Les travaux du Colloque international organisé par le ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, autour du thème : « la réduction des risques des séismes : gouvernance et prospective » à l’occasion du 20ème anniversaire du violent séisme qui avait secoué en 2003 la wilaya de Boumerdès, se sont poursuivis, hier, au Centre international des conférences-CIC, à Alger.
S’exprimant, hier, deuxième et dernier jour de la rencontre, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Brahim Merad, a souligné la nécessité d’évaluer la vulnérabilité des bâtiments et des structures stratégiques en vue de les réhabiliter, assurant que cela réduirait les risques de tremblements de terre et de catastrophes.
Le premier responsable du département de l’Intérieur a révélé, par ailleurs, qu’un nouveau projet de loi portant révision complète du système législatif des risques majeurs sera présenté au gouvernement dans les prochaines semaines, affirmant, à l’occasion, que le Trésor public a perdu 3500 milliards de dinars dus aux dégâts occasionnés par les catastrophes naturelles sur les biens de l’État et à ses infrastructures.
Le ministre a également fait savoir qu’un travail est en cours pour l’élaboration d’un programme national dédié à la gestion des risques sismiques visant la modernisation des mécanismes et le développement des moyens scientifiques et technologiques à la fois efficaces et adéquats avec un coût économique acceptable au niveau du CRAAG en plus de la préparation d’un plan général et précis des zones à risques pour la prévention des risques sismiques.
Il a affirmé, dans ce cadre, que le nouveau projet de loi relative à la prévention et à la gestion des risques majeurs devant remplacer la loi de 2004 permettra de définir les mécanismes d’interventions. La stratégie nationale de gestion des risques de catastrophes naturelles annoncée pourra entrer en vigueur une fois cette loi promulguée.
Le premier responsable du département de l’Intérieur a annoncé, également la préparation d’un plan général pour redéploiement des sièges appartenant au Centre de recherche en astronomie Astrophysique et géophysique (CRAAG), à travers les différentes wilayas du pays, tout en appelant, par la même, les médias à présenter et faire connaître le CRAAG ainsi que ses travaux. L’élargissement du réseau de surveillance sismique permettrait de réguler l’alerte précoce et de renforcer la protection des infrastructures vitales du pays pour éviter davantage de dégâts.
Lors de son intervention avant-hier à la même occasion, le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, Mohamed Tarek Belaribi, avait annoncé, dans ce sens, le lancement de l’actualisation de la réglementation parasismique algérien (RPA) en 2023, et l’introduction de concepts modernes et des dernières technologies utilisées en matière de construction parasismique, dont la technique de l’isolation sismique et les absorbeurs de chocs, comme ceux utilisés dans le minaret de la Grande mosquée d’Alger. À rappeler que le Pr Abdelkrim Chelghoum, président du Club algérien des risques majeurs, a toujours réaffirmé que le seul moyen d’en réduire les dégâts causés par les séismes demeure son anticipation par l’adoption de bâtisses et ouvrages d’art véritablement antisismiques de surcroît, que les risques sismiques sont totalement imprévisibles. Se situant dans la région méditerranéenne connue pour son intense activité sismique, l’Algérie est ainsi vulnérable au risque sismique qui demeure toujours un phénomène imprévisible. Elle se trouve dans une interaction entre trois plaques tectoniques, anatolienne, africaine et arabique. La particularité des séismes en Algérie c’est qu’ils sont superficiels (aux environs de 10 km de profondeur), autrement dit, plus dévastateurs car plus le séisme est profond moins il est dévastateur.
Il faut savoir que l’Algérie est exposée aux risques environnementaux et climatiques comme les risques de marées noires sur les 1200 km de côte, et les feux de forêt entre autres ainsi qu’à des risques de catastrophes naturelles telles que les tremblements de terre, et les inondations.
L’Algérie 11e parmi les pays arabes les plus menacés par les risques majeurs
Dans un classement réalisé en 2022 par l’Indice d’exposition des pays aux risques de catastrophes naturelles et aux changements climatiques à l’échelle mondiale, l’Algérie est classée 11e parmi les pays arabes exposés aux différentes catastrophes naturelles et les changements climatiques. C’est la Somalie qui vient en tête de ce classement des pays arabes. Mondialement, cette place revient aux Philippines.
L’indice de calcul des dangers des catastrophes naturelles et des changements climatiques repose sur le niveau d’exposition et la vulnérabilité des pays à faire face à ces catastrophes et au dérèglement climatique. Le 1e indice renvoie au degré d’exposition aux catastrophes naturelles en général, incluant les tremblements de terre, les Tsunamis, la sècheresse, les inondations, les fortes tempêtes et la montée de l’eau de mer. Le second fait référence à la spécificité des infrastructures propres à chaque pays, et les spécificités sociétales qui pourraient accentuer la souffrance de la population si jamais secouée par un de ces fléaux naturels. Il est également question des capacités d’interventions et les décisions qui pourraient être prises pour faire face à ces évènements naturels.
L’Algérie a connu plusieurs séismes de différentes magnitudes durant son histoire dont celui de 1716 ayant frappé la capitale Alger, faisant 20 000 morts et des milliers de blessés. Sa magnitude et son épicentre ne sont pas connus.
Le pays a enregistré, depuis, plusieurs autres secousses telluriques dans différents endroits. Les tremblements de terre de Chlef en 1980 de magnitude 7,3 qui a fait 5 000 morts, 9 000 blessés et celui de Boumerdès en 2003 de magnitude 6,8 sur la même échelle- 2 266 morts, 10 261 blessés restent les plus meurtriers et les plus dévastateurs de ces dernières années. Les travaux du colloque international sur la réduction du risque se sont déroulés avec la participation des responsables des organismes en lien avec la prévention contre les risques naturels notamment celle des séismes, et des experts et chercheurs algériens et étrangers venus du Japon, de l’Italie, de la Turquie, de Grèce, du Royaume-Uni, du Portugal, des États-Unis et de France, la Norvège et le Canada.
Brahim O.