EN Algérie

Sur les durs chemins de la reconstruction : L’E.N. panse ses blessures et veut se projeter sur l’avenir

La phase «convalescence» a débuté pour les Verts vendredi dernier à partir de Constantine. Sous la houlette d’un Madjer momentanément en manque de solutions, en attendant le retour des blessés (cinq pions indispensables dans l’échiquier ont du déclarer forfait), l’Algérie, encore sous le choc d’une immense désillusion, veut panser ses blessures et repartir du bon pied. Après le Nigeria et un nul heureux pour boucler une douloureuse phase qualificative se terminant comme elle a commencé, en attendant le match néanmoins amical contre l’inconnue Centrafrique, l’optimisme semble être de rigueur tant dans le camp des joueurs que parmi le staff technique. Un nouveau départ ? Le vrai départ ? L’avenir nous le dira.

Par Azouaou Aghiles

Un nul … nuls !
Le «Club Algérie» vient de tourner officiellement la page du Mondial 2018 en Russie. Sur une parité tirée par les cheveux. En tous points conforme à leur situation psychologique, les joueurs, comme écrasés par les critiques et apparemment pressés d’en finir avec une campagne désastreuse, ont paru à nouveau dans leurs petits souliers face à un adversaire nigérian coriace et en meilleure santé mentale. Techniquement et tactiquement, mentalement surtout, en meilleure posture. Coriaces et tellement difficiles à jouer. Dans un stade Hamlaoui de Constantine curieusement bien garni (une assistance nombreuse, comme quoi le public algérien, ce qui se fait de plus versatile au monde, sait pardonner), le très décevant Mahrez et ses coéquipiers boucleront finalement ces qualifications comme ils l’ont entamé avec un nul arraché dans les dix dernières minutes, nous rappelant leur première apparition à Blida où ils n’ont pu faire mieux qu’un compromettant partage de points (sur le même score, 1-1) devant des «Lions Indomptables» pourtant très loin de leur niveau habituel. Un petit point (au décompte finale, cela fait deux misérables petites unités sur six sorties; et donc dix-huit points possibles) et puis s’en vont. Sur la pointe des pieds, la tête basse. Et quand Brahimi, sur un penalty pour le moins généreux accordé par un arbitre gabonais tatillon, rétablira l’équilibre à la marque et évitera un autre revers à une sélection le nez dans le gazon et en blocage permanent, c’est à une tragi-comédie dont le film défilera à vive allure, que l’actuelle star de Porto, au rendement moyen encore une fois comme, du reste, l’ensemble de ses camarades, nous rappellera. à fortes doses de déceptions. Une ultime sortie à l’image d’un parcours d’ensemble des plus ternes qui les aura vus manquer de punch. Dépassés carrément par les événements. Un événement à fort enjeu (ni plus ni moins qu’une Coupe du monde et on sait, depuis 2010, ce que cela représente pour une opinion fatiguée désormais de voir ses favoris malmenés un peu partout sur les terrains du continent) et un monumental ratage difficile à digérer. Une pâle copie, encore une, de rendue. Et la confirmation par une moyenne, pour ne pas dire faible prestation, que le verdict rendu au baisser de rideau d’un tournoi à oublier au plus vite, est des plus logique. Dans un groupe de la «mort» où la moindre erreur (elles seront tellement nombreuses au sein des Verts, précipitant ainsi trop tôt leur descente aux enfers avec un bilan «record» par bien des côtés, la récolte s’avérant catastrophique et unique dans les annales du football national dans ce genre de compétition) sera finalement payée cash, le partage des points face au super leader, un Nigeria tout feu toute flamme et intraitable de bout en bout dans un tournoi quadrangulaire qu’il aura écrasé du haut de la grande qualité de son effectif (il effectuera le déplacement algérien également sans six de ses titulaires, soit un peu plus de la moitié de sa composante), prend les allures d’un vrai exploit par les temps qui courent.

