Accueil ACTUALITÉ GHAZA : Ramadhan, une épreuve quotidienne 

GHAZA : Ramadhan, une épreuve quotidienne 

0

À Ghaza, le mois de Ramadhan n’est plus seulement associé aux prières et aux rassemblements familiaux autour de la table de l’iftar. Pour des milliers d’habitants, il est désormais marqué par une lutte quotidienne pour obtenir l’un des besoins les plus élémentaires : l’eau.  La guerre sioniste et les destructions massives qu’elle a causées aux infrastructures ont plongé la population dans une crise sévère, affectant de larges zones de la bande de Ghaza. Chaque jour, l’accès à l’eau devient un défi qui pèse sur la vie quotidienne, transformant des gestes simples en efforts constants et souvent éprouvants. Dès les premières heures de la matinée, de nombreux habitants commencent leur journée en transportant des jerricans vides à la recherche d’une source d’eau. Certains se dirigent vers les puits encore en fonctionnement, tandis que d’autres attendent l’arrivée de camions-citernes, dont la présence est souvent irrégulière et imprévisible. Dans les ruelles et aux abords des centres d’hébergement pour les déplacés, les files d’attente sont devenues une scène habituelle. Les habitants patientent parfois pendant des heures pour remplir quelques litres d’eau, à peine suffisants pour répondre aux besoins d’une seule journée. Cette situation illustre à quel point la pénurie d’eau s’est intensifiée et combien elle perturbe désormais le quotidien de millions de personnes. La crise ne se limite pas à la rareté de l’eau. L’accès à cette ressource est également fortement restreint par les infrastructures gravement endommagées. Les réseaux de pompage et les réservoirs ont subi de lourds dégâts lors des bombardements, et les longues coupures d’électricité empêchent leur fonctionnement régulier. Dans de nombreuses zones, l’eau ne parvient plus par les canalisations traditionnelles, obligeant les habitants à recourir à des solutions alternatives, souvent coûteuses ou physiquement éprouvantes. La pénurie frappe ainsi non seulement sur le plan de la disponibilité mais aussi sur celui de la distribution, rendant la vie quotidienne particulièrement difficile pour ceux qui ne disposent pas de moyens supplémentaires. 

La crise de l’eau s’aggrave de plus en plus 

La situation s’est encore aggravée avec l’arrêt de la ligne d’approvisionnement en eau sioniste « Mekorot », autrefois l’une des principales sources pour la bande de Ghaza. Privée de cette ressource, la population dépend désormais davantage des puits locaux, eux-mêmes confrontés à des pannes techniques ou à un manque de carburant. La diminution des volumes d’eau disponibles a eu un impact direct sur la vie quotidienne. Préparer les repas, laver la vaisselle, nettoyer les vêtements ou encore se doucher sont devenus des tâches nécessitant une gestion minutieuse de chaque goutte. Beaucoup de familles sont contraintes de rationner strictement leur consommation, réservant de petites quantités pour boire et cuisiner, tandis que d’autres besoins sont reportés ou gérés par des moyens improvisés, comme l’utilisation d’eau de mer pour la lessive ou le nettoyage, malgré les risques sanitaires que cela implique. Pour les familles déplacées, cette crise constitue un défi supplémentaire pendant le Ramadhan. Oum Mohammed Al-Far, déplacée de Jabalia vers l’ouest de Ghaza, raconte : « Nous sortons chaque jour avec nos jerricans et marchons de longues distances pour obtenir un peu d’eau. Nous en avons besoin pour boire, cuisiner, laver… pour tout. Parfois, nous attendons des heures jusqu’à l’arrivée d’un camion d’eau. Les quantités obtenues suffisent rarement plus d’une journée, et il arrive que les camions ne viennent pas pendant plusieurs jours. Nous devons alors chercher ailleurs, mais souvent nous revenons les mains vides ». Les difficultés ne se limitent pas à l’effort physique : elles entraînent également un stress psychologique permanent, chaque matin étant marqué par l’incertitude de savoir si les besoins essentiels seront satisfaits. 

Quand le liquide vital devient un luxe

La ville de Ghaza tente de limiter les effets de la crise. Elle indique travailler à l’exploitation d’une vingtaine de puits municipaux et fournir du carburant pour permettre le fonctionnement de plus de mille puits submersibles appartenant à des particuliers.

Ces mesures visent à réduire l’ampleur de la pénurie et à assurer un minimum d’approvisionnement. Malgré ces efforts, de nombreux quartiers restent gravement touchés, notamment Al-Zeïtoun, Al-Shuja’iya, Tal Al-Hawa, Rimal Sud et plusieurs autres zones densément peuplées. Si la situation perdure, l’accès à l’eau risque de devenir l’un des défis humanitaires les plus urgents pour la population de Ghaza, déjà éprouvée par des mois de guerre, de destructions et de déplacements. La crise de l’eau dépasse désormais le simple problème de services publics : elle est devenue un facteur de précarité, de stress et de risque sanitaire, affectant directement le quotidien et la dignité des habitants. Pendant que le Ramadhan devrait être un moment de spiritualité et de rassemblement, il est aujourd’hui synonyme de lutte constante pour survivre, goutte après goutte.

M. S.

Article précédentCISJORDANIE ET EL-QODS SOUS PRESSION : Les violences et les restrictions israéliennes s’exacerbent 
Article suivantJournée internationale des femmes : Ouverture de l’exposition « Femme africaine » à Alger