Le dossier des essais nucléaires effectués par la France coloniale dans le Sahara algérien a resurgi à la faveur de la Journée internationale contre les essais nucléaires, avec la signature par 20 organisations d’une déclaration conjointe sur les essais nucléaires français en Algérie.
Les organisations signataires ont exprimé leur « profonde inquiétude face au passage de plus de six décennies depuis le début de la série d’essais nucléaires menés par la France dans le Sahara algérien entre 1960 et 1966 ». Il s’agit de 17 explosions nucléaires, ainsi que 40 essais complémentaires sous-critiques, « laissant un lourd héritage de contamination radioactive généralisée et causant de graves dommages sanitaires, environnementaux et sociaux qui perdurent encore aujourd’hui ». Pour rappel, le samedi 13 février 1960, la France effectuait le premier d’une série d’essais atomiques, sous le nom de Gerboise bleue, à une cinquantaine de kilomètres de la ville de Hamoudia (Reggane), dans le Sahara algérien, alors sous son occupation coloniale. Les organisations signataires soulignent que « ces essais ont laissé une empreinte tragique sur la vie de milliers de personnes. Les zones touchées enregistrent des hausses alarmantes des taux de cancer, de maladies respiratoires chroniques et de malformations congénitales, en plus de la dégradation continue des ressources naturelles, de la perturbation des moyens de subsistance et de l’affaiblissement du tissu social et économique des communautés locales. Ils ont également provoqué des traumatismes psychologiques profonds, aggravés par l’absence de soins médicaux adéquats et le manque de transparence sur les risques réels ». Elles affirment que « plus de six décennies après cette catastrophe, elle ne saurait être considérée comme prescrite ou oubliée ». Pour ces organisations, « les tensions diplomatiques actuelles entre l’Algérie et la France ne doivent pas servir de prétexte pour ignorer ce dossier ou justifier l’inaction. Bien au contraire, la sensibilité des relations entre les deux pays devrait inciter à placer l’intérêt humanitaire commun au-dessus de tout différend politique ou circonstanciel, et à traiter cette question comme un dossier fondamentalement humanitaire, de droits humains et environnemental, ne pouvant faire l’objet de marchandages ou de reports ». On sait que les autorités françaises refusent d’ouvrir les archives se rapportant aux populations locales concernées et aux combattants de la lutte de libération qui étaient prisonniers et qui ont été utilisés comme cobayes dans ces expérimentations. Il y a urgence dans ce domaine, au vu de l’impact de ces essais sur l’environnement et surtout sur la santé de la population avec des pathologies jusque-là méconnues dans la région et des cas de cancer ou de malformation chez les nouveau-nés. A la fin 2022, dans un entretien accordé au quotidien français Le Figaro, le président Abdelmadjid Tebboune a demandé que « la France nettoie les sites de ces essais, vers Reggane et Tamanrasset, où la pollution est énorme». L’an dernier, à la même occasion (Journée internationale contre les essais nucléaires), le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) avait rappelé que « toutes les circonstances ayant entouré ces explosions nucléaires et l’ampleur des effets des radiations qui en ont résulté sur la population de la région ne font aucun doute sur le caractère intentionnel et prémédité de ce crime ». Pour le CNDH, »il s’agit d’un crime imprescriptible qui engage une responsabilité juridique ». « Il est plus évident que jamais que le dossier de la mémoire doit continuer à être brandi face à quiconque songerait à l’occulter », avait insisté le CNDH, soulignant que « les essais nucléaires, en particulier, demeureront à jamais des crimes imprescriptibles, dont les séquelles ne sauraient être réparées par une quelconque indemnisation, aussi importante soit-elle ».
M. R.