Deux matchs à huis clos pour une pomme ! La décision de la commission de discipline contre le MC Alger dépasse désormais le simple cadre disciplinaire. En privant le championnat national de l’une de ses plus belles vitrines, la LFP fait preuve d’une sévérité qui interroge, d’autant plus que sa propre jurisprudence vient sérieusement fragiliser la cohérence de cette décision.
Le football algérien n’avait certainement pas besoin de cela. Alors que les instances parlent régulièrement de développement, de professionnalisation et de commercialisation du championnat national, voilà que l’une de ses principales attractions est condamnée à disparaître des tribunes pendant deux rencontres. Deux matchs à huis clos pour le MC Alger, à la suite d’un incident impliquant une pomme lancée sur la pelouse et ayant atteint un joueur de l’USM Khenchela. Un geste condamnable, certes, mais qui soulève une question fondamentale : faut-il sacrifier tout un public et priver une compétition de son spectacle pour l’acte isolé d’un supporter ?
Depuis plusieurs saisons, les tribunes du Mouloudia sont devenues une véritable référence dans le paysage footballistique national. Affluence, chants, animations et ferveur populaire : les Chnaoua offrent aux rencontres du Doyen une dimension que beaucoup de championnats cherchent justement à développer. Ces images constituent une véritable vitrine pour le football algérien. Elles participent à son attractivité, à sa médiatisation et, par conséquent, à sa commercialisation. Pourtant, au lieu de protéger et de valoriser ce patrimoine populaire, les instances choisissent de s’en priver. Quel message la LFP souhaite-t-elle envoyer aux diffuseurs, aux sponsors et aux partenaires lorsqu’elle décide de faire disparaître l’une des ambiances les plus attractives du championnat ? On ne peut pas réclamer un meilleur produit footballistique tout en contribuant à vider ses tribunes. La sanction aura des conséquences immédiates. Les camarades de Ghezala recevront le MC Oran sans leur douzième homme. Un handicap sportif évident pour une équipe qui puise une partie de sa force dans le soutien de son public. Mais le préjudice ne s’arrête pas là. Le club devra également payer une amende de 500 000 DA et renoncer à l’ambiance qui accompagne habituellement ses rencontres à domicile. Des milliers de supporters seront ainsi privés de leur équipe à cause du comportement d’un seul individu. La responsabilité collective ne peut pourtant pas devenir un prétexte pour prendre des décisions déconnectées de leurs conséquences.
La jurisprudence de la LFP oubliée ?
Mais le plus dérangeant dans cette affaire reste encore la différence de traitement qui semble se dessiner. La saison dernière, un autre club avait échappé à l’application immédiate d’un huis clos, alors même que la sanction avait été annoncée bien avant la rencontre concernée. Pour justifier cette décision, la LFP avait avancé un argument précis : les billets ayant déjà été commercialisés, il était impossible de faire appliquer la sanction. Une position qui avait alors permis au public d’assister normalement à la rencontre.
Aujourd’hui, le Mouloudia se retrouve dans une situation comparable. Les billets de la réception du MC Oran avaient également été vendus avant l’annonce de la sanction. Pourtant, l’argument qui avait été jugé recevable lors de la précédente affaire ne semble plus avoir la moindre valeur. La règle change-t-elle selon le nom du club concerné ? La LFP considère-t-elle que les billets déjà vendus constituent un obstacle dans certains cas, mais pas dans d’autres ? Ce précédent n’est pas un simple détail. Il pose directement la question de l’égalité de traitement entre les clubs et de la crédibilité des instances chargées de gérer le football national. Si les circonstances sont comparables, les décisions doivent l’être également. Dans le cas contraire, la LFP doit fournir des explications précises au lieu de laisser s’installer le doute. Sur le plan sportif, le deuxième huis clos pourrait également concerner la réception de l’Olympique Akbou, si le calendrier est maintenu. Après son déplacement à Dar El Beïda pour affronter la JSEB, le Doyen devrait donc retrouver une nouvelle fois un stade sans supporters. Toutefois, sa participation à la Ligue des champions pourrait provoquer le report de cette confrontation et décaler l’application de la deuxième rencontre de suspension au prochain match à domicile.
Il ne s’agit évidemment pas de défendre les débordements ni de réclamer l’impunité pour leurs auteurs. La sécurité des joueurs doit être protégée et les comportements irresponsables sanctionnés. Mais entre sanctionner un individu et priver des milliers de personnes de leur passion, il existe une différence que les instances semblent avoir oubliée. La discipline ne doit pas devenir une sanction aveugle, encore moins un instrument appliqué à géométrie variable.
Au bout du compte, une pomme aura suffi pour faire taire les Chnaoua, priver le championnat de l’une de ses plus belles ambiances et remettre en question la cohérence de la LFP. À force de vouloir sanctionner sans expliquer et de réglementer sans cohérence, les instances finissent par pénaliser le football qu’elles sont censées défendre.
Mohamed Amine Toumiat














