Une finale de CAN ne se raconte jamais seulement en buts et en trophées. Elle se lit aussi dans les silences, les tensions et les non-dits. Celle de Rabat, remportée dimanche soir par le Sénégal face au Maroc (1-0 a.p), restera comme l’une des plus électriques de l’histoire du football africain. Entre décisions arbitrales contestées, coup de théâtre de dernière minute et zones d’ombre avant le coup d’envoi, la 35e édition a laissé des traces.
Dimanche soir, le stade Prince Moulay Abdellah a basculé dans l’irréel. Le Maroc, pays hôte, semblait toucher son rêve du bout des doigts. Le Sénégal, lui, paraissait au bord du précipice. Un penalty accordé dans les ultimes secondes du temps additionnel a tout fait vaciller. Brahim Diaz s’est élancé. Édouard Mendy a arrêté. En une fraction de seconde, le destin a changé de camp. Avant cela, la finale avait déjà connu un tournant polémique. Un but sénégalais a été refusé pour une faute jugée légère. Quelques minutes plus tard, la VAR a rappelé l’arbitre Jean-Jacques Ndala Ngambo. Sa décision d’accorder un penalty au Maroc a provoqué la colère sénégalaise. Pape Thiaw a demandé à ses joueurs de quitter la pelouse. L’Afrique entière a retenu son souffle. Seul Sadio Mané est resté sur le terrain. Il a échangé avec Claude Leroy, figure respectée du football africain. Puis il a rappelé ses coéquipiers. « On joue comme des hommes », a-t-il lancé. Ce geste de leadership a peut-être sauvé l’image du continent. Il a aussi offert au Sénégal une chance de réécrire l’histoire. Après l’arrêt de Mendy, la prolongation a fait la différence. Pape Gueye a frappé fort du gauche à la 94e minute. Yassine Bounou n’a rien pu faire. Le Maroc a poussé, touché la barre, mais n’a pas trouvé l’égalisation. La défense sénégalaise, solide durant tout le tournoi, a tenu bon. Les Lions de la Teranga ont décroché leur deuxième couronne. Au-delà du résultat, la finale a révélé des fractures. Walid Regragui a dénoncé l’attitude de Pape Thiaw en conférence de presse. Il a parlé d’une « image honteuse » pour l’Afrique. De son côté, le sélectionneur sénégalais s’est excusé. Il a reconnu avoir réagi à chaud. Il a accepté l’erreur arbitrale. Le malaise, lui, est resté.
Les ombres d’avant-match
Mais le match ne s’est pas joué uniquement sur le terrain. Juste avant le coup d’envoi, trois joueurs clés du Sénégal ont déclaré forfait. Krépin Diatta, Ousseynou Niang et Pape Matar Sarr ont été annoncés « malades ». Une coïncidence troublante pour une finale de cette envergure. Kalidou Koulibaly a parlé d’« échos » rassurants après la rencontre. Ismail Jakobs a été plus direct. « Beaucoup de choses se sont passées avant le match », a-t-il lâché. Selon lui, des révélations pourraient émerger. Ses mots ont alimenté les spéculations. Était-ce une simple intoxication ? Une pression extérieure ? Ou un épisode plus opaque ? Pour l’instant, aucune preuve n’a été apportée. Dans ce contexte, l’arrêt de Mendy prend une dimension particulière. Certains ont évoqué un geste de fair-play de Brahim Diaz. Le gardien sénégalais a balayé cette hypothèse. Il a parlé de concentration, de timing et de sang-froid. Pour lui, il n’y a eu ni arrangement ni compromis. Seulement le football, dans sa brutalité et sa beauté.
Cette CAN 2025 restera marquée par ses controverses. Arbitrage sous tension, usage contesté de la VAR, accusations de lobbying et climat électrique ont accompagné la compétition. Le Maroc, qui avait investi massivement pour organiser et gagner, repart sans trophée. Le Sénégal, plus discret, repart avec la coupe et une légende renforcée. Pourtant, au-delà des polémiques, une certitude s’impose. Sur le terrain, les Lions de la Teranga ont montré du caractère.
Ils ont résisté à la pression du public, aux décisions litigieuses et aux imprévus. Sadio Mané a incarné ce mélange d’humilité et de détermination. La relève, symbolisée par Pape Gueye, a répondu présent. Le football africain sort grandi et fragilisé à la fois. Grandi, parce qu’une finale aussi intense prouve la passion du continent. Fragilisé, parce que les soupçons et les tensions ternissent l’image du jeu. La CAF devra tirer des leçons. L’arbitrage devra gagner en crédibilité. La transparence devra devenir une priorité.
En attendant, le Sénégal savoure. Quatre ans après son premier sacre, il s’installe durablement parmi les grandes nations du football africain. Le Maroc, lui, devra digérer cette défaite. Il devra aussi répondre aux questions laissées en suspens. Le trophée est parti vers Dakar. Les débats, eux, resteront longtemps à Rabat.
Et si, au final, cette CAN avait révélé plus qu’un champion : les vérités cachées du football africain ?
Mohamed Amine Toumiat












































