La lumière dorée du désert enveloppe le camp de réfugiés sahraouis Aousserd où s’achèvent les célébrations du cinquantième anniversaire de la République arabe sahraouie démocratique (RASD).
Après plusieurs jours de commémorations, de rencontres politiques et d’expressions culturelles, la cérémonie de clôture s’est imposée comme un moment dense, chargé à la fois d’émotion, de mémoire collective et de perspectives politiques. Dès l’aube, les allées sablonneuses des camps s’animent. Des familles entières affluent vers les espaces de célébration, venues parfois de loin pour assister à cet événement présenté comme historique. Les visages portent la fierté, tandis que les gestes traduisent une ferveur contenue. Chaque instant semble ici rappeler cinquante années de lutte, d’exil et d’espoir. Sur une vaste esplanade, la cérémonie prend une dimension visuelle et narrative à travers une succession de tableaux vivants et de défilés. Ces scènes retracent les étapes d’un processus de construction nationale mené dans des conditions exceptionnelles, entre exil et organisation institutionnelle. La cérémonie se déroule en présence de délégations diplomatiques, de représentants de partis politiques et de délégations étrangères solidaires avec le peuple sahraoui, venues d’Afrique, d’Europe, d’Amérique latine et de pays arabes. Cette diversité de participation est présentée comme un signe de l’intérêt international porté à la cause sahraouie et à son droit à l’autodétermination. Le Front Polisario, représenté par ses dirigeants, a également marqué cette séquence commémorative par une série de prises de parole politiques fortes, réaffirmant les positions historiques du mouvement.
Brahim Ghali remet les pendules à l’heure
La veille, lors du premier jour des célébrations, le président de la RASD et secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, a prononcé un discours d’ouverture devant un large public et les délégations invitées. Dans son allocution, il a affirmé que ce cinquantenaire constitue un moment charnière dans l’histoire du peuple sahraoui, réaffirmant la continuité de la lutte et la centralité du projet national. Il a notamment déclaré « Ce cinquantenaire de l’État sahraoui est un message au monde. Un message de résistance et de persévérance, d’unité nationale bel et bien ancrée. Un message de rejet et de dénonciation des manœuvres et conspiration qui visent la confiscation du droit du peuple sahraoui à la liberté, à la dignité et à l’existence. » Dans son intervention, le président sahraoui a également adressé un message aux Sahraouis présents dans les territoires occupés, soulignant leur attachement à leur identité nationale malgré les conditions difficiles. Brahim Ghali s’est adressé aux Sahraouis qui se trouvent dans les territoires occupés par le Maroc et qui restent attachés à leur identité et leur appartenance nationale sahraouie. Il met en exergue leur résistance, malgré les politiques de répression, de violence et de déportation exercées par l’occupant marocain, outre la spoliation des biens et richesses sahraouis. Il a par ailleurs dénoncé les violations des droits de l’Homme dans les lieux de détention, évoquant la situation des prisonniers sahraouis et de leurs familles. Le discours présidentiel a également replacé le cinquantenaire dans une perspective historique plus large, évoquant les origines du conflit et les responsabilités internationales. « Nous ravivons, à travers ce 50e anniversaire de l’État sahraoui, la transformation historique dans le parcours de la lutte du peuple sahraoui, qui constitue une réponse immédiate et appropriée à une conspiration coloniale, où l’Espagne, juridiquement puissance administrative du Sahara occidental, qui s’est soustraite à sa responsabilité historique envers sa colonie, en concluant un accord violant la légitimité internationale. » Selon lui, cette situation aurait ouvert la voie à une nouvelle puissance coloniale, privant le peuple sahraoui de son droit à l’autodétermination. Dans ce contexte, l’institution de la défense et de la sécurité occupe une place centrale dans le récit national sahraoui. L’Armée de libération populaire sahraouie est décrite comme une force expérimentée, engagée dans la consolidation des structures de l’État et participant, selon les autorités sahraouies, aux efforts régionaux et internationaux de lutte contre le terrorisme et de promotion de la paix et de la sécurité.
Une « fresque nationale » portée par l’éducation et la formation
Au-delà du registre politique et militaire, la cérémonie de clôture met également en avant les acquis sociaux et institutionnels. Le secteur éducatif ouvre la fresque des défilés. Des enfants en uniforme avancent avec discipline, suivis d’étudiants et d’enseignants, illustrant une politique éducative présentée comme un pilier de la résistance et de la continuité nationale. Les centres de formation professionnelle présentent également leurs filières : santé, administration, artisanat. Chaque groupe met en avant la volonté de former des cadres capables de porter les institutions sahraouies et de structurer un projet de société malgré les contraintes de l’exil. Au fil des célébrations, le cinquantenaire de la RASD apparaît ainsi comme un moment de convergence entre mémoire historique, affirmation politique et projection institutionnelle. Entre discours officiels, mobilisation populaire et présence internationale, l’événement se veut à la fois une commémoration et une démonstration de continuité politique. Dans le silence du désert comme dans les scènes de défilés, un même message semble se dégager : celui d’un peuple qui inscrit sa trajectoire dans la durée, entre résistance, organisation et revendication persistante de ses droits politiques fondamentaux.
