La mort de Zeïnab Mohammed Mosbah, 63 ans, retrouvée gelée à l’aube de ce lundi devant sa tente dans la région d’Al-Mawassi, au sud de la bande de Ghaza, illustre avec une cruauté absolue la réalité vécue par les civils palestiniens : survivre au froid, à la faim et aux bombardements dans un territoire ravagé, malgré un accord de cessez-le-feu censé protéger les populations.
Cette femme âgée n’est pas morte d’une maladie incurable ni d’un accident imprévisible. Elle est morte de froid, dans une enclave privée d’abris, de carburant, d’électricité et de soins médicaux. Comme des centaines de milliers d’autres déplacés, elle vivait sous une tente de fortune, exposée aux intempéries hivernales. À Ghaza, l’hiver est devenu une arme silencieuse, aggravée par le blocus et la destruction quasi totale des infrastructures. Selon des sources médicales, la pénurie de carburant empêche l’utilisation de moyens de chauffage, tandis que les hôpitaux manquent de médicaments et d’équipements essentiels. Cette catastrophe humanitaire ne relève plus de l’urgence ponctuelle mais d’une politique de strangulation durable. Pendant que Zeinab Mosbah succombait au froid, l’armée sioniste poursuivait, à l’aube de lundi, ses bombardements aériens et d’artillerie sur plusieurs zones de Ghaza, en violation manifeste de l’accord de cessez-le-feu entré en vigueur en octobre 2025. Ces frappes se sont concentrées notamment sur l’est de la ville de Ghaza, le nord du territoire et plusieurs secteurs du centre et du sud. Dans le quartier d’Al-Tuffah, à l’est de la ville de Ghaza, les forces sionistes ont mené des opérations de recherche dans un cimetière collectif contenant des dizaines de corps de Palestiniens, sous prétexte de retrouver la dépouille du dernier prisonnier sioniste. Ces opérations se sont accompagnées de bombardements, de tirs d’hélicoptères et d’armes automatiques, transformant les zones environnantes en champs de mort. Les Brigades Al-Qassam, branche armée du Hamas, ont affirmé avoir transmis aux médiateurs toutes les informations en leur possession sur l’emplacement présumé du corps du prisonnier. Le bureau du Premier ministre sioniste, Benjamin Netanyahu, a confirmé une vaste opération militaire de recherche, malgré les risques évidents pour les civils et les violations répétées du cessez-le-feu. Depuis le début de la première phase de l’accord, les factions palestiniennes ont remis 20 prisonniers vivants et les dépouilles de 27 autres. Pourtant, la poursuite des opérations militaires démontre que la logique de la force prévaut toujours sur celle des engagements politiques. Dans le nord de Ghaza, l’artillerie sioniste a pilonné plusieurs zones à l’est de Jabalia, tandis que des hélicoptères tiraient de manière indiscriminée. Au centre du territoire, des frappes aériennes ont visé les environs d’Abou Al-Ajeen, une zone pourtant placée sous contrôle militaire selon les termes de l’accord. À l’est du camp d’Al-Bureij et dans plusieurs quartiers de Khan Younès, des tirs intensifs ont été signalés, provoquant des incendies dans les tentes de déplacés. Deux Palestiniens ont été tués ce lundi par des tirs sionistes : Mohammed Khaled Abdel Moneim, atteint d’une balle à la tête dans la zone d’Al-Zarqa, quartier d’Al-Tuffah, et Magdi Noufal, tué par un drone près du bloc 12 du camp d’Al-Bureij. Une fillette a également été blessée par balles à l’ouest de Khan Younès, rappelant que les enfants restent parmi les premières victimes de cette violence persistante. Les sources médicales font état de trois morts et vingt blessés au cours des dernières 24 heures, tandis que de nombreuses victimes restent ensevelies sous les décombres ou gisent sur les routes, inaccessibles aux secours en raison de l’insécurité et des bombardements continus. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le nombre de Palestiniens tués s’élève à 486, et celui des blessés à 1 341. Plus de 714 corps ont été extraits des ruines, preuve tangible de l’ampleur des destructions et du coût humain du conflit. Depuis le 7 octobre 2023, le bilan global atteint désormais 71 660 morts et 171 419 blessés. Près de 90 % des infrastructures civiles ont été détruites, selon les estimations des Nations unies, qui évaluent le coût de la reconstruction à environ 70 milliards de dollars. Mais au-delà des chiffres, Ghaza incarne aujourd’hui un espace où la survie quotidienne est devenue un acte de résistance. Mourir de froid sous une tente, être tué par un tir de drone en allant chercher de l’eau, perdre ses proches sous les décombres : voilà la réalité d’un peuple maintenu dans une précarité extrême. La poursuite des frappes malgré les accords de trêve soulève de lourdes questions sur la crédibilité des mécanismes internationaux de protection des civils. Elle révèle aussi l’échec d’une communauté internationale incapable d’imposer le respect du droit humanitaire. À Ghaza, la guerre n’a pas seulement détruit des bâtiments, elle a démoli les conditions mêmes de la vie. La mort de Zeinab Mosbah n’est pas un fait divers : elle est le symbole d’une population abandonnée au froid, aux bombes et à l’indifférence du monde.
M. Seghilani













































