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Un mort et des blessés dans des manifs contre la hausse des prix en Tunisie : Le ministre de l’Intérieur tunisien à Alger «pour conseil»

La visite du ministre tunisien de l’Intérieur, Lotfi Brahem, à Alger, alors que les manifestations en Tunisie contre la hausse des prix faisaient rage, n’est pas passée inaperçue pour les observateurs, qui y dénotent une volonté de la part de Tunis d’éviter tout dérapage qui les ramènerait au point zéro, sept années après la «Révolution de Jasmin» qui a fait chuter l’ancien président Ben Ali.

Les termes du communiqué de la visite soulignait « une volonté d’intensifier et de consacrer la coopération bilatérale, à travers l’échange d’expériences dans le domaine sécuritaire entre les organes de police des deux pays », et mettait en relief la visite de Brahem au Centre de commandement et de contrôle (CCC) de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) et à celui du Groupement des opérations spéciales de la police (GOSP) de Boudouaou (Boumerdès), ainsi que le «haut niveau atteint par l’Algérie en matière de lutte contre le terrorisme et le crime organisé, sous toutes ses formes», mais les raisons n’étaient pas dans le communiqué. Quand un pays est en crise on reste sur place. Le ministre Brahem le sait pour avoir vécu des manifestations similaires il y a sept ans, et qui ont abouti à la fuite de Ben Ali en Arabie saoudite, et le début d’une crise politique qui a ouvert les portes aux actes de violences terroristes. La Tunisie ne souhaite pas reproduire les mêmes erreurs du passé et fait de son mieux pour en même temps gérer les tensions, et faire en sorte que la police ne soit pas de nouveau au centre du problème, elle qui a été pointée du doigts auparavant, tout en gardant de l’altitude dans cette crise politique en premier lieu. D’autant que le premier mort dans les rangs des manifestants fait craindre le pire. Vu de ce côté-là, la visite de Brahem s’explique d’elle-même.
En effet, des affrontements ont éclaté lundi dernier entre la police et des manifestants dans plusieurs villes tunisiennes. Le pays est en proie à une contestation sociale provoquée par l’entrée en vigueur de nouvelles taxes et d’une série de hausses des prix. Les affrontements ont opposé, à partir de ce lundi, dans des villes de Tunisie, la police et des manifestants dénonçant le chômage, l’inflation et la mise en place de nouvelles taxes. Une personne a été tuée lors de ces heurts. Une dizaine de villes sont concernées par ce mouvement de contestation sociale provoquée par l’entrée en vigueur, le 1er janvier, d’une série de hausses des prix frappant notamment le gasoil, les voitures ou encore les services de téléphonie et d’accès à Internet décidées dans le cadre de la Loi de finances pour 2018. Au total, 44 personnes ont été arrêtées, onze agents de police blessés et plusieurs bâtiments publics endommagés lors des heurts, selon le ministère de l’Intérieur tunisien. Une autopsie devrait avoir lieu, hier, pour déterminer la cause du décès d’un homme de 43 ans à Tebourba, au sud de Tunis, où des échauffourées ont eu lieu dans la nuit, selon les porte-paroles des ministères de la Santé et de l’Intérieur. Le ministère de l’Intérieur a démenti les informations selon lesquelles cet homme a été tué par la police, soulignant qu’il ne portait aucune marque de violence. Selon son porte-parole, il souffrait de «problèmes respiratoires». L’Algérie et la Tunisie, qui sont liées par des accords sécuritaires coordonnent leurs conseils pour éviter les dérapages qui ont balayé le monde arabe il y a quelques années, et la Tunisie, toujours fragilisée par une économie en berne, des actes de violences épisodiques et une situation politique instable, demande toujours conseil chez son voisin de l’ouest concernant les questions qui les intéressent.
F. O.