle.
Expansion coloniale et militarisation
Depuis 2023, l’entité sioniste a accéléré l’expansion des colonies en Cisjordanie, doublant le nombre d’autorisations de construction par rapport aux années précédentes et légalisant rétroactivement les avant-postes illégaux. Des corridors stratégiques sont créés pour relier les colonies et consolider le contrôle israélien sur les infrastructures et le territoire, affaiblissant l’autorité palestinienne et fragmentant le territoire palestinien. Le projet E1, visant à relier Jérusalem-Est à Ma’ale Adumim, constitue un exemple emblématique de cette stratégie, malgré l’opposition internationale qui avait empêché sa réalisation par le passé. Selon Bezalel Smotrich, chaque nouvelle colonie « enterre un peu plus le rêve d’un État palestinien ».
Violence des colons dans l’impunité
Les Palestiniens subissent également une hausse significative de la violence des colons israéliens. En 2024 et 2025, les attaques, incluant incendies et agressions physiques, ont augmenté de façon record. Selon les données de l’armée israélienne et du service de sécurité intérieur (Shabak), les incidents graves considérés comme terroristes ont augmenté de plus de 50 % entre 2024 et 2025, principalement à Naplouse, Elkhalil et Ramallah. Cette violence bénéficie souvent d’une tolérance implicite du gouvernement sioniste, avec peu d’enquêtes et de sanctions. Pour la première fois, les autorités israéliennes ont constaté que les actes terroristes commis par des juifs contre des Palestiniens en Cisjordanie étaient plus nombreux que les attaques palestiniennes contre les Israéliens dans la région.
Réactions internationales et implications
Le secrétaire général de l’ONU pour les droits humains, Ravina Shamdasani, a exprimé ses inquiétudes sur l’extension du contrôle israélien, considérée comme facilitant le déplacement forcé indirect des Palestiniens et constituant une violation du droit international. Selon Ahmed Suleiman Al-Omari, analyste politique, la décision israélienne du 8 février 2026 marque un tournant, transformant une occupation temporaire en un contrôle effectif consolidé sur les territoires palestiniens. Les distinctions entre autonomie palestinienne et contrôle israélien deviennent pratiquement inexistantes, et la Cisjordanie pourrait être progressivement intégrée sous souveraineté sioniste.
En pratique, la combinaison de l’accès aux terres, de l’expansion coloniale et de la présence militaire représente une annexion de facto de la Cisjordanie. Bien que non proclamée officiellement comme pour Jérusalem-Est ou le Golan, cette annexion silencieuse réduit jour après jour la possibilité d’un État palestinien viable, tout en augmentant les tensions et l’instabilité dans la région. Le futur de la Cisjordanie s’annonce donc incertain, avec des implications humanitaires, sécuritaires et diplomatiques majeures, alors que la communauté internationale observe ces développements avec inquiétude.
M.Seghilani











































