IL SE VOIT LEADER DU MOUVEMENT POPULAIRE ET TIRE SUR LES PARTIS : La dérive de trop de Abderrazak Makri

Depuis le début de la mobilisation citoyenne le 22 février, le leader du Mouvement pour la société de la paix (MSP), Abderrazak Makri, ne se fatigue pas de manoeuvres et tentatives, plus ou moins assumées, pour récupérer le mouvement. Qui se souvient de la conférence de presse de Makri, en janvier dernier au Forum de Liberté, quand il avait critiqué l’appel de certains partis de l’opposition pour le boycott des présidentielles du 18 avril dernier – échéance annulée puis reportée -, en se disant qu’ «on ne peut pas compter sur la rue pour faire un changement, car elle est anesthésiée ». Il avait alors choqué tous les journalistes présents à la salle, lui qui avait passé tout l’été à jurer qu’il ne se présenterait jamais en cas d’un cinquième mandat pour Bouteflika, avant d’opérer un virage à 180 degrés. Et ça continue toujours. Ce n’est donc pas un hasard si Makri rêve de récupérer le mouvement citoyen, et s’en prendre pour cela aux autres acteurs de l’opposition, en indiquant qu’ils «représentent un danger pour le mouvement». «Nous avons longtemps lutté contre l’époque Bouteflika, contre la bande, contre l’économie mafieuse, et pour la transition démocratique, comme en témoignent des dizaines d’enregistrements de nos discours au cours des dernières années», se glorifie samedi dernier, depuis Médéa, le président du MSP, qui organisait un F’tour collectif au profit de ses disciples. «Nous avons contribué avec d’autres à la formation d’une conscience[citoyenne], mais sans y parvenir. Cependant, quand les gens sont sortis par millions dans ce majestueux Hirak, les trois objectifs sont atteint», a-t-il poursuivi. Tandis que les revendications du mouvement populaire sont clairement exprimées à travers les nombreux slogans soulevés par les manifestants chaque vendredi, Abderrazak Makri reste bloqué dans sa vision opportuniste et étroite. Pour lui, « le premier objectif s’est réalisé avec l’échec du 5e mandat. Le deuxième objectif aussi avec la mise en échec de la bande », mais il reste désormais le troisième objectif, la transition démocratique, qui « ne s’est pas encore réalisée». «C’est l’objectif le plus important. S’il ne serait pas atteint, nous perdrons tous», a-t-il considéré, sans oublier à conseiller aux millions d’Algériennes et Algériens qui manifestaient depuis le 22 février, de «continuer la mobilisation jusqu’à l’aboutissement de ce troisième objectif». Makri a été en effet la première personnalité politique à avoir appelé pendant plusieurs mois à revendiquer une intervention de l’institution militaire dans les affaires politiques selon son initiative qu’il a appelée « le Consensus national ». Il a été aussitôt dénoncé par l’ensemble des partis politiques. C’est ainsi l’occasion aujourd’hui pour Makri de leur rendre la pareille, en mettant en garde que « ceux qui sont susceptibles de réaliser cet objectif sont uniquement les gens ordinaires et normaux, qui marchaient dans le mouvement sans arrière-plan négatif». Il s’est opposé ainsi à ceux qui «représentent», à ses yeux, «un danger pour le mouvement», qui sont selon lui, «le courant laïc radical qui veut contrôler de nouveau l’état-major de l’Armée à des fins idéologiques » et «le courant des opportunistes, qui flattait l’institution militaire pour des intérêts personnels et par peur de la démocratie». Par le premier courant, Makri s’en prend aux partis de l’opposition qui ne partagent pas sa vision « islamiste ». Suite à la convocation puis l’incarcération qui a bouleversée toute la classe politique de la SG du PT, Louisa Hanoune, jeudi dernier, par le tribunal militaire de Blida, Makri n’avait pas un mot de soutien, se contentant de dire que son parti n’avait pas de position à exprimer faute de données sur la nature des accusations. Par le deuxième courant, Makri veut entendre le FLN, dont le nouveau SG, Mohamed Djemaï, a fait part dès son installation de son soutien à l’institution militaire. Abderrazak Makri qui reproche ainsi à toute la classe politique d’avoir trahi la République, se voit en le « Erdogan» algérien. Lui qui n’avait rien voulu risquer de sa carrière politique en s’accrochant jusqu’à la dernière minute à sa candidature à la présidentielle d’avril annulée, ne cédant qu’après de fortes pressions de son parti, refuse toujours de se mettre à la marge. Et les masques sont tombés.

Hamid Mecheri