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L’AIFF DU 4 AU 12 DÉCEMBRE : À Alger, le cinéma raconte le monde et défend l’humanité

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Alger a renoué, jeudi soir, avec une tradition artistique qui dépasse la simple célébration du cinéma. L’ouverture de la 12e édition du Festival international du film d’Alger (AIFF) au Théâtre national Mahieddine Bachtarzi a pris des airs de manifeste culturel, où l’art s’impose comme un espace de résistance, de transmission et de construction collective.
La présence de la République de Cuba comme invité d’honneur a ajouté à cette édition une dimension politique assumée, rappelant l’histoire profonde des solidarités, des luttes partagées et des dialogues entre peuples. La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a donné le coup d’envoi de cette édition en présence de plusieurs personnalités, dont le conseiller du président de la République chargé de la communication, Kamel Sidi Saïd, le président de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel, Amar Bendjedda, le directeur général de la télévision algérienne Mohamed Baghali, ainsi que l’ambassadeur de Cuba en Algérie, Victor Igarza Carrera. Un public mêlant diplomates, artistes, techniciens et cinéphiles avait rempli le théâtre, soulignant une attente collective : retrouver un cinéma vivant, exigeant, capable de raconter le monde et de défendre la profondeur humaine face aux crises. Dans son allocution, la ministre Bendouda a affirmé une vision sans ambiguïté : le cinéma n’est pas un simple divertissement, mais une force active dans la construction de la société. Selon elle, l’acte de création devient un espace où la pluralité des voix peut s’exprimer, où la pensée critique trouve refuge, où les imaginaires se rencontrent pour ouvrir les horizons. « Le festival s’inscrit dans une vision qui fait de l’acte créatif une force du vivre-ensemble, un moteur pour la pensée critique », a-t-elle déclaré, rappelant que lorsque la culture embrasse la diversité, elle devient un instrument d’ouverture, de justice et de respect mutuel. Cette lecture, profondément engagée, inscrit l’événement dans un contexte culturel où les arts sont appelés à jouer un rôle actif, à devenir une arme pacifique face aux crispations sociales, aux menaces de repli identitaire et à l’appauvrissement de la pensée. La ministre a insisté sur l’importance de la circulation des œuvres. Sous le toit du festival, des films venus d’horizons lointains se rencontrent, apportant avec eux les mémoires des peuples, leurs blessures, leurs questionnements et leurs rêves. Elle a souligné que chaque projection est une invitation à redécouvrir la capacité du spectateur à l’empathie, à la compréhension, à l’approfondissement de sa lecture du monde. Dans une époque marquée par les crises, les guerres, les nouvelles formes de manipulation médiatique et les défis technologiques, ce message prend une portée politique. Soutenir les arts, a-t-elle rappelé, c’est soutenir un projet culturel humaniste, un projet où les images et les sons deviennent les vecteurs d’un dialogue mondial.

L’art face aux défis du présent
Le commissaire du festival, Mehdi Benaïssa, a lui aussi livré une lecture qui dépasse le strict cadre artistique. « Le cinéma a traversé les guerres, les ruptures technologiques, les bouleversements culturels. Il continue d’avancer. Les films d’aujourd’hui seront la mémoire de demain », a-t-il déclaré. Dans un monde saturé d’images instantanées, souvent éphémères, faire revenir le cinéma comme mémoire bâtisseuse apparaît comme un acte de résistance. Son propos souligne un enjeu majeur : la sauvegarde d’un récit collectif, un récit capable de transmettre l’expérience humaine aux générations futures dans un format durable, réfléchi, loin des contenus jetables et des flux numériques qui s’épuisent en quelques heures. Le rôle du cinéma comme témoin du présent, parfois même comme contre-pouvoir, prend ici une dimension essentielle.

Cuba, invité d’honneur
La désignation de Cuba comme invité d’honneur n’est pas un hasard. Elle porte une charge historique, politique et culturelle forte. L’ambassadeur Victor Igarza Carrera l’a rappelé : les relations entre Alger et La Havane sont profondes, anciennes, fondées sur la solidarité, les combats anticoloniaux et l’amitié entre deux peuples qui n’ont jamais dissocié culture et émancipation. Selon lui, la présence cubaine à cette édition ouvre la voie à une coopération renforcée dans les domaines de la formation, de la coproduction et de l’échange technique. Il a décrit la cinématographie comme un « pont entre les sociétés et les générations », un pont d’autant plus nécessaire à une époque où les récits dominants menacent d’effacer les mémoires alternatives. La culture cubaine, connue pour sa capacité à conjuguer engagement, poésie, résistance et identité, trouve ainsi un écho naturel dans le paysage culturel algérien. Cette rencontre a donné au festival une dimension internationaliste assumée.

