Les observateurs et les spécialistes des questions africaines ont assisté cette semaine à des événements abrités séparément par l’Algérie et le Maroc et dont le déroulé en est la parfaite illustration du fossé qui sépare les deux pays. Décryptage…
EntEntre un pays, l’Algérie, qui agit conformément à l’agenda de l’Union africaine et en respect du cadre légal régissant le fonctionnement de ses institutions, et le Maroc qui mène des actions parallèles où l’improvisation le disputait à l’amateurisme, le contraste est saisissant. D’un côté, Alger a abrité deux événements africains. Les deux rendez-vous ont de commun d’avoir été accrédités en bonne et due forme par l’Union africaine. Des résolutions y afférentes ont été adoptées au niveau du Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’UA. Le premier événement est lié à la Conférence internationale sur les crimes du colonialisme en Afrique qui s’est déroulée du 30 novembre au 1er décembre courant. L’idée de cet événement initiée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a été approuvée par la résolution 903 du Sommet de février 2025. Le deuxième concerne le 12e Séminaire de haut niveau sur la paix et la sécurité en Afrique (Processus d’Oran) qui a eu lieu les 1er et 2 décembre courant. Ce rendez-vous représente une plateforme institutionnelle établie depuis 2013. Elle a été adoptée comme mécanisme permanent par la décision 815/2022 de l’UA et est considérée comme le principal rendez-vous annuel de coordination entre les membres du Conseil de paix et de sécurité (CPS) et les membres africains du Conseil de sécurité de l’ONU (A3).
Représentation UA-ONU de haut niveau à Alger
D’emblée, il y a lieu de relever la participation remarquable au plus haut niveau continental au à la 12e session du Processus d’Oran. À commencer par le président de la Commission de l’Union Africaine, Mahmoud Ali Youssouf, qui marque une première depuis la création de cette plateforme. Une participation qui revêt une forte signification et une symbolique importante. Cela traduit notamment la reconnaissance de la plus haute instance exécutive de l’UA à l’impact croissant du Processus d’Oran sur l’élaboration des décisions africaines en matière de paix et de sécurité. Deuxièmement, il s’agit du couronnement du rôle de l’Algérie en tant qu’acteur majeur au sein des instances de l’UA, notamment après son élection au CPS pour le mandat 2024-2026. Troisièmement, c’est un signal politique fort quant à la place du Processus d’Oran comme l’un des espaces les plus importants de réflexion et de prise de décision en Afrique. Outre le président de la Commission de l’UA, étaient présents les ministres des Affaires étrangères de la Côte d’Ivoire, du Botswana, du Togo, du Rwanda, de la Namibie de l’Angola, de la République sahraouie et de la Tunisie. En sus aux vice-ministres des Affaires étrangères du Ghana, du Libéria, de la Somalie, de la Sierra Leone, de l’Égypte et de l’Afrique du Sud.
D’autre part, il y a eu la présence non moins remarquable du Commissaire à la Paix et à la Sécurité de l’UA Bankole Adeoye, du SG adjoint des Nations Unies chargé des opérations de maintien de la paix Jean-Pierre Lacroix, du SG adjoint des Nations Unies et Représentant de l’Organisation auprès de l’UA Parfait Onanga-Anyanga, de l’Envoyé spécial des Nations Unies pour faire taire les armes Mohamed Ibn Chambas et de l’Envoyée spéciale portugaise pour la région du Sahel, Rita Laranjinha. Cette composante en est une preuve de plus au consensus continental et international sur le rôle joué par l’Algérie, et illustre la dimension et le poids institutionnel des deux événements abrités par Alger.
Le Maroc… hors-la-loi et hors-champs
C’est la dernière trouvaille du Makhzen pour tenter de détourner l’attention sur soi et de minimiser le poids de la diplomatie algérienne et l’impact des événements qu’elle a abrités. En effet, en parallèle aux rendez-vous d’Alger, s’est tenue à Rabat, les 2 et 3 décembre courant, ce que tout le monde vient de découvrir. À savoir, la « première Conférence des victimes africaines du terrorisme ». La réunion a été présidée par le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, aux côtés d’un responsable onusien …au statut d’intérimaire. On remarque ainsi un niveau de participation à minima. Notamment, Alexandre Zouev, SG adjoint par intérim au Bureau des Nations Unies de lutte contre le terrorisme » (par intérim). Il faut savoir que ce rang de représentation temporaire ne reflète pas une présence de haut niveau de la direction de l’ONU. Quant à la participation au niveau africain, la présence s’est limitée aux ministres de pays dont les gouvernements sont le produit de coups d’État et dont les dirigeants sont sanctionnés par l’UA. Il s’agit du Mali, du Burkina Faso et de la Guinée Equatoriale.
Rabat n’a aucun mandat
D’autre part, il y a à Rabat, un problème de compétence. L’UA confie à l’Algérie un mandat sur les questions de paix et de sécurité, tandis qu’elle ne confie au Maroc que le dossier de la migration. Par conséquent, la conférence de Rabat sur le terrorisme est hors du mandat continental. Il y a également le timing qui interroge. L’événement marocain intervient en parallèle ou presque à ceux accueillis par l’Algérie. Cela lève le voile sur une tentative de créer un équilibre symbolique ou médiatique, malgré le grand fossé en termes de légitimité et du niveau de représentation qui séparent les deux rendez-vous d’Alger et de Rabat.
Quoique le contraste soit saisissant, « osons » une comparaison entre les deux pays. L’Algérie a organisé deux événements avec mandat officiel de l’UA, avec en prime une large participation ministérielle, africaine et onusienne. Ce qui en dit long sur la cohérence totale avec la compétence de l’Algérie dans les dossiers de paix et de sécurité et l’impact du Processus d’Oran sur l’Afrique. Quant à nos voisins, leur conférence sur les victimes du terrorisme n’a reçu aucun mandat de l’UA. Le rendez-vous de Rabat qui plus est, a vu une participation limitée aux gouvernements putschistes, une représentation onusienne « par intérim », une organisation en parallèle sans couverture institutionnelle et une absence de tout impact politique sur le continent.
Farid Guellil













































