Champions d'Afrique

Vainqueur du Sénégal (1-0), hier, en finale disputée au Caire, l’Algérie remporte sa 2e Coupe d’Afrique des nations : Magique

Dans une finale à très haute tension, «El Khadra», finalement moins dominatrice, n’a pas mis plus de deux minutes pour virer en tête et se rapprocher du titre. Deux petites minutes pour sceller le sort de la rencontre et Bounedjah qui fait mouche après un beau jeu de corps sur une touche venue de la gauche. L’avant-centre algérien, après avoir progressé balle au pied et frappé à l’entrée de la surface de vérité du dernier rempart sénégalais qui ne peut rien et voit, médusé, le ballon, taclé par son défenseur Sané, changer de trajectoire et s’en aller mourir au fond de ses filets. Puis plus rien. 90+5, l’arbitre camerounais libère l’Algérie qui va fêter ses héros comme il se doit. Une autre nuit de folie vient de démarrer

Par Azouaou Aghiles

A nouveau, le football algérien est au sommet. Roi d’Afrique. Grâce à un groupe qui a su bâtir son fabuleux parcours puis un succès final éclatant salué par tous, sur des déboires récents: Palots et sortis du 1er tour de la CAN 17 au Gabon, incapables de survivre à des «qualifs» de cauchemar sur la route du Mondial 18 en Russie qu’ils suivront à la télé. Deux saisons et un immense raté empreint de douleur(s). Profondes blessures Au pays des «Pyramides», et 29 ans après le triomphe de ce qui restait de la fameuse cuvée 82, et faisant même mieux que leurs glorieux aînés, Mahrez et ses frères ont à nouveau disposé, à l’issue d’une finale qui n’aura pas été évidente, d’une coriace sélection sénégalaise animée de revanche et s’ouvrir grandement les portes du paradis. Longtemps traînés dans la boue, rejetés même par une partie de faiseurs de miracles, les Feghouli, M’Bolhi, Guedioura, Brahimi, Slimani et autres talentueux joueurs à l’image des Bounedjah, Belaïli, qui ont curieusement le triomphe presque «gêné», peuvent crier haut et fort , maintenant qu’ils ont rejoint le pays les bagages alourdis d’un trophée unique qui a fait tant languir le public algérien, qu’ils sont les maîtres de l’Afrique. Une belle consécration qu’ils ne doivent qu’à leur seul talent et à la vista de leur coach. Une belle équipe, de très beaux champions que toute l’Algérie peur sortir fêter dans une liesse peu commune. Qu’on imagine grandiose. Ils ont réussi, après bien d’essais infructueux et d’errements dans un passé récent, à s’imposer. En seigneurs. La couronne bien sur la tête. Reconnaissance des puristes en prime. L’aventure qui prend fin sur un monumental, historique succès construit patiemment. Qui n’aura pas été de tout repos. Pas du tout évident, même si les «Guerriers du Désert» ont souvent, comme lors de cette finale de suspense intenable, su se mettre en évidence. En se plaçant toujours un cran au-dessus de leurs vis-à-vis, à défaut de survoler les débats, les «Lions de La Teranga» vendant cher leur peau lors d’un duel épique où les «Fennecs», se montreront toujours aussi solides et solidaires. Avec beaucoup de caractère même si, et c’était attendu, notamment durant ce 1er «half» des plus serré qui les verra toutefois l’emporter sur un petit rien après des débuts moins francs. Quelques difficultés à démarrer malgré ce miracle signé l’inévitable Bounedjah (2 mn) un peu contre le cours du jeu, dirions-nous, au vu de la physionomie de la 1ère mi-temps qui verra « Verts» s’éteindre petit à petit et donner des sueurs froides à leur public, leur permettra de se mettre devant à partir de ce joli mouvement offensif et l’ouverture du score par le buteur des Qataris d’Al Sadd

