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GLISSEMENTS DE TERRAIN ET RISQUES D’ÉCROULEMENT À LA CITÉ 318 LOGS COSIDER DE MAHELMA : Les résidents crient aux fausses promesses

À Mahelma, à 30 km au Sud-Ouest d’Alger, les locataires de la cité des 318 logements Cosider sont sous la menace permanente des glissements de terrain.

Depuis 2015, selon les témoignages des membres du comité relevant de ce lotissement, aucune évaluation réelle des risques ou initiative préventive appropriée n’ont été prises. Et toutes les promesses faites par les autorités concernées n’auront été que de la poudre aux yeux.
Représentant l’ensemble de ses locataires, ces derniers n’ont eu de cesse depuis, d’alerter l’opinion publique sur le danger omniprésent qui guette les résidents de la cité, mais malheureusement, toutes les promesses sont restées lettre morte. Il nous a été d’ailleurs donné de constater sur place l’ampleur du risque d’écroulement immédiat des immeubles 11 et 23. « Nous habitons ces logements depuis 2008. Mais en 2015, des fissures ont commencé à apparaître sur les immeubles que vous voyez là. Au début, nous n’avions pas conscience de la réelle menace, mais avec le temps, le nombre de fissures augmentait. Et c’est après qu’on a constaté que ces deux immeubles commençaient à se décrocher de plusieurs centimètres, qu’on a lancé l’alerte. Vous voyez d’ailleurs en haut combien le vide est apparent au niveau des fissures », nous ont aussitôt expliqué les membres du comité. Évacués puis relogés depuis environ trois ans dans des appartements appartenant à Cosider Promotion, les locataires des bâtiments menacés d’effondrement, selon les différents témoignages, attendent toujours un dénouement à cette situation. Selon certains, ces derniers auraient même été avisés qu’ils risquent d’être contraints de quitter les lieux dans un avenir proche, pour aller nous ne savons où. Alors que les glissements continuent de se propager, les résidents craignent le pire, si les autorités locales n’interviennent pas en temps opportun pour éviter une catastrophe. Laissés pour compte, ces derniers ne savent plus à quel saint se vouer devant ce malheur quotidien. « Nous avons fait plusieurs requêtes au niveau de plusieurs services. Nous avons saisi, l’APC, le wali délégué, le wali d’Alger, le ministère de l’Habitat, le ministère de l’intérieur, les pompiers, mais nous n’avons reçu que des promesses sans lendemain. Les solutions pourtant existent pour peu que les autorités concernées, veuillent bien prendre au sérieux ces réelles menaces. Après avoir frappé à toutes les portes, en vain, certains d’entre nous, par crainte qu’un effondrement des immeubles ne cause des dégâts sur les immeubles à proximité, ont préféré déménager et tout abandonner, malgré tout l’argent qu’ils ont investi dans leurs logements. Certains sont même allés vivre chez des proches », ont lâché les témoins.

Des murs de soutènement dérisoires, des études de sol et topographiques en suspens
Notons cependant que l’entreprise Cosider a mis en place des petits murs de soutènement pour tenter de stopper le phénomène de glissements de terrain, mais cela n’a pas empêché les fissures de l’immeuble en question de s’élargir, affirment les membres du comité. De petits travaux d’entretien effectués par Cosider qui ne sont pas pour régler le problème d’une manière efficace. « Cosider a placé des petits murs de soutènement pour freiner la progression des glissements, mais cela ne pourra jamais stopper quoi que ce soit. Et depuis, aucune mesure préventive n’a été prise », ont expliqué les membres. Même cas de figure concernant les études analytiques et géologiques effectuées par les experts dépêchés sur les lieux. Certes, au tout début, les expertises de Cosider ont donné l’ordre d’évacuer le bâtiment menacé, mais sans plus. Depuis, toutes les études de sol et les études topographiques n’ont rendu aucun verdict définitif, pouvant mener à une démolition ou autre mesure. « Depuis que les experts ont ordonné l’évacuation du bâtiment, toutes les études menées sur place sont restées en suspens. Le ministère de l’Habitat a envoyé plusieurs topographes et des ingénieurs pour prélever des échantillons et faire plusieurs forages pour étudier le sol. Mais nous attendons toujours qu’une décision définitive soit prise ». D’après nos interlocuteurs, ce glissement est provoqué par la terre argileuse grise dont est formé ce sol, une situation qui risque de s’aggraver en cas de fortes pluies ou de forte secousse sismique.

