La bande de Ghaza s’enfonce dans une nouvelle journée de violence, comme si le concept même de cessez-le-feu n’était plus qu’un vestige diplomatique abandonné au milieu des ruines. Lundi, quatre Palestiniens ont été abattus par les forces de l’entité sioniste à l’est de la ville de Ghaza et de Khan Younès, confirmant une fois encore que la « trêve », annoncée en octobre dernier, ne survit que dans les communiqués officiels.
Sur le terrain, les blindés, les hélicoptères et l’artillerie continuent d’imposer leur propre lecture du droit international : celle du feu et de la force. Le correspondant d’Al-Mayadeen, l’un des rares médias encore capables d’opérer dans des conditions proches du chaos total, a décrit une scène d’une intensité militaire incompatible avec tout accord de désescalade. Au sud et à l’est de Khan Younès, les tirs nourris des véhicules et des chars sionistes ont retenti pendant de longues heures, transformant les zones agricoles et les périphéries urbaines en terrains de chasse militaires. À Rafah, les hélicoptères d’attaque ont pris le relais, frappant à plusieurs reprises des secteurs déjà dévastés depuis des mois. Dans le quartier de Tuffah, à l’est de Ghaza, un nouveau bombardement d’artillerie a touché la zone de Chaâf, provoquant une blessure supplémentaire et ravivant la peur permanente qui hante les habitants. Cette zone se trouve près de la « ligne jaune », une démarcation informelle devenue synonyme d’arbitraire mortel : les soldats de l’entité sioniste y déploient régulièrement des opérations de sniping, visant tout mouvement humain au-delà d’un périmètre qu’eux-mêmes redessinent au gré des opérations. L’armée de l’entité sioniste, selon plusieurs sources locales, poursuit également une politique systématique de destruction, faisant exploser des bâtiments civils et industriels prétendument situés dans des « zones tampons ». Ces opérations de « nettoyage » – terme qui révèle, à lui seul, la logique militaro-coloniale qui préside à l’offensive – ont pour effet de dépeupler de force des quartiers entiers, en contradiction flagrante avec toutes les conventions internationales, y compris celles relatives à la protection des civils en temps de conflit. L’accord de cessez-le-feu, signé en octobre dernier, devait offrir un répit minimal à une population brisée par plus d’un an de bombardements et de siège. Officiellement, cet accord engageait les deux parties à stopper toute opération offensive. Dans la réalité, l’entité sioniste a multiplié les violations, depuis les tirs sporadiques jusqu’aux incursions au sol, en passant par les opérations de sniping à longue distance. La contradiction entre les engagements diplomatiques et les pratiques militaires sur le terrain est si flagrante qu’elle pose la question de la nature même de la médiation internationale. Comment peut-on parler de cessez-le-feu alors que blindés, hélicoptères Apache, drones armés et artillerie lourde continuent d’opérer quotidiennement ? L’écart entre les annonces des chancelleries occidentales et la réalité, que vivent les habitants de Ghaza, frôle désormais l’absurde, ou plutôt le cynisme. Les Nations unies, prises entre des équilibres géopolitiques paralysants et une catastrophe humanitaire d’une ampleur historique, publient des communiqués sans effet, appellent à la retenue, mais ne parviennent ni à contraindre l’occupation, ni à protéger les civils. Les médiateurs régionaux, eux, se heurtent à une stratégie israélienne qui ne masque même plus sa volonté de remodeler la bande de Ghaza par la force, quitte à violer ouvertement les accords qu’elle signe.
Près de 70 000 martyrs !
