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23 février 2024
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DRAME MIGRATOIRE DE NADOR-MELILLA : Le ministre espagnol de l’intérieur bientôt au purgatoire du Congrès

Acculé par des rapports des Organisations Non-Gouvernementales, des experts des Nations unies, et par des enquêtes menées par des parlementaires espagnols et des médias occidentaux, sur la responsabilité de ses services dans la tragédie survenue le 24 juin à la clôture de Melilla, où  une trentaine de migrants ont perdu la vie,  en raison des violences policières marocaines et espagnoles, le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, homme de confiance du Premier ministre, Pedro Sanchez, comparaîtra enfin devant la session plénière du Congrès des députés espagnols le 30 novembre pour donner sa version des faits.

Selon les déclarations des dirigeants espagnols, dont celles du Premier ministre Pedro Sanchez, « les victimes ont trouvé la mort dans des bousculades et en chutant de la clôture de fer » séparant l’enclave espagnole du territoire marocain. Les autorités espagnoles avaient d’ailleurs salué l’action de la Guardia civil, ainsi que de la police espagnole qui « a permis de contenir l’attitude violente » des migrants, grâce, soutiennent-telles, « à l’emploi opportun et proportionné du matériel mis à leur disposition ». Mais ce n’est pas ce que disent les rapports onusiens, et autres rapports des Ong et médias sur ce curieux emploi « opportun » et « proportionné » de la force,  qui a, bizarrement, fait 37 morts, selon l’Onu, parmi les migrants, qui tentaient de passer du Maroc vers l ‘Espagne.
Le rapport des experts des Nations unies, publié récemment, parle de 37 morts, lors de cette tragédie humaine, non sans condamner «  l’impunité dont jouissent les autorités marocaines et espagnoles », responsables du drame survenu, des deux côtés des barrières grillagées séparant l’enclave espagnole de Melilla du territoire marocain. La rapporteuse spéciale de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme et un groupe de travail d’experts sur les personnes d’ascendance africaine affirment que « des dizaines d’autres ont été blessés en raison d’un usage excessif et mortel de la force par les autorités marocaines et espagnoles », tout en dénonçant ces violences barbares de Madrid et de Rabat, à l’encontre des migrants irréguliers. « Il est alarmant qu’il n’y ait toujours pas de responsabilité concrète plusieurs mois [plus tard] », indiquent-ils dans leur communiqué, réclamant une enquête approfondie, et des réparations aux victimes et à leurs familles, ainsi que des garanties pour que cela ne se reproduise pas, et ce, en vertu du droit international des droits de l’Homme.

« L’usage excessif » de la force par les autorités marocaines
De son côté, l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH), a, dans son rapport, fait état de « répression sans précédent de la part des autorités marocaines avec la complicité de leurs homologues espagnoles » contre ces migrants. Principale association indépendante de défense des droits humains au Maroc, l’ONG fustige « l’usage excessif », par les autorités marocaines.
L’ancien président et actuellement vice-président de la section de l’AMDH à Nador, Omar Naji, affirme à la BBC s’être rendu à la morgue de Nador, craignant une dissimulation de la part des autorités marocaines et confirme avoir vu quinze (15) corps, “allongés sur le sol”, en plus de 21 tombes fraîchement creusées constatées au cimetière local. “Les autorités voulaient enterrer les corps sans faire les enquêtes nécessaires et sans identifier les corps”, accuse-t-il.
L’AMDH dénonce également les « traitements cruels, inhumains et dégradants » commis ensuite contre les blessés et l’absence de soins pendant plusieurs heures. L’association dispose d’une vingtaine de vidéos – dont certaines ont été largement relayées sur les réseaux sociaux, montrant des dizaines de corps, de morts ou de blessés, gisant à terre et entassés les uns sur les autres, continuant pour certains de recevoir des coups de matraque et de pieds.
Autre rapport accablant les responsables espagnols et marocains, sur le drame de Melilla, est diffusé, la semaine passée, par la BBC. Basée sur l’analyse de nombreuses vidéos du drame de Melilla, plusieurs interviews avec des migrants présents ce jour-là, des militants marocains et espagnols, ainsi que des visites au poste de frontière de Melilla avec le Maroc, l’enquête de la BBC sur la mort des migrants, a eu un impact, non seulement en Espagne et au Maroc, mais aussi sur la scène européenne et internationale.
Cette enquête de la BBC soulève l’usage de la force par les forces de l’ordre marocaines et espagnoles et le refoulement immédiat et violent de plus de 450 migrants vers le Maroc, qui ont, ensuite, « été battus par des garde-frontières marocains jusqu’à perdre connaissance.
Aussi, une récente enquête parlementaire espagnole, incrimine directement les forces de sécurité espagnoles avec leur recours « excessif » à la force. Quant à leurs homologues marocains, qui n’ont jamais fait dans la dentelle, ces derniers sont allés jusqu’à masquer des preuves et déplacer des cadavres.

« La police espagnole charge les migrants »
Selon un député participant à une enquête sur ces événements tragiques, la police espagnole a lancé en juin 86 projectiles lacrymogènes pour repousser des migrants tentant de s’échapper du Maroc vers l’enclave de Melilla. Le Maroc et l’Espagne ont tous deux nié avoir utilisé une force excessive et les autorités marocaines ont déclaré à l’époque que les décès résultaient d’un écrasement et de migrants tombant d’une haute clôture. Les groupes de défense des droits, cependant, affirment que l’utilisation de gaz lacrymogène a été l’un des déclencheurs de la ruée meurtrière.
La députée Maria Carvalho, qui faisait partie d’un groupe de législateurs qui s’est rendu sur les lieux lundi et a rencontré la Guardia Civil qui garde la frontière, a tweeté qu’on leur avait donné une liste des munitions anti-émeute utilisées. On parle de 270 coups de feu, 28 projectiles fumigènes, 86 projectiles lacrymogènes, 65 balles en caoutchouc et 41 sprays (poivre).
Cette affaire dont étaient victimes des migrants irréguliers, a fait couler beaucoup d’encre de par son caractère inhumain, mais surtout du fait que les responsables de ce drame refusent toujours d’assumer leur responsabilité et continuent de tenter de dissimuler des faits tragiques ou les migrants ont été froidement massacrés par les services de sécurité marocains et espagnols. L’avocat Mohamed Ziane, ancien ministre marocain en charge des droits de l’Homme sous Hassan II, avait publiquement accusé Rabat de mentir et de dissimuler des preuves, soutenant par ailleurs que le nombre de décès est sans doute supérieur à une centaine… Le passage du ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, devant la session plénière du Congrès des députés le 30 novembre prochain, pour s’exprimer, à nouveau, sur le sujet, apportera peut-être d’autres nouveaux éléments pour situer, clairement, les responsabilités des uns et des autres sur des pratiques inhumaines qu’on croyait à jamais révolues. Encore une fois, le Premier ministre Pedro Sanchez joue, la crédibilité de son gouvernement, déjà, malmené par son revirement spectaculaire sur la question du Sahara occidental qui a d’ailleurs créé des tensions diplomatiques entre Alger et Madrid.
Brahim Oubellil

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