Venezuela

Venezuela : L’opposition tient son référendum

L’opposition vénézuélienne organise ce dimanche un référendum officieux destiné à accentuer la pression exercée sur le président Nicolas Maduro qui s’efforce de son côté de créer une instance législative contestée par ses adversaires. Cette initiative se produit alors que l’impopularité de Nicolas Maduro atteint un niveau record, alimentée par le marasme économique et par trois mois de manifestations durement réprimées qui ont fait près d’une centaine de morts. Le scrutin sera ouvert à 7h00 heure locale (11h00 GMT) dans quelque 2.000 bureaux de vote répartis dans tout le pays. Cet acte de désobéissance civile sera suivi d’un événement baptisé «l’Heure H», peut-être le point de départ d’une grève nationale. L’issue de ce référendum n’aura sans doute aucune incidence sur le pouvoir présidentiel à court terme, pas plus qu’elle ne sortira le pays de l’impasse économique dans laquelle il se trouve. Nicolas Maduro, 54 ans, a qualifié à plusieurs reprises le référendum d’illégal et d’insignifiant et mène de son côté une campagne pour un scrutin prévu le 30 juillet dont l’objet est d’élire une nouvelle assemblée dotée de prérogatives qui lui permettront de réécrire la constitution et de dissoudre plusieurs institutions. Depuis sa large défaite aux élections législatives de 2015, Nicolas Maduro refuse de reconnaître l’autorité de l’Assemblée nationale, ce qui témoigne, selon ses adversaires, de ses relents dictatoriaux et de sa volonté de s’accrocher au pouvoir, coûte que coûte. Pour l’ancien syndicaliste, le Venezuela est victime d’une «guerre économique» et les manifestations de l’opposition ne visent qu’à le destituer, avec le soutien des Etats-Unis.

TROIS QUESTIONS
«S’il pleut ou si le tonnerre gronde, le référendum de dimanche se tiendra», a promis vendredi soir Henrique Capriles, l’un des chefs de file de l’opposition. «Nous, Vénézuéliens, allons voter pour l’avenir, la mère patrie et la liberté du Venezuela.» Trois questions seront posées aux électeurs: rejettent-ils l’assemblées constituante voulue par le pouvoir, souhaitent-ils que l’armée préserve la constitution et veulent-ils que des élections soient organisées avant la fin du mandat de Nicolas Maduro, prévue en 2018. L’opposition espère mobiliser des millions d’électeurs et a promis que les résultats seraient communiqué dimanche soir en dépit des obstacles qu’elle devra pour cela surmonter. Elle n’aura en effet pas accès aux infrastructures électorales traditionnelles et les médias ont reçu pour instruction de ne pas offrir d’espace publicitaire à l’opposition. Une participation élevée jaugerait le mécontentement populaire et renforcerait l’opposition tandis qu’au contraire, une faible participation la fragiliserait tout en raffermissant le gouvernement. Pour le gouvernement de Caracas, ce référendum est illégal, tous les scrutins devant être organisés sous la supervision de la commission électorale. «Nous n’allons pas laisser l’extrême droite vénézuélienne s’imposer et affaiblir le peuple», a promis le vice-président du Parti socialiste Diosdado Cabello lors d’un rassemblement en faveur de l’assemblée constituante. Le scrutin est organisé après une longue série de manifestations, à Caracas et ailleurs dans le pays, très souvent émaillées d’incidents violents opposant de jeunes émeutiers masqués, jetant des pierres, des cocktails molotov, des mortiers artisanaux à des forces de l’ordre recourant aux gaz lacrymogènes, à des canons à eau et tirant des balles en caoutchouc. Selon l’opposition, les policiers ont également parfois tiré à balles réelles. Près d’une centaine de morts sont à déplorer depuis le mois d’avril, tant dans les rangs des manifestants que dans ceux de la police. La semaine dernière, sept membres de la garde nationale ont été blessés à Caracas dans une explosion imputées à l’opposition par le gouvernement.