Mémoire restaurée : “Le Plongeur du désert”, un retour à l’histoire algérienne’’
L’ouverture a été marquée par la projection d’une version restaurée du film algérien « Le Plongeur du désert » (1952) du regretté Tahar Hennache. Ce choix n’est pas anodin : restaurer un film antérieur à l’indépendance, le ressortir à l’occasion du 70e anniversaire du déclenchement de la Révolution, c’est rappeler que le cinéma algérien était déjà un espace de résistance avant même l’indépendance. La restauration, acte technique, devient un acte de sauvegarde de la mémoire collective, un geste qui protège les traces d’une époque où les artistes participaient, déjà, à la construction du récit national. Ce film, longtemps oublié pour le grand public, revient ainsi comme un témoignage précieux d’un moment charnière.

Hommages aux figures du 7e art : émotion et reconnaissance
L’ouverture a aussi été l’occasion de saluer la mémoire et le parcours de plusieurs grandes figures du cinéma algérien. Hommage a été rendu au géant Mohammed Lakhdar Hamina, à la talentueuse et inoubliable Biyouna (Baya Bouzar), au cinéaste et réalisateur Allal Yahiaoui, au comédien Fouzi Saichi, mais aussi à des artistes encore présents sur la scène culturelle, tels que l’acteur Salah Aougrout et la réalisatrice cubaine Lizette Vila. C’est le moment dédié à Salah Aougrout qui a particulièrement marqué le public. L’acteur, absent de la scène artistique depuis plusieurs années en raison d’une maladie éprouvante, a reçu un hommage vibrant. Sa présence, empreinte d’émotion, a suscité un profond respect dans la salle. L’acteur, qui a incarné des personnages aimés de millions d’Algériens, notamment le célèbre sultan Achour El Acher, a pu retrouver son public, sourire aux lèvres, malgré la difficulté physique apparente. La salle a vécu un moment rare : un artiste, longtemps éloigné de son art, revenant à la lumière, reconnu par l’État et par ses pairs.
Aougrout a remercié son public avec une sincérité désarmante, évoquant la fidélité de ceux qui ont continué de suivre son parcours malgré le silence imposé par sa maladie. Cet instant a pris l’allure d’un message collectif : la nation n’oublie pas ses artistes, surtout ceux qui ont offert à des générations entières humour, émotion et mémoire.

Un programme riche et ouvert sur le monde
Plus de 100 films, provenant de 28 pays, seront projetés durant cette édition. Cinquante œuvres concourront en compétition officielle, tandis que d’autres seront présentées hors compétition dans des sections thématiques fortes : « Cinéma cubain », « Portes ouvertes sur la Palestine », « Panorama du cinéma algérien », et « Panorama du Sud global ». Ces choix témoignent d’une volonté claire : faire du festival un espace de convergence des résistances culturelles du monde, un lieu où les récits marginalisés trouvent un écran, une voix, une audience. La section « Portes ouvertes sur la Palestine » résonne particulièrement dans le contexte international actuel, et inscrit Alger dans la tradition des capitales culturelles engagées pour la justice et la dignité des peuples. Parallèlement, le « Market Place » du festival et le laboratoire « Cini Lab » offrent un espace concret d’échanges professionnels, de formation et d’opportunités pour les jeunes talents. Cela confirme une volonté institutionnelle de construire une industrie cinématographique durable, moderne et capable de soutenir une nouvelle génération de créateurs.

Un festival comme symbole du renouveau culturel
Cette ouverture du Festival international du film d’Alger n’est pas seulement un événement artistique : elle porte une portée politique, culturelle et symbolique. Elle montre un pays qui cherche à redonner souffle à son paysage cinématographique, qui réhabilite ses légendes, qui restaure sa mémoire filmique et qui ouvre ses scènes à des voix du monde entier. L’édition 2025 se présente ainsi comme une célébration de l’art, mais aussi comme un acte de résistance culturelle face à un monde traversé de crises. Elle rappelle que le cinéma, par sa capacité à raconter, à dénoncer, à émouvoir et à unir, reste l’un des rares espaces où l’humain, avec toute sa complexité, peut encore se dire librement. Dans une Algérie en quête de renouveau artistique et institutionnel, le festival apparaît comme un signal fort : la culture n’est pas un luxe, mais une nécessité, un espace où se forge la conscience collective et où se prépare l’avenir. Le cinéma à Alger ne se contente pas de projeter des films. Il ouvre des fenêtres, confronte les mémoires, répare l’oubli et tisse des ponts. Une manière, pour la capitale, d’affirmer que l’image et la voix sont aussi des formes de liberté.
M. Seghilani

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