Accueil À LA UNE RAMADHAN/EN DÉPIT DE L’ABONDANCE DE L’OFFRE : La frénésie d’achat s’installe

RAMADHAN/EN DÉPIT DE L’ABONDANCE DE L’OFFRE : La frénésie d’achat s’installe

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Alors que le mois de Ramadhan est souvent associé à une augmentation des dépenses, le phénomène bien connu dans la société algérienne, à savoir la frénésie d’achat, s’installe déjà et ce en dépit de la disponibilité et de la variété des produits de large consommation.

Ce comportement dépasse largement les simples préparatifs au point de devenir une obsession et une concurrence de celui qui remplit le plus son caddie, peu importe si le produit est nécessaire ou pas. Un comportement qui provoque des pénuries, comme c’est le cas cette année pour le sel, qui aurait, dit-on, disparu des étals des magasins d’alimentation générale. Il aurait suffi d’une rumeur quant à un manque de ce produit dans le marché pour que tout le monde court après le sel. Un simple exemple de ce qui est devenue aujourd’hui la culture de consommation.  En effet, la majorité des consommateurs remplissent leurs couffins à débordement pensant faire de bonnes affaires, alors qu’ils se retrouvent à payer plus cher car la demande excessive vient dépasser l’offre. À ce sujet, le Président de l’Association nationale pour la protection des consommateurs (El-Aman), Hacene Menouar, a déclaré au Courrier d’Algérie que certains comportements négatifs de consommateurs tendent souvent à encourager la spéculation au lieu d’aider à l’atténuer ». Selon Menouar, « les consommateurs algériens se comportent selon le contexte de la consommation en Algérie ». Pour expliquer ce constat, il a rappelé le temps où les gens devaient, dans un contexte particulier, faire du stockage et des approvisionnements, soulignant que cette mentalité est restée jusqu’au jour d’aujourd’hui. « Le Ramadhan, pour ces familles, devrait avoir cette ambiance de frénésie, d’aller faire les provisions en avance, de rentrer dans les rumeurs, dans les fake news, ou d’aller faire les longues files d’attente pour acheter tel ou tel produit », a relevé notre interlocuteur. Il a souligné que « beaucoup de facteurs sont à l’origine de la frénésie et de la surconsommation », précisant que « le fait de trop se focaliser sur les prix, les marchés et la disponibilité des produits de large consommation peuvent malheureusement impliquer une situation inverse à savoir la frénésie et l’affolement des consommateurs », a-t-il ajouté.

Une table « filtrée » et presque parfaite
Alors que le Ramadhan devrait être un mois de spiritualité, de prospérité et de simplicité, une véritable course à la perfection semble s’être installée ces dernières années. Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans cette transformation. Chaque soir, on voit des tables richement décorées et des plats soigneusement présentés. Les repas deviennent « instagrammables », pensés autant pour être photographiés que pour être consommés. Ce phénomène crée une pression pour être toujours à la hauteur des standards diffusés en ligne, incite à acheter plus que nécessaire et à multiplier les plats pour impressionner. Cette pratique, devenue l’une des principales causes de la frénésie d’achats pendant le Ramadhan, finit par altérer et « superficialiser » les véritables valeurs de ce mois béni, la valeur de la simplicité, l’empathie, le fait de se mettre à la place des personnes dans le besoin, le partage, ainsi que l’éducation du corps et de l’esprit aux vraies valeurs de la vie, au-delà du matériel. Toutefois, il existe une catégorie de citoyens qui n’a pas été touchée par ce « virus » de la surconsommation durant cette période de l’année. Ces familles vivent le Ramadhan dans la normalité et la sobriété, perpétuant des habitudes transmises de génération en génération. Cette approche leur permet de rester fidèles à l’esprit authentique du mois sacré. Heureusement que beaucoup de famille tentent, tant bien que mal, de se préserver de ces nouveaux phénomènes.  En tentant de ne pas se laisser avoir par la frénésie, ces familles tentent surtout de préserver le vrai sens du mois sacré, et l’intérêt qu’il porte.

Campagne contre le gaspillage
Face à l’augmentation préoccupante du gaspillage alimentaire durant cette période de l’année, il est important de rappeler qu’une campagne nationale de sensibilisation contre ce phénomène a été lancée par le ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché nationale, Sous le slogan : « la disponibilité des produits est garantie, rationalisation de la consommation est votre choix », qui durera jusqu’au 3e jour de l’Aïd El-Fitr.  Dans ce cadre, Noureddine Haridi, directeur central au ministère de tutelle a expliqué que « cette vaste initiative vise à ancrer une culture de consommation consciente, à renforcer les comportements responsables et à préserver le pouvoir d’achat du citoyen durant ce mois sacré ». Selon Haridi, la campagne sera déployée à grande échelle dans l’ensemble des espaces publics, les grandes surfaces commerciales, les établissements scolaires et universitaires, ainsi qu’à travers des journées d’études et de sensibilisation. L’objectif est de rationaliser la consommation, d’éviter les pratiques excessives et de lutter contre le gaspillage alimentaire, particulièrement accentué durant le mois de Ramadhan. Le programme prévoit également la diffusion de spots publicitaires à la Radio et à la Télévision, l’envoi de messages de sensibilisation par SMS, ainsi que des publications pédagogiques expliquant les bonnes pratiques de consommation. Une attention particulière sera accordée, a-t-il précisé, à l’explication des textes de loi relatifs à la consommation hygiénique et à la protection du consommateur, afin de renforcer la conscience citoyenne et le respect des normes en vigueur. À noter que cette campagne a été encore intensifiée à travers une coordination élargie avec plusieurs ministères concernés et les associations de protection des consommateurs. Cette synergie vise à garantir une approche globale et durable, reposant sur la sensibilisation, la prévention et l’action de terrain. Haridi a souligné « l’importance des rencontres de sensibilisation et des rencontres scientifiques organisées dans ce cadre, les qualifiant d’opportunité pour renforcer la complémentarité entre la référence religieuse et l’approche économique ». Ces rencontres permettent, selon lui, d’harmoniser les finalités religieuses avec les politiques publiques, en vue de bâtir un modèle national de consommation fondé sur la raison, la solidarité et la durabilité, préservant à la fois l’équilibre de la société, la flexibilité de l’économie et la dignité du citoyen.
L. Zeggane

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