Bouira

Un début 2018 sur fond de protestations : La population en ébullition à Bouira

Les premiers jours de la nouvelle année 2018 ont connu des protestations citoyennes dans différentes régions de Bouira. En effet, rien que pour la journée d’avant-hier, la wilaya a enregistré trois actions de contestation auxquelles ont pris part plusieurs dizaines, voire des centaines, de citoyens mécontents.

La première action de protestation a été signalée au chef-lieu de la wilaya. Ce sont les travailleurs du groupement algéro-égyptien KOUGC, spécialisé dans les travaux de stations de pompage, station de traitement d’eau et intervenant dans le cadre des travaux du projet des grands transferts AEP du barrage Koudiet Acerdoune, implanté dans ladite municipalité, qui sont montés au créneau pour dénoncer ce qu’ils ont qualifié d’«un plan de licenciement déguisé». Ils étaient quelque 250 agents de sécurité relevant de cette entreprise qui ont pris part à une action de contestation devant le siège de la wilaya de Bouira, dans le but de se faire entendre par les autorités compétentes. Les protestataires dénonçaient le fait que leur employeur, dont l’entreprise est basée dans la commune Djabahia (ouest de Bouira), s’apprêterait, selon eux, à opérer une vague de licenciement sans avoir consulté au préalable le partenaire social, ni même adressé des préavis conformément à la loi. Selon quelques délégués des agents de sécurité en colère «dimanche dernier, on nous a intimé l’ordre de remettre nos badges, nos armes et de plier bagage». Selon nos interlocuteurs, l’employeur «a trouvé un moyen des plus fourbes, à savoir avoir recours au tirage au sort : sur 10 employés, deux seulement pourront garder leur emploi ». Dans un document adressé aux autorités concernées, notamment l’inspection de travail de Bouira et les services de leur entreprise, les travailleurs en colère revendiquent la régularisation de leur situation professionnelle et interpellent les responsables concernés, afin de sévir contre leur employeur, qui, toujours selon eux, «ne respecte nullement» la réglementation en la matière.
La deuxième action, s’étant déroulée durant la même journée, elle a été organisée dans le sud de la wilaya, plus exactement dans le chef-lieu de la daïra de Sour El Ghozlane, où des dizaines de demandeurs de logements sociaux étaient sortis dans la rue pour crier haut et fort leur «longue attente» pour voir enfin la liste des 230 bénéficiaires de ce type de logement rendue publique. En effet, les mécontents ce sont rendu dès les premières heures de la journée devant le siège de l’hôtel de ville, où ils ont organisé un sit-in de protestation, afin d’exiger l’affichage de ladite liste. Les mécontents affirment que la plupart d’entre eux, notamment ceux qui n’ont pas les moyens de louer des appartements, continuent de vivre dans des conditions qui laissent à désirer à l’intérieur de bidonvilles et autres taudis. Sur ce, les protestataires diront que «les travaux de réalisation de ces logements ont été finalisés, au même titre que les projets d’aménagement et de raccordement aux réseaux divers». Ils se demandent donc ce qu’attendent les responsables concernés pour rendre publique la liste des bénéficiaires laquelle aurait été, selon eux, établie au mois d’avril 2017 par le président d’APC sortant. Il convient de souligner, enfin, qu’une délégation des protestataires a été reçue durant la même matinée par le nouveau maire de Sour El-Ghozlane, qui leur à confirmé qu’une première liste de bénéficiaires a été effectivement établie. Seulement, la liste sera étudiée et vérifiée dans les plus brefs délais par la commission locale du logement, et elle sera rendue publique dès sa validation par la wilaya de Bouira, leur a-t-on promis.
Une troisième action de protestation a été enregistrée durant la même journée dans la partie Est de la wilaya, précisément dans la commune de Chorfa relevant de la daïra de l’ex-Maillot, actuellement M’chedallah. Plusieurs dizaines de villageois, dont la plupart des jeunes, ont bloqué durant plusieurs heures, le tronçon de la RN15 traversant leur municipalité sur plusieurs kilomètres. Ici, l’action a été entreprise pour «protester contre la Loi de finances 2018». C’est du moins ce qu’on a pu tirer des banderoles brandies par les jeunes manifestants. Sur d’autres pancartes, on pouvait également lire «La commune de Chorfa interpelle tout le monde à lutter contre la Loi de finances 2018 ! ». Au cours de leur action, les jeunes manifestants ne cessaient de crier que «cette action ne revêt aucune couleur politique» pour lever toute ambigüité.
Sur les lieux, les éléments de l’ordre public étaient présents à la protestation, mais ils se contentaient de dévier la circulation via le centre ville afin d’assurer la fluidité de la circulation automobile. Car, au bout de quelques minutes seulement, un énorme bouchon s’est formé sur ce tronçon, connu pour avoir un trafic routier dense. Les manifestants ont fini par libérer la route à la circulation vers la fin de la journée. Néanmoins, ils ont menacé de revenir à la charge dans les jours à venir si aucune suite ne serait donnée à leurs exigences.
Omar Soualah