Oubliée la malédiction
Immense joie d’un travail bien fait. Un boulot bien fini. Sous tout rapport. Le succès mérité et méritoire de tout un groupe renvoyant, pour longtemps encore, l’image d’un Belmadi, un coach qui n’a peur de rien et qui lui a appris à n’avoir peur de personne, à jamais gravée dans les mémoires. Qui a su, sans trop se la jouer, sûr de ses plans et sa bonne étoile, mener à bon port cette génération tellement généreuse et pétrie de qualités, qui promettait monts et merveilles avant d’échouer si souvent, lamentablement, au moment crucial. De vérité. Une bien belle équipe passant souvent à côté, aux portes de la gloire (elle la franchit enfin) pour devenir celle des épopées malheureuses comme cet après Mondial brésilien en 2014pourtant prometteur et qui verra bien des espérances partir en fumée. L’Algérie tient bien en main le célèbre trophée et on gardera, forcément, ces images fortes d’un Djamel Belmadi, en capitaine d’un navire au long cours, et des joueurs bien dans leurs têtes et en voulant terriblement, offrir à leur fidèle public, avec le sentiment du devoir accompli, la plus des sensations. Avec, à l’arrivée d’un tournoi de toute beauté et balayant tous les échecs en cette soirée magique, la fin d’une malédiction. Des clichés pour l’éternité et foultitude de symboles avec une génération qui prend ses responsabilités. Reprend le flambeau, les rênes en Afrique dans un magnifique passage de témoin. L’avènement d’une nouvelle ère, d’un nouvel état d’esprit. Celle d’un groupe uni et d’un coach rêvant debout et faisant rêver (l’opinion ne s’est pas trompée en leur faisant confiance et les portant à tour de bras) qui ont décidé, promis que les temps ont changé. Un coach, une sélection dont on ne peut que louer, maintenant que la victoire finale est là, bien réelle, les mérites. Pour le cœur mis à l’ouvrage, le style imposé et les choix (ce n’est jamais évident), pour certains, contestés avant la grande aventure égyptienne. Avant bien sûr que la grinta d’un collectif et la philosophie de son mentor n’en viennent à vaincre adversaires (sur le carré vert) et «pessimistes». Une équipe d’hommes qui ont fait la différence au mental. Et un homme qui a trouvé le bon dosage, la formule miracle pour (re)mettre chacun à sa véritable place. Les faire briller tout simplement.
Un homme, une sorte de grand frère, pour une mixture osée entre pragmatisme et gestion psychologique et une copie sans grosses erreurs. Comme on aime. Pour que le miracle survienne. Et il est là. Grand et fêté dans l’ivresse, la folie collective. Comme ce succès dont on n’a pas tardé à voir les contours, la nonchalance de certains, voire le manque d’engagement flagrant, ayant été remisé aux placards. La patte d’un homme, la pâte des grands.
Un style. De ceux qui vous mènent une équipe là où elle est maintenant. Sur d’enivrants sommets, seule la victoire demeurant belle. Comptant plus que tout. Une sélection évoluant sur des bases solides et proposant un jeu chatoyant. Inspirée et inspirant confiance. La suite, heureuse, comme au tout début et un 1er tour abouti ? Ce vent frais, de renouveau, qui a soufflé sur l’E.N bien avant de prendre le vol du Caire. Avant ce qui s’avère un fabuleux envol en dominant tous ses adversaires. Ambitions en bandoulière, faire tomber coup sur coup le Sénégal, puis la Guinée, piéger la Côte d’Ivoire puis le Nigeria (ce n’est pas rien, c’est du pur bonheur) et, enfin, le Sénégal, revanchard et qui rendra pour coup, sur la ligne d’arrivée et une «der» à couper le souffle, a, pour de bon, définitivement (merci de vous taire une fois pour toutes messieurs les «analystes») fait … taire les critiques. Cela donne un flamboyant et beau champion. On n’aime pas, parce qu’il y a toujours des rabat-joies? Il restera ces interminables fêtes populaires venant briser la monotonie ambiante et un quotidien lourd à porter pour un peuple aspirant (de bon augure) au changement.
Aussi évident qu’on ne retiendra (non pas que nos «Fennecs», beaux joueurs, ont accouché d’un sacre «moche», en étalant un football de haute facture sous la houlette d’un stratège hors pair qui, comme son équipe, ont fait plus que séduire et entrent par la grande porte dans l’histoire d’une CAN qui aura cédé à leur charme ravageur) que cette 2e étoile que nos orfèvres ont eu le don de ramener dans leur escarcelle avant de la voir brodée sur un maillot «vert» éclatant que tout le pays s’arrache. N’a pas honte, bien au contraire, d’arborer comme butin précieux.Exceptionnel. Gagner et convaincre. Bennacer et ses frères l’ont fait. C’est pourquoi ils méritent tous les éloges. Notre profond respect. Chapeau bas. Merci de nous avoir rendus si fiers.
A. A.

Djamel Belmadi : «C’est extraordinaire»
Aux anges après le succès de ses hommes en finale de la Coupe d’Afrique des Nations contre le Sénégal (1-0) ce vendredi, le sélectionneur national Djamel Belmadi a rendu un hommage appuyé à son effectif, qui a fièrement porté les couleurs de la nation.
« C’est extraordinaire, historique. C’est notre première CAN remportée hors de nos frontières. On avait gagné en 1990, puis il y a eu un long passage à vide. On est un pays de football et on mérite. (…) Meilleure attaque, meilleure défense, que demander de plus ? », savourait l’entraîneur des Fennecs au micro de BeIN Sports après la rencontre. Fier de ce succès, l’ancien joueur de l’Olympique de Marseille refuse pourtant les compliments. Il estime que cette victoire appartient à ses hommes. « Moi sans les joueurs, je suis absolument rien. C’est eux les acteurs principaux. Le staff technique et moi avons pu apporter notre pierre à l’édifice, faire en sorte de guider cette génération talentueuse, mais c’est eux qui appliquent les consignes et ils l’ont magnifiquement faits. »