«Algeria Macroeconomic Projection Model (AMPM : Modèle de projection macroéconomique de l’Algérie) est un modèle mathématique dont s’est dotée la Banque d’Algérie pour renforcer sa capacité à anticiper les évolutions de l’économie nationale. Il s’agit d’un outil de pilotage monétaire développé, apprend-on, sur trois ans par la Banque d’Algérie avec l’appui technique du FMI (Fonds monétaire international). Il est adapté aux spécificités de l’économie algérienne et marque « une avancée notable pour une Institution qui cherche à professionnaliser sa conduite de la politique monétaire », explique un document du FMI. Ainsi, l’outil distingue le secteur extractif, dépendant des prix internationaux du pétrole et du gaz, du secteur non extractif, qui représente 90% du PIB réel et « affiche une croissance d’environ 4% par an depuis 2021, soutenue par la consommation et l’investissement public ». Cette distinction vise à mieux comprendre comment les chocs pétroliers se propagent dans l’économie. Illustration : l’économie algérienne a connu une progression moyenne de 3,8% entre 2021 et 2023, contre 2,2% entre 2015 et 2019, période marquée par la baisse des cours du pétrole. C’est confirmé par l’examen de l’année 2014 qui a constitué, rappelle-t-on, un tournant, avec l’effondrement du prix du baril entraînant une division par quatre des réserves de change et une hausse de la dette publique, passée à 60% du PIB en 2021. Le document du FMI note que « la production d’hydrocarbures a exhibé une tendance baissière claire » depuis 2008, conséquence du vieillissement des gisements. La même source fait observer que la Banque d’Algérie opère souvent « au centre d’un triangle de contraintes » : la politique budgétaire du gouvernement, les chocs externes liés à la fluctuation des prix du pétrole et la stabilité du système monétaire et financier. L’AMPM est moins sophistiqué que les modèles des grandes banques centrales occidentales mais il permettra de produire des prévisions trimestrielles pour plusieurs indicateurs économiques clés, selon le FMI. Ce modèle vise à passer d’une logique réactive à une logique anticipative, en permettant de simuler différents scénarios économiques et d’évaluer les effets potentiels de divers choix de politique monétaire. Il s’inscrit dans le cadre de la nouvelle loi monétaire et bancaire de 2023, qui « fournit les outils opérationnels et organisationnels nécessaires pour soutenir la modernisation du cadre de politique monétaire ». Le document du FMI va dans les détails en relevant que l’AMPM repose sur un système d’équations qui reflète la réalité de l’économie algérienne. Il permet de projeter l’évolution de la croissance du PIB, de l’inflation, du taux de change, de la masse monétaire et des équilibres extérieurs. Selon le document, le recours à ce type de modèle permet « d’anticiper les chocs externes comme par exemple un retournement des cours du pétrole brut, en quantifiant les retombées sur l’économie nationale, et de pouvoir prendre rapidement les décisions adéquates ».
Le modèle reproduit de manière satisfaisante l’évolution historique des variables économiques, bien qu’il ait eu des difficultés à prévoir l’ampleur du choc lié à la pandémie de 2020, une limite partagée par la plupart des modèles macroéconomiques à travers le monde. Il devrait également aider à gérer le taux de change officiel afin d’éviter une surévaluation du dinar qui nuirait aux exportations ou une sous-évaluation qui relancerait l’inflation. Les effets de la volatilité des prix des hydrocarbures sur les prévisions de la Banque d’Algérie sont amortis par l’AMPM. En effet, l’institution financière nationale dispose maintenant d’un outil efficace d’aide à la décision.
M. R.











































