La solution politique s’égare sur le chemin de Bruxelles : l’intervention de l’Otan en Libye se précise

La course contre la montre se poursuit, en Libye, rythmée par des tractations pour la formation du gouvernement national, selon l’accord politique signé le 17 décembre dernier, par les acteurs libyens, qui n’arrivent pas à s’entendre sur celui qui doit être à la tête du ministère de la Défense. Situation qui préoccupe des acteurs internationaux, notamment des membres de l’Alliance atlantique (Otan), principalement les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Italie et la France, qui envisagent une ré-intervention militaire en Libye, après celle de 2011, et celle en vue après la formation du gouvernement libyen en question s’il en exprime la demande, à la coalition internationale contre Daech, que dirige Washington. Fin janvier, le patron de l’Otan déclarait que ses soldats n’interviendraient pas en Libye, avant la signature de l’accord politique et la formation du gouvernement d’union nationale appelé à formuler sa demande aux acteurs internationaux, membres de la coalition des pays que dirige Washington, dans sa lutte contre les terroristes de daech en Syrie et en Irak. Le secrétaire général de l’Alliance militaire atlantique, Jens Stoltenberg a indiqué, à ce propos, «Si un accord est trouvé, l’Otan se tient prête à apporter un soutien, mais, le gouvernement doit le demander, et les conditions sur le terrain doivent changer.» a-t-il indiqué, fin janvier dernier. Auparavant, 20 janvier dernier, les ministres de la défense des sept pays influents de l’Otan, les plus engagés aussi au sein de la Coalition que dirige les Etats unis contre Daech se sont réunis à Paris à la demande de Washington, avec pour ordre du jour, la lutte contre les terroristes de Daech, là où ils sont, y compris en Libye. Animant une conférence de presse conjointe, au terme de leurs conclave, si le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian déclarait, que c’est le « moment d’accroître nos efforts collectifs» a-t-il plaidé, c’est son homologue américain, Ashton Carter, qui met en avant les objectifs à atteindre par « les efforts collectifs à accroître» dont a fait part Le Drian. Pour le ministre de la Défense américain, il s’agit en premier de «détruire le cancer de l’EI en supprimant ses centres de pouvoir» citant Rakka en Syrie et Mossoul en Irak, en second, selon lui «lutter contre les métastases de cette tumeur dans le monde» précise-t-il, donc, notamment en Libye et enfin «protéger les populations chez nous» a-t-il déclaré. Au conclave de Paris, lui succède, quelques jours après, une autre réunion des responsables des pays précités, mais cette fois-ci au niveau des ministres des affaires étrangères, s’est tenue en Italie, l’ex-puissance coloniale en Libye, et consacrant ses travaux sur le dossier libyen, à savoir pour mieux peaufiner les contours de l’intervention étrangère imminente en Libye. Dernière déclaration en date, celle du nouveau ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, indiquant, à partir de Munich, Allemagne, qu’«il n’y a plus de temps à perdre pour que ce gouvernement d’union nationale puisse prendre ses fonctions et s’installer à Tripoli en toute sécurité». Propos du successeur, depuis jeudi dernier, de Laurent Fabius à la tête de la diplomatie française, au terme de la réunion sur l’avenir de la Libye, à Munich, des chefs de la diplomatie américaine, française, allemande, italienne, égyptienne, de l’Union européenne (UE) et l’émissaire de l’ONU pour la Libye, Martin Kobler. De son côté, dans ce même ordre d’idée, dicté par la décision des membres de l’Otan de ré-intervenir en Libye, cinq ans après 2011, son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier a déclaré, à cette même occasion que «ce qui se passe à quelques centaines de kilomètres de l’Italie (Libye : Ndlr) ne peut nous être égal en Allemagne et en Europe (…)». Avant d’ajouter, poursuit-il «ça ne nous est certainement pas égal quand, à côté de l’Europe, les milices terroristes de l’EI (daech :ndlr) prennent pied» a indiqué dans un communiqué, Frank-Walter Steinmeier. Il est à noter que des informations font état que devant l’incapacité des libyens à s’entendre sur celui qui devra occuper le poste du ministère de la Défense, il est envisagé de laisser le poste vacant, durant deux à trois mois, période durant laquelle c’est le Conseil présidentiel qui assurera la gestion et le traitement des questions liées à ce secteur.

L’Otan fait fi des voix contre toute intervention en Libye
De l’autre côté des voix de responsables de pays de la région et au niveau international, des acteurs et personnalités libyennes et des scènes régionale et internationale ne cessent d’avertir sur l’aggravation du chaos libyen si le plan de l’intervention militaire étrangère en Libye sera mis en exécution. Le simple citoyen libyen qui depuis cinq ans s’est vu plongé dans une vie où les bruits des armes se font le plus entendre dans l’ensemble des régions du pays et dans un chaos facilitant considérablement l’accroissement de l’activité terroriste dans ce pays, dont celui de Daech, saisit plus que quiconque que c’est à travers le dialogue politique et la réconciliation entre les Libyens, que le pays sera en mesure de relever les défis qui se posent, notamment sa pérennité. Par ailleurs, les pays voisins à la Libye ne lésinent pas pour réaffirmer que la voie politique est à même d’assurer le retour à la vie politico-constitutionnelle dans ce pays, seule voie, ne manquent pas de souligner à même d’aider ce pays à répondre aux problèmes épineux, dont la menace et l’activité terroriste en Libye. Si le ministre des Affaires étrangères égyptien, a déclaré, vendredi dernier, à partir de Washington, que « toute opération militaire probable en Libye, doit être sous la direction des libyens » au terme de sa rencontre avec son homologue américain John Kerry, son homologue tunisien, Khemaies Jhinaoui en visite, à Alger, samedi dernier, a indiqué, que sa rencontre avec son homologue algérien Ramtane Lamamra a permis de mettre en relief l’«importance de la formation d’un gouvernement d’unité nationale à Tripoli qui aura» a-t-il ajouté «notamment à traiter des questions importantes en particulier le terrorisme» selon Khemaies Jhinaoui. Mettant en avant une « totale convergence des positions et analyses tunisiennes et algériennes», le ministre tunisien a assuré que Tunis et Alger, sont d’accord sur la « nécessité de privilégier la solution politique tout en amenant les frères libyens à trouver une solution.». Hier, c’était au tour du ministre des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue des Etats arabes, Abdelkader Messahel qui a fait savoir hier à Alger, que «les pays voisins de la Libye devraient se réunir prochainement à Tunis pour coordonner leurs efforts sur le dossier libyen» a soutenu Messahel, au terme d’un entretien hier, avec le ministre tunisien Khemaies Jhinaoui. Rappelant à cette occasion, que «les pays voisins de la Libye restent attachés à l’unité et la stabilité de ce pays frère et un consensus international sur les solutions politiques proposée» a déclaré, Messahel.
Karima Bennour