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De l’Algérie d’hier aux luttes d’aujourd’hui : Quand la guerre frappe, les femmes tiennent debout

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À l’occasion du 8 mars la Journée internationale des droits des femmes, les débats se concentrent souvent sur l’égalité professionnelle, l’accès aux postes de responsabilité ou encore la reconnaissance sociale. Pourtant, dans de nombreuses régions du monde, les combats menés par les femmes prennent une dimension bien plus essentielle. Dans les zones marquées par les conflits et l’instabilité, certaines d’entre elles ne luttent pas seulement pour l’égalité des droits, mais d’abord pour des réalités plus fondamentales : le droit de vivre en sécurité, de protéger leurs proches et de préserver leur dignité face à l’adversité.

Des territoires palestiniens au Soudan, du Sahara occidental au Yémen, en passant par l’Iran, les femmes se retrouvent au cœur de crises qui bouleversent leur existence. Exposées à la violence, au déplacement et à la précarité, elles doivent souvent assumer à la fois la survie de leurs familles et la résistance face à l’injustice. Leur combat n’est pas nouveau dans l’histoire. En Algérie, durant la guerre de libération, les célèbres « Djamilettes » ont marqué l’histoire par leur engagement dans la lutte pour l’indépendance. Aujourd’hui, d’autres femmes à travers le monde incarnent cette même détermination, chacune dans son contexte, mais avec une aspiration commune : vivre dignement et faire entendre leur voix malgré la guerre. Dans les conflits armés, les femmes figurent parmi les populations les plus vulnérables. Les guerres entraînent souvent la destruction des structures sociales, la disparition de services essentiels et l’aggravation de la pauvreté. Dans ce contexte, les femmes se retrouvent exposées à différentes formes de violence : agressions physiques, violences sexuelles, harcèlement ou déplacements forcés. À ces risques s’ajoute une charge familiale accrue. Lorsque les structures sociales s’effondrent ou que les hommes sont absents en raison de la guerre, les femmes doivent assurer seules la prise en charge des enfants, des personnes âgées et parfois de familles entières. Cependant, réduire les femmes à un rôle de victimes serait ignorer la réalité de leur engagement. Dans de nombreuses sociétés touchées par les conflits, elles deviennent des actrices essentielles de la résilience collective. Elles organisent l’entraide, maintiennent les réseaux sociaux et contribuent souvent aux initiatives de paix. L’histoire montre que les sociétés en crise s’appuient largement sur leur engagement pour survivre. Dans de nombreuses régions du monde, ce sont elles qui assurent la continuité de la vie quotidienne lorsque tout semble s’effondrer.

De novembre 54 jusqu’à nos jours 

L’histoire algérienne constitue un exemple marquant du rôle joué par les femmes dans les périodes de conflit. Durant la guerre de libération nationale, des milliers de femmes ont participé activement à la lutte contre la colonisation. Certaines ont rejoint les maquis, d’autres ont assuré des missions de liaison, de transport ou de soutien logistique. Beaucoup ont payé cet engagement au prix de lourds sacrifices, subissant arrestations, torture ou exil. Ces femmes, souvent surnommées les « Djamilettes », sont devenues des symboles du courage et de la résistance. Leur combat n’était pas seulement militaire : il portait également une dimension politique et sociale, en affirmant la place des femmes dans la construction de la nation. Aujourd’hui, dans d’autres régions du monde, des femmes vivent des situations comparables. Elles ne portent pas toujours les armes, mais elles résistent à leur manière à la violence et à l’oppression.

À Ghaza, l’art comme forme de résistance

Dans la bande de Ghaza, où la guerre a bouleversé la vie quotidienne, certaines femmes ont choisi la créativité pour faire entendre leur voix. C’est le cas de la jeune artiste palestinienne Marah Al-Zaânin, qui a transformé la tente où elle vit avec sa famille en une galerie d’art improvisée. Installée dans un camp de déplacés, elle y expose les centaines de tableaux qu’elle a réalisés au fil des dernières années. Ses œuvres racontent la vie quotidienne des habitants de Ghaza, en particulier celle des femmes confrontées à la guerre, au déplacement et à la pauvreté. Faute de matériel, elle a parfois dû remplacer la peinture par de l’encre, puis par des cendres provenant du feu de cuisson. Malgré ces contraintes, elle a continué à créer, donnant naissance à près de 700 tableaux, dont environ 500 ont survécu aux déplacements et aux conditions difficiles. Les œuvres de Marah Al-Zaânin intègrent de nombreux symboles palestiniens, tels que la pastèque, le keffieh ou les motifs de broderie traditionnelle. À travers ces images, elle raconte une histoire collective et rappelle que la culture peut devenir un acte de résistance. Chaque jour, des visiteurs et des journalistes se rendent dans sa tente pour découvrir cette galerie insolite. Pour la jeune artiste, l’objectif est clair : montrer que même dans les circonstances les plus difficiles, les rêves et la créativité peuvent survivre.