Institutions et services publics en démonstration
Le défilé institutionnel vient renforcer cette impression. Ministères, organismes publics, structures sociales : tous participent à cette mise en visibilité de l’appareil étatique sahraoui. Le secteur de la santé se distingue par une présence remarquée, mettant en avant les efforts déployés pour assurer un accès aux soins dans un environnement marqué par l’exil. Les structures dédiées à la promotion de la femme témoignent quant à elles du rôle central des femmes dans la société sahraouie, à la fois actrices sociales et piliers de la résilience collective. La protection civile, les services humanitaires et le Croissant-Rouge sahraoui illustrent une autre dimension essentielle : celle de la solidarité organisée face aux contraintes du quotidien. À travers ces présentations, c’est une image de continuité institutionnelle qui se dessine, celle d’un État en devenir, structuré et engagé dans la gestion de ses priorités.
Une culture comme socle identitaire
Mais au-delà des institutions, la culture sahraouie occupe une place centrale dans cette cérémonie de clôture. Les tableaux traditionnels plongent les spectateurs dans un univers où chaque geste, chaque chant, chaque symbole raconte une histoire. Des scènes de mariages, des activités agricoles, des démonstrations artisanales se succèdent, rappelant les fondements d’une société profondément ancrée dans ses traditions. Les chants et les rythmes accompagnent ces tableaux, renforçant le sentiment d’appartenance collective. Le chameau, figure emblématique, traverse plusieurs séquences. Symbole de mobilité et de résistance, il renvoie aussi à la mémoire des premières étapes de la lutte armée, notamment lors de l’opération du 20 mai 1973 contre la présence coloniale espagnole.
Une reconnaissance symbolique aux soutiens internationaux
Au cœur de cette journée, la cérémonie de distinction présidée par le président sahraoui et secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, donne le ton. Dans une atmosphère solennelle, plusieurs personnalités étrangères sont décorées de la médaille de la République, en reconnaissance de leur engagement constant en faveur de la cause sahraouie. Défilent ainsi sur l’estrade Carmelo Ramírez, Manfred Heinz, Esteban Silva Cuadra, ainsi que Christian Berrigou et Véronique Berrigou. Les applaudissements nourris du public traduisent une reconnaissance partagée : celle d’un combat qui, au fil des décennies, a su mobiliser bien au-delà des frontières sahraouies. Ces distinctions ne relèvent pas seulement de l’hommage protocolaire. Elles incarnent la dimension internationale d’une cause qui s’est progressivement inscrite dans les consciences militantes et politiques à travers le monde.
Une présence internationale à forte portée politique
Dans les tribunes, la diversité des délégations étrangères témoigne de l’ampleur du soutien international. Des représentants venus d’Afrique, d’Europe et d’Amérique latine prennent part à cet événement, chacun portant un message de solidarité. Comme l’ont souligné plusieurs intervenants, « les liens historiques, culturels et humains qui unissent les peuples doivent servir de socle à une solution juste et durable », a-t-on notamment entendu du côté de la Mauritanie, qui a réaffirmé son attachement à un règlement pacifique sous l’égide des Nations unies. Dans le même esprit, un message de la présidente de la Tanzanie, Samia Suluhu Hassan, a rappelé que « la lutte du peuple sahraoui s’inscrit dans la continuité des combats de libération africains, encore inachevés sur le continent ». Les représentants européens ont, pour leur part, insisté sur « la nécessité impérieuse de faire respecter le droit international et de renforcer la visibilité de la cause sahraouie », tandis que les délégations latino-américaines ont évoqué « une solidarité militante, enracinée dans une histoire commune de résistance au colonialisme et de défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».
Une cause qui dépasse les frontières
Au fil des prises de parole, une idée s’impose avec force : la cause sahraouie s’inscrit dans une dimension universelle. Elle dépasse les considérations géopolitiques pour toucher aux principes fondamentaux de justice, de dignité et de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les intervenants appellent à une mobilisation accrue de la communauté internationale et insistent sur la nécessité de respecter les résolutions des Nations unies. Plusieurs dénoncent les tentatives de contournement du principe d’autodétermination, réaffirmant qu’aucune solution durable ne peut être envisagée en dehors de ce cadre.
La mobilisation française, entre mémoire et continuité
Parmi les délégations, celle venue de France attire particulièrement l’attention. Composée d’élus, de militants et d’acteurs associatifs, elle incarne un demi-siècle de solidarité active. Le message de Régine Villemont, lu par Jacqueline Fontaine, souligne la constance de cet engagement et salue un combat mené dans le respect du droit international. Il met également en lumière les valeurs portées par le projet sahraoui : éducation, égalité, participation des femmes. Les membres de la délégation évoquent les nombreuses initiatives menées depuis des décennies : accueil d’enfants sahraouis, organisation d’événements culturels, actions de plaidoyer. Le député Jean-Paul Lecoq réaffirme, pour sa part, la nécessité de poursuivre ces efforts dans un contexte international complexe.
Une clôture entre bilan et projection
À mesure que la journée s’achève, une impression domine : celle d’un moment charnière. Cette clôture n’est pas seulement la fin d’une commémoration, mais le point de convergence entre un passé de lutte, un présent de construction et un avenir encore à écrire. Dans les regards, dans les discours, dans les gestes, se lit une détermination intacte. Celle d’un peuple qui, malgré les obstacles, continue d’avancer, soutenu par une solidarité internationale de plus en plus large. À Tindouf, le cinquantenaire de la RASD s’achève ainsi sur une note à la fois grave et porteuse d’espoir. Une démonstration que, cinquante ans après sa proclamation, le projet sahraoui demeure vivant, structuré et résolument tourné vers l’avenir.
De notre envoyée spéciale dans les camps des réfugiés (Aousserd – Tindouf), Manel Seghilani












































