Syrie

Syrie : La reconquête de Rakka pourrait prendre encore quatre mois

Quatre mois supplémentaires pourraient être nécessaires pour déloger les combattants du groupe Etat islamique retranchés dans le centre de Rakka, dernier grand bastion des djihadistes en Syrie encerclé par les Forces démocratiques syriennes (FDS). La vieille ville de ce qui fut pendant trois ans la capitale de fait de l’EI en territoire syrien est très densément urbanisée, favorisant la résistance des assiégés.

Les FDS, soutenues par les Etats-Unis et composées dans leur majorité de miliciens kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), se trouvent à environ 400 mètres du coeur de la cité. « Nous avons nettoyé environ la moitié du vieux Rakka et nous avançons sur tous les axes », affirme Haval Gabar, chef d’une unité des YPG, installé dans l’ancien quartier général de la police syrienne surplombant les murs de la vieille ville. Dans sa radio émettrice résonne le crépitement d’armes automatiques tandis que des frappes aériennes sont menées contre des objectifs situés à proximité. Les FDS ont réussi à encercler totalement les djihadistes dans leur bastion. « Avant-hier, il y avait une petite trouée (dans le front sud). Hier, elle a été comblée. Nous avançons maintenant en direction des quartier de Mansour et de Rachid », précise le jeune officier, âgé de 25 ans. Suivant la stratégie victorieuse appliquée à Mossoul, dans le nord de l’Irak, la campagne pour la reconquête de Rakka obéit à plusieurs phases depuis son déclenchement en novembre. La première a été le contrôle des villes et villages entourant le bastion djihadiste afin de couper les accès nord, est et ouest. Les scénarios optimistes avancés un temps par les FDS prédisaient une prise de l’agglomération en quelques semaines, mais les combattants de l’EI ont organisé une résistance acharnée.

UN MILLIER DE DJIHADISTES RETRANCHÉS
Pour retarder une chute qui semble inévitable, les djihadistes ont déployé des tireurs embusqués, piégé des bâtiments ou des véhicules et se servent des civils comme de boucliers humains. « Daech n’est pas présent dans le nord mais nos forces ne s’approchent pas car Daech a piégé ces zones avec un grand nombre d’explosifs et de mines », explique Talal Selo, porte-parole des FDS. « Cela pourrait prendre trois à quatre mois pour en finir à Rakka », estime Haval Gabar, insistant lui aussi sur la difficulté à progresser dans un environnement où la menace est partout présente. Brusquement, une violente explosion secoue le poste de commandement et un nuage de fumée monte de la vieille ville : une voiture remplie d’explosifs vient d’être touchée par une frappe aérienne. La radio se met à grésiller. Une voix annonce qu’il y a des victimes parmi les FDS mais leur nombre ne sera pas précisé. « Il y a moins de combattants (kurdes) tués ou blessés que l’an passé à Manbij », affirme Jiyan, une femme médecin travaillant au poste de commandement des forces syriennes. Gabar reconnaît que la progression de ses hommes est de plus en plus dangereuse à mesure qu’ils approchent du but. « Ils ont beaucoup de tireurs embusqués. Ils sont forts, surtout les Tchétchènes », explique Dael, 20 ans, milicien YPG, pointant du doigts les impacts de balles dans le mur de l’ancien QG de la police. Environ 600 djihadistes, principalement ceux qui avaient une famille, selon l’estimation d’Haval Gabar, ont accepté de se rendre. Le nombre des jusqu’au-boutistes, principalement des étrangers, est évalué à un peu plus de mille. Selon les Nations unies, près de 50.000 civils sont pris au piège de cette résistance désespérée. Chaque jour, une poignée d’entre eux parviennent à s’enfuir. Les frappes aériennes de la coalition auraient provoqué la mort d’au moins 300 personnes à Rakka depuis le mois de mars. « Ce sera bientôt fini », affirme un combattant YPG. « On tue 10 à 15 combattants de Daech chaque jour ».