Ni gaz, ni infrastructures, ni transport, isolement et insécurité
Tourmentés par la situation déplorable de leur quartier, ces intervenants citent d’autres difficultés, outre ces problèmes de glissements. En effet, le comité signale, en plus, l’absence de raccordement au gaz de ville. En dépit des multiples requêtes adressées aux services de Sonelgaz, les appartements de ces citoyens n’ont toujours pas été raccordés, contraints de s’alimenter en gaz butane, avec tous les désagréments et risques que cela engendre, particulièrement pour les occupants des étages supérieurs. Les habitants lancent à cet effet un appel urgent à la direction de Sonelgaz pour qu’elle daigne prendre en charge leur problème. « Nous sommes les seuls dans toute cette zone à ne pas avoir de gaz de ville. L’ancien wali délégué est intervenu et a saisi les services de Sonelgaz, et s’est même engagé à contribuer financièrement avec trois millions de dinars, sur une totalité de douze millions que nécessite le raccordement au gaz. Il avait, devant nous, ordonné à Sonelgaz d’entamer immédiatement les travaux…mais rien n’a été entrepris jusqu’à aujourd’hui », se désolent nos interlocuteurs, avant d’évoquer d’autres contraintes, et non des moindres, comme pour dire que cette cité reculée a été totalement jetée aux oubliettes.
En effet, les résidents se plaignent du manque de transport, notamment celui des écoliers, en nous expliquant qu’ils existent, mais de façon incertaine et limitée. « Depuis quinze ans, nous n’avons ni transport, ni écoles, ni espaces de loisirs, même pas un petit terrain ou un petit stade de sport pour les enfants. Ceux qui n’ont pas de véhicules souffrent pour se déplacer. Ce n’est que récemment que les services de l’ETUSA assurent une ligne vers le chef-lieu de la commune. Il y a un bus scolaire, uniquement pour les écoliers du primaire, un vieux bus qui tombe constamment en panne. Et ce bus est obligé de transporter même les écoliers du CEM. C’est vraiment triste de voir ces jeunes écoliers marcher jusqu’à Sidi Bennour à pied ». Autre mécontentement, celui de l’insécurité, chose normale dans un endroit isolé. « Nous résidons dans un endroit isolé, constamment en proie aux vols et aux agressions, et personne ne peut intervenir, de peur de représailles. Ce n’est pas tout, l’entreprise EXTRANET ne passe même pas pour ramasser les ordures, on est obligé de descendre jusqu’en bas pour jeter nos ordures ménagères. Nous vivons donc dans la saleté, sans compter les chiens errants en grand nombre, qui menacent la sécurité de nos enfants, c’est le calvaire au quotidien ».

« Nous interpellons le wali et le ministère de l’Intérieur »
Malgré avoir interpellé à maintes reprises les responsables de la mairie, de la daïra, de la direction de l’urbanisme ainsi que le cabinet du wali, aucune suite n’a été donnée à la doléance de ces citoyens, à ce jour. « Quand tu vas voir le maire, il te dit qu’il est au courant et qu’il faut patienter, de même pour le wali délégué, tous les services sont au courant, mais il n’y a jamais eu de suite ». Une situation très préoccupante pour des dizaines de pères de famille qui n’ont cessé de tirer la sonnette d’alarme et multiplier les démarches auprès des autorités locales pour se préserver d’une catastrophe annoncée. Rapports d’expertises de plusieurs ingénieurs à l’appui, ces derniers accusent ouvertement, et Cosider, et les autorités, de laisser cette situation en l’état, alors que des vies sont en danger. « À chaque fois que nous saisissons un responsable, il nous promet d’agir, mais en vain. Ils doivent venir ici pour voir les conditions dans lesquelles vivent ces familles et ce danger qui les guette chaque jour que Dieu fait. Nous interpellons le wali d’Alger et le ministère de l’Intérieur pour qu’il envoie une commission spéciale sur place. Les autorités ne peuvent plus se ranger derrière aucune excuse », nous dira un résident, avant de nous avouer qu’il regrettait tout ce temps passé à attendre, pour rien. « Si on avait su qu’on vivrait pendant quinze ans dans de telles conditions, on aurait pas attendu tout ce temps pour déménager ». En attendant une réaction des autorités, les habitants de la cité 318 logements broient du noir, ne trouvant plus les mots pour décrire leur détresse. Soulignons, par ailleurs, que nous avons essayé de joindre au téléphone le groupe Cosider, mais sans succès.
Hamid Si Ahmed