Un rapport récent du Bureau central des statistiques palestinien dresse un tableau sombre de la situation en Palestine à la fin de l’année 2025, révélant des pertes humaines massives, des déplacements de population sans précédent, et un effondrement quasi total des infrastructures de santé et d’éducation, sur fond de récession économique et de chômage record.
Selon les données du ministère de la Santé palestinien, plus de 72 000 Palestiniens ont été tués depuis le début de la guerre israélienne le 7 octobre 2023, dont 98 % dans la bande de Gaza. À la fin décembre 2025, le nombre de victimes à Ghaza s’élevait à 70 942, incluant 18 592 enfants et environ 12 400 femmes. En outre, près de 11 000 personnes étaient portées disparues et le nombre de blessés atteignait 171 195. La guerre a provoqué le déplacement d’environ deux millions de Gazaouis sur une population initiale de 2,2 millions. En Cisjordanie, la recrudescence des violences de l’occupation et des attaques de colons a fait 1 102 morts et 9 034 blessés.
La population a diminué de 10,6 % à Ghaza
Les pertes humaines et les déplacements forcés ont profondément affecté la démographie. La population totale de l’État de Palestine est estimée à 5,56 millions de personnes à la fin 2025, dont 3,43 millions en Cisjordanie. Dans la bande de Ghaza, le nombre d’habitants a chuté de 254 000, soit une baisse de 10,6 % par rapport aux estimations avant le conflit, ramenant la population à 2,13 millions. Le Bureau central des statistiques parle d’un « saignement démographique sévère » dû à la guerre, à l’exil et à la détérioration des conditions de vie. À l’échelle mondiale, le nombre de Palestiniens atteint environ 15,49 millions, dont 5,56 millions en Cisjordanie et à Gaza, 1,86 million dans les territoires de 1948 et 8,82 millions en diaspora, principalement dans les pays arabes (6,82 millions).
Les infrastructures sanitaires effondrées
La guerre a entraîné un effondrement quasi total du système de santé à Ghaza. D’après l’Organisation mondiale de la Santé, 94 % des structures sanitaires ont été endommagées ou détruites. Seuls 19 hôpitaux sur 36 fonctionnent partiellement avec des capacités limitées, dans un contexte de pénurie d’équipements et de médicaments, de manque de personnel et de coupures d’électricité fréquentes. Le nombre de lits hospitaliers disponibles est estimé à 2 000 pour une population dépassant deux millions, un chiffre dramatiquement insuffisant, alors que le nombre de blessés et de malades continue d’augmenter. Environ 60 000 femmes enceintes à Ghaza sont exposées à des risques sanitaires graves en raison de l’absence ou de la rareté des services médicaux. Près de 155 000 femmes enceintes ou allaitantes peinent à accéder aux soins prénatals et postnatals. Plus de 70 % de la population consomme de l’eau insalubre, et 96 % des foyers subissent une insécurité hydrique, entraînant la propagation de maladies intestinales, particulièrement chez les enfants.
L’éducation aussi
Le secteur éducatif a subi des pertes massives. Plus de 179 écoles publiques ont été détruites à Ghaza et 218 autres ont subi des bombardements ou des dommages. En Cisjordanie, les écoles ont fait l’objet de raids et de menaces de démolition, comme l’école primaire de Khillat Amira. L’enseignement supérieur a également été touché : 63 bâtiments universitaires à Gaza ont été complètement détruits, et huit universités en Cisjordanie ont subi des dommages répétés. Le rapport souligne un « carnage humain dans l’éducation » avec 18 979 étudiants tués, dont 18 863 à Gaza, ainsi que 1 399 étudiants universitaires, 797 enseignants et 241 employés du supérieur. L’économie palestinienne connaît un effondrement inédit. Le PIB de Ghaza a chuté de 84 % par rapport à 2023, signe d’un paralysie quasi totale, tandis qu’en Cisjordanie, il a diminué de 13 % malgré une légère reprise de 4,4 % par rapport à 2024. Le chômage a atteint des niveaux catastrophiques : 46 % de la population active palestinienne est sans emploi (78 % à Ghaza et 28 % en Cisjordanie), soit environ 650 000 personnes. La situation traduit la profondeur de la crise économique et sociale que vivent les Palestiniens, exacerbée par la guerre, le déplacement et la destruction des infrastructures essentielles.
M. Seghilani









































