Accueil À LA UNE L’AMBASSADEUR DU VENEZUELA À ALGER : « Être à nos côtés, c’est être...

L’AMBASSADEUR DU VENEZUELA À ALGER : « Être à nos côtés, c’est être aux côtés de la légalité »

0

« Demain, ce sera notre occasion pour que nous puissions dire notre vérité sur ce qui se passe au Venezuela et en Amérique latine. Ce sera l’occasion pour que le Conseil de sécurité (de l’ONU, Ndlr) bouge enfin afin qu’il y ait de la paix, non seulement en Amérique latine, mais dans le monde entier ». 

C’est par cette déclaration grave et solennelle que l’ambassadeur de la République bolivarienne du Venezuela, Imad Saab Saab, a résumé les attentes de son pays à la veille de la réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies. Une session convoquée dans un contexte de tensions extrêmes, après ce que Caracas a qualifié d’agression militaire américaine et de «séquestration» du président Nicolás Maduro et de son épouse. Lors d’une conférence de presse organisée, hier, par l’ambassade du Vénézuela à Alger, le représentant diplomatique de Caracas à Alger, a tenu à replacer cette réunion dans un cadre plus large : celui de la survie même du droit international et du multilatéralisme. « Nous savons parfaitement qu’il y aura probablement un veto des États-Unis. Mais cela ne signifie pas que nous devions renoncer. Nous devons utiliser ces canaux. Nous ne pouvons pas ignorer les organisations multilatérales internationales, même lorsqu’elles semblent paralysées », a-t-il insisté.

Le multilatéralisme à l’épreuve du réel

Pour l’ambassadeur, la convocation du Conseil de sécurité n’est pas un simple acte diplomatique. Elle constitue un test décisif pour une institution censée garantir la paix mondiale. « Les Nations unies ne peuvent pas être utilisées uniquement lorsque cela arrange les puissants, puis ignorées lorsque le droit est piétiné de manière flagrante », a-t-il déclaré. Évoquant les précédents récents, il a établi un parallèle explicite avec ce qui se passe à Ghaza. « Nous avons vu ce qui s’est passé, et ce qui se passe encore à Ghaza. L’impuissance du Conseil de sécurité, bloqué par des vétos, a permis une catastrophe humanitaire et juridique. Aujourd’hui, nous faisons face à une menace similaire contre le droit international et la paix mondiale ». Selon Caracas, l’enjeu dépasse largement la situation nationale. Il s’agit de déterminer si le recours à la force, les enlèvements de chefs d’État et les interventions militaires unilatérales peuvent devenir une norme acceptable dans les relations internationales.

« S’aligner sur les États-Unis, c’est soutenir la Guerre »

L’ambassadeur a souligné un élément politique majeur : l’évolution des positions internationales. « Certains pays qui, par le passé, ne reconnaissaient ni le président du Venezuela ni ses processus électoraux, se sont aujourd’hui rangés aux côtés du Venezuela. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, soutenir le Venezuela, c’est être aux côtés du droit international ». À l’inverse, a-t-il averti, « s’aligner sur les États-Unis, c’est s’aligner sur l’incertitude, sur la loi du plus fort et sur la perspective permanente de la guerre ». Une affirmation lourde de sens, dans un contexte de recomposition des alliances mondiales et de montée en puissance des logiques de blocs. Le diplomate a dénoncé ce qu’il qualifie d’« agression militaire illégale», affirmant que les États-Unis ont mené une opération de grande ampleur contre le territoire vénézuélien. Des installations civiles et militaires auraient été ciblées à Caracas ainsi que dans les États de Miranda, d’Aragua et de La Guaira. Selon Caracas, cette offensive a conduit à l’arrestation et au transfert forcé du président Nicolás Maduro et sa femme hors du territoire national.

Violation caractérisée de la Charte de l’ONU

Pour le Vénézuela, il ne s’agit pas d’un simple différend politique, mais d’une violation caractérisée des articles 1 et 2 de la Charte des Nations unies, qui consacrent la souveraineté des États, l’égalité juridique entre nations et l’interdiction absolue du recours à la force. « Nous parlons ici d’un précédent extrêmement dangereux », a averti l’ambassadeur. « Si un chef d’État peut être arrêté par une puissance étrangère sans mandat international, sans décision du Conseil de sécurité, alors aucun pays n’est à l’abri. » Il a également insisté sur les conséquences humaines de cette opération. Selon lui, l’usage de moyens militaires lourds dans des zones densément peuplées a mis en danger la vie de millions de civils, aggravant une situation déjà fragile sur le plan économique et social.

Deux poids, deux mesures : soutiens et complicités

L’ambassadeur n’a pas éludé la question des soutiens internationaux à l’intervention américaine. Il a qualifié de «révélateur» le fait que seuls deux gouvernements aient salué ouvertement l’action des États-Unis : Israël et l’Argentine. « Ce soutien assumé à une action criminelle contraire au droit international montre jusqu’où certains sont prêts à aller pour préserver un ordre fondé sur la force », a-t-il déclaré, dénonçant une logique de deux poids, deux mesures devenue structurelle dans les relations internationales. À l’inverse, il a salué les réactions de pays attachés à un monde multipolaire et au respect du droit international, notamment la Chine, qui a exigé la libération immédiate du président vénézuélien et de son épouse, dénonçant une violation flagrante des normes internationales.

Les ressources du Venezuela au cœur du conflit

Derrière les justifications sécuritaires avancées par Washington, l’ambassadeur a pointé ce qu’il considère comme la véritable motivation de l’agression : les ressources stratégiques du Vénézuela. « Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole prouvées au monde, ainsi que d’importantes richesses minières. Ce n’est un secret pour personne », a-t-il rappelé. Il a cité des déclarations passées de Donald Trump, dans lesquelles le président américain évoquait ouvertement la possibilité de s’emparer du pétrole vénézuélien. Pour Caracas, la lutte contre le narcotrafic invoquée par Washington n’est qu’un prétexte. « Les réseaux criminels prospèrent sur le territoire américain. Ce ne sont pas des bombardements contre des États souverains qui mettront fin à ce fléau », a estimé le diplomate.

Le Conseil de sécurité devant l’histoire

La réunion d’urgence du Conseil de sécurité, convoquée à l’initiative du Vénézuela avec l’appui de la Colombie, se tiendra sous la présidence tournante de la Somalie. Elle devra examiner les conséquences politiques, juridiques et sécuritaires de l’opération américaine. Pour le Vénézuela, l’enjeu est clair : soit le Conseil de sécurité assume son rôle et défend les principes fondateurs de l’ONU, soit il entérine un nouvel affaiblissement du droit international. « Ce qui se joue aujourd’hui ne concerne pas seulement le Venezuela », a conclu l’ambassadeur. « Il s’agit de savoir si le monde accepte que la loi du plus fort remplace le droit, ou si les peuples ont encore le droit de décider librement de leur destin ». Alors que la communauté internationale retient son souffle, la voix du Venezuela résonne comme un avertissement : sans respect du droit international, aucune paix durable n’est possible, ni en Amérique latine, ni ailleurs dans le monde.

M. Seghilani

Article précédentDÉCLARATION DE LA VICE-PRÉSIDENTE : « Le Vénézuela ne sera jamais une colonie »