La poésie comme mémoire de la douleur

L’art ne se limite pas aux images. À Ghaza également, la poésie est devenue un moyen d’exprimer la souffrance et l’espoir d’un peuple. La poétesse palestinienne Alaa Al-Qatrawi s’est imposée ces dernières années comme l’une des voix littéraires marquantes de la scène culturelle palestinienne. À travers ses recueils et ses textes, elle documente la réalité de la vie sous le conflit. Ses œuvres mêlent amour, perte, espoir et résistance. La figure de la femme y occupe une place centrale : la mère, la sœur, la fille ou la veuve y apparaissent comme des symboles de résilience. Depuis le début de l’offensive sur Ghaza, l’autrice a intensifié son écriture afin de témoigner de ce que vivent les habitants de l’enclave. Ses textes cherchent à préserver la mémoire des victimes et à rappeler au monde que derrière les chiffres des conflits se trouvent des vies humaines. Pour Alaa Al-Qatrawi, l’écriture est une manière de transformer la douleur en mémoire collective. Elle considère que chaque femme palestinienne mérite que son histoire soit racontée.

Les femmes sahraouies bravent la répression

Dans les territoires occupés du Sahara occidental, les femmes sahraouies font également face à de nombreuses difficultés. Selon plusieurs témoignages et analyses, elles subissent des pressions visant à réduire leur engagement politique et leur participation aux mouvements revendiquant l’autodétermination. Ces pressions prennent différentes formes : harcèlement, surveillance, arrestations ou campagnes de diffamation. Les militantes sahraouies dénoncent également des agressions physiques et des restrictions de leurs libertés. Malgré ces obstacles, elles poursuivent leurs actions à travers des initiatives pacifiques et la documentation des violations des droits humains. Leur engagement contribue à maintenir vivante la revendication d’indépendance et à préserver le tissu social. Pour de nombreux observateurs, ces femmes incarnent un symbole de courage et de persévérance face à une situation politique complexe.

Les femmes iraniennes entre vulnérabilité et engagement social

Dans les contextes de tensions et de conflits, la situation des femmes iraniennes illustre également la complexité des rôles qu’elles peuvent jouer. Les périodes de crise entraînent souvent une augmentation des responsabilités familiales et sociales. Les femmes se retrouvent chargées de maintenir la stabilité du foyer dans un environnement marqué par l’incertitude. Mais elles participent également à des initiatives civiques visant à promouvoir la solidarité et la paix. Des mouvements associatifs et des réseaux de soutien ont ainsi émergé pour répondre aux besoins des populations vulnérables. Ces expériences montrent que les femmes peuvent devenir des actrices essentielles de la cohésion sociale dans les périodes les plus difficiles.

Des voix féminines qui portent au-delà des frontières

La défense des droits des femmes dans les zones de conflit ne se limite pas aux populations directement touchées par la guerre. Des militantes, journalistes et personnalités publiques à travers le monde tentent également de sensibiliser l’opinion internationale. Certaines figures engagées utilisent leur notoriété pour attirer l’attention sur la situation des femmes vivant dans les régions en guerre et appeler à une mobilisation internationale. Ces voix rappellent que la solidarité mondiale reste essentielle pour soutenir celles qui se battent au quotidien pour préserver leur dignité. Citant la militante qui nous a quitté récemment Leila Khaled un emblème de la résistance palestinienne, ainsi que des jeunes femmes qui lutte pour une vie digne comme Rima hassan et Greta Thunberg. À l’occasion du 8 mars, les histoires de ces femmes rappellent que la lutte pour les droits et la dignité prend des formes multiples selon les contextes. Dans certaines régions du monde, l’enjeu porte sur l’égalité professionnelle ou la représentation politique. Dans d’autres, il s’agit avant tout de survivre à la violence et de préserver la dignité humaine. Qu’elles soient artistes, poétesses, militantes, mères ou entrepreneures, ces femmes partagent une même détermination : continuer à vivre, à créer et à résister malgré la guerre. Comme les combattantes algériennes d’hier, elles contribuent à écrire l’histoire de leur peuple. Leur engagement rappelle que, même dans les périodes les plus sombres, la force des femmes demeure l’un des moteurs les plus puissants de la résilience humaine.

M. Seghilani 

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