La question des viols et des sévices sexuels infligés aux prisonniers palestiniens refait surface, cette fois avec le témoignage accablant d’un journaliste palestinien ayant lui-même été victime de ces pratiques dans les prisons israéliennes. Identifié sous le pseudonyme « Yahya », il a raconté son calvaire de vingt mois d’incarcération, marqués par des tortures systématiques et une agression sexuelle qui l’a profondément traumatisé. Selon le vice-président du syndicat des journalistes palestiniens, Tahsin Al-Ashtal, ces actes constituent des « crimes contre l’humanité » et représentent une tentative désespérée de « supprimer les témoins de la vérité ». Dans son témoignage à Al-Quds Al-Arabi, Yahya décrit des sévices allant des coups à la privation de sommeil, en passant par l’isolement, la famine et l’absence de soins médicaux. Il explique que les prisonniers sortent des prisons « avec des âmes brisées », et que ceux qui survivent restent « brisés pour toujours ». Al-Ashtal a souligné que les journalistes subissent les mêmes tortures que les autres prisonniers et que les témoignages récents des journalistes libérés dépassent l’imagination. Il affirme que ces atteintes « relèvent de crimes de guerre », en responsabilisant pleinement les autorités israéliennes et en dénonçant l’absence de contacts avec les syndicats ou les organisations de défense des droits humains, empêchés par les politiques israéliennes. Deux journalistes restent portés disparus depuis le début de l’offensive israélienne sur Gaza, et Israël refuse toujours de divulguer des informations sur leur sort. Al-Ashtal a appelé les organisations internationales à organiser des visites dans les prisons pour constater les conditions des journalistes détenus et dénoncé le but de ces arrestations et tortures : « l’assassinat des témoins de la vérité, physiquement et moralement ». Le Centre de protection des journalistes palestiniens a rapporté que Yahya a été victime d’un viol et de violences sexuelles dans la prison de Sde Teyman, orchestré à l’aide d’un chien dressé, en présence de soldats israéliens qui filmaient et se moquaient des victimes. L’agression a duré environ trois minutes et a provoqué un effondrement psychologique majeur pendant plus de deux mois, présentant des symptômes correspondant à un trouble de stress post-traumatique. Yahya précise que cet acte n’était pas isolé, mais s’inscrit dans une politique systématique de torture visant à briser la volonté et l’intégrité physique et psychologique des prisonniers. Il dénonce l’usage des chiens comme arme de torture, un acte en violation flagrante des conventions internationales interdisant la torture et les traitements inhumains ou dégradants. Au cours de son emprisonnement, Yahya a subi des interrogatoires sévères, des transferts entre plusieurs centres de détention, l’isolement, la privation de sommeil et de nourriture, ainsi que des humiliations religieuses et des chocs électriques. Il décrit l’enfermement dans des conditions surpeuplées, insalubres et dangereuses, avec la vue régulière de prisonniers morts dans des circonstances obscures, y compris des académiciens et des médecins. Il relate : « Nous avons passé l’automne et l’hiver en vêtements d’été usés, dormant sur le carrelage. Nous sommes entrés vivants et sommes sortis avec des corps épuisés et des âmes brisées. Ceux qui n’y sont pas morts, en sont sortis brisés pour toujours. » Yahya avait été arrêté lors du raid sur l’hôpital Al-Shifa à Gaza le 18 mars 2024, alors qu’il accomplissait son travail de journaliste, équipé de son gilet de presse et de sa caméra. Depuis le 7 octobre 2023, selon le syndicat des journalistes palestiniens, 255 journalistes ont été tués à Gaza, 49 restent emprisonnés, 535 ont été blessés et 150 institutions médiatiques ont été détruites. Le Centre de protection des journalistes palestiniens appelle à ce que ces crimes soient inscrits au dossier de la Cour pénale internationale, à l’ouverture d’une enquête internationale indépendante et à la poursuite des responsables, rappelant que ces actes « ne tombent pas sous le coup de la prescription ».
M. S.













