Le ministère de la Santé à Ghaza a confirmé un bilan glaçant : 69 756 martyrs et 170 946 blessés depuis le 7 octobre 2023. Derrière ces chiffres se cachent des milliers d’histoires familiales brisées, des quartiers rayés de la carte, des générations amputées. La majorité des martyrs sont des civils : femmes, enfants, personnes âgées, secouristes, journalistes. Aucun secteur n’est épargné. Ce bilan place l’offensive contre Ghaza parmi les agressions les plus meurtrières du XXIe siècle. Les hôpitaux fonctionnent au ralenti, faute de carburant et de matériel médical, tandis que les morgues, depuis longtemps, ne parviennent plus à absorber le nombre de corps. Les blessés graves, notamment ceux atteints par balles explosives ou par éclats d’obus, meurent souvent faute d’intervention immédiate, en raison de la destruction quasi totale de l’infrastructure sanitaire. Chaque nouvel épisode de violence – même « limité », selon la terminologie des porte-parole militaires – s’inscrit dans un tableau humanitaire déjà saturé d’horreur. Quatre martyrs supplémentaires peuvent sembler un détail dans une telle avalanche de pertes humaines, mais à Ghaza, chaque mort rappelle l’échec collectif de la communauté internationale à imposer ne serait-ce qu’un minimum de protection aux populations civiles.
Une logique militaire devenue doctrine politique
Les attaques répétées de l’entité sioniste relèvent d’une stratégie claire : maintenir une pression militaire constante afin d’empêcher toute stabilisation de la bande de Ghaza. Les cycles de violence, loin d’être des accidents ou des incidents isolés, s’apparentent à une doctrine qui vise à instaurer un état de siège permanent, où la population civile est utilisée comme levier de pression politique. La création ou l’extension de « zones tampons », la destruction de quartiers entiers, les assassinats ciblés, les frappes « préventives », les tirs de snipers et l’usage disproportionné de la force ne sont pas des dérives ponctuelles. Elles représentent la colonne vertébrale d’une stratégie militaire conçue pour fragmenter la société palestinienne, empêcher son organisation, et rendre toute vie normale impossible. Les quatre martyrs de ce lundi, comme des milliers avant eux, sont tombés dans le cadre de cette logique. Il ne s’agit pas d’« incidents sécuritaires » mais de l’expression d’un rapport de domination inscrit dans une dynamique coloniale vieille de plusieurs décennies.
Un enjeu géopolitique qui dépasse Ghaza
Les violations répétées de la trêve révèlent également une mutation géopolitique plus large. L’entité sioniste, sûre de la passivité occidentale, agit en toute impunité. Le soutien politique, militaire et diplomatique que lui accordent ses alliés lui permet de défier publiquement les injonctions internationales, qu’il s’agisse des résolutions de l’ONU, des alertes des ONG humanitaires ou des protestations des organisations régionales. Mais cette impunité n’est pas sans conséquences. Les acteurs régionaux – du Liban au Yémen, en passant par l’Iran et plusieurs mouvements populaires – interprètent la situation à Ghaza comme un test décisif. La fragilité de la trêve et les violations répétées risquent d’alimenter un engrenage où chaque nouvelle attaque locale peut avoir des répercussions transfrontalières. Ghaza n’est plus un front isolé. C’est devenu un point de basculement stratégique dans un Moyen-Orient en recomposition, où la question palestinienne reste le nœud central des tensions militaires, politiques et idéologiques.
Le peuple refuse de disparaître
Malgré les destructions, la faim, le siège et les massacres, la population de Ghaza continue d’exister, de s’organiser, de témoigner, de résister. La dignité, dans ces conditions extrêmes, devient une forme de résistance en soi. Les images de civils cherchant des survivants sous les ruines, de médecins opérant sans anesthésie, de journalistes montrant la vérité malgré les risques, renvoient au monde un miroir qu’il hésite à regarder. Les quatre martyrs de ce lundi ne sont que les derniers noms d’une longue liste que l’Histoire n’oubliera pas. Leur mort rappelle une évidence : tant que l’occupation persistera, tant que la communauté internationale continuera de considérer les Palestiniens comme une variable d’ajustement géopolitique, la tragédie se poursuivra.
La bande de Ghaza reste un territoire blessé mais non brisé. Un territoire qui continue de crier, malgré le bruit des bombes, que la justice n’est pas une option, mais une nécessité vitale.
M. S.















