Regrets, regrets et regrets…
Faibles, sans âme, les «Verts» se montreront à nouveau hésitants, incapables de prendre le jeu à leur compte. Réagissant par à coups au lieu d’agir pour un tant soit peu rassurer leurs supporters qui ont bravé, par une soirée à ne pas mettre un chien dehors, le froid pour les soutenir. Les aider à oublier leurs peurs, dépasser le malaise ambiant et rebondir même si, et tout au long d’une autre sortie à mettre aux oubliettes (une occasion, n’est-ce pas, pour le nouveau staff technique, Madjer en tête, de mesurer la difficulté de la mission qui l’attend et les nombreux chantiers ouverts constamment sur le pire, à moins que…), on retrouvera une équipe ayant du mal à relever la tête. Le moral au plus bas. Définitivement traumatisée. Un Madjer certes «serein» (il fera tout, avant le coup d’envoi pour retenir ses nombreuses angoisses pour rassurer et se rassurer mais se montrera, une fois les deux équipes renvoyées aux vestiaires, pensif en perdant de son assurance), mais finalement plus aussi sûr de détenir les clefs du changement promis. De, tout simplement, sortir à son tour indemne de cette nouvelle expérience. D’un défi fou et semé de pièges en tout genre. En commençant, par exemple, par redonner une âme, une envie de jouer et de se battre à des stars (vraies stars pour certains, car toujours courtisés par les plus grosses écuries européennes) que le public algérien a du mal, énormément de mal à reconnaître lorsqu’ils revêtent le «Vert» de la sélection.
Reconstruire une sélection ne manquant assurément pas de grands noms mais en mal terrible de leaders, les potentiels guides rentrant dans les rangs et éprouvant tellement de mal à illuminer de leurs talents respectifs un groupe à la peine. Où sont passés les Bentaleb, Mahrez, Brahimi, Slimani et autres noms ronflants sinon qu’ils ont perdu le sens du collectif. Ne brillent plus que par quelques gestes techniques ne servant en rien la cause sinon à amplifier les regrets. Regrets que les sélectionnés, dans leur écrasante majorité, s’oublient désormais sur le terrain. Comme contraints à de véritables corvées. Refusent souvent de se battre. Ne savent plus en conjuguer le verbe. Solidarité ? Combativité ? De Blida (un nul décevant, en prélude, contre un Cameroun en régression et qui annoncera trop tôt le début de la fin des illusions mondialistes et donc d’une époque), au Nigeria (une vraie humiliation avec un revers cinglant de 3-1 finalement pas cher payé), en passant par la Zambie (un vrai test qui tournera au cauchemar que ce «modeste» adversaire qui le dominera de la tête et des pieds), Constantine (un onze zambien sûr de ses forces qui remua gravement le couteau dans la plaie en précipitant une élimination ne tenant plus qu’à un illusoire miracle, le mirage, qui ne viendra finalement pas), le Cameroun (une 4e défaite de rang et un naufrage en règle pour un équipage sans véritable commandant à bord) et, enfin, Constantine (un nul et l’impression que rien n’a changé, le Nigeria, sans trop forcer et l’esprit déjà à Moscou, dirigeant la manœuvre à sa guise malgré une pléiade de forfaits), on aura pu constater, dans l’amertume que l’on sait, comment l’E.N algérienne, manquant d’arguments et particulièrement touchée au mental, rarement épargnée par les critiques (souvent subjectives, ce qui, de l’avis de beaucoup d’observateurs, a précipité les choses dans le mauvais sens), a fini par glisser dangereusement dans la hiérarchie mondiale.

Satisfactions, vraiment ?
à fini par perdre de son aura et l’estime de ses millions de fans. Ne sait plus assumer son rang, encore moins le statut qu’on lui prête sur le continent, les dernières phases finales de CAN et cette catastrophique campagne mondiale nous offrant une sélection décevante. Transparente à l’image de ses nombreuses vedettes dans leurs petits souliers et loin de confirmer leur réputation. Vendredi soir, Madjer, alignant un onze des plus modestes, a du sûrement vérifier, à ses dépens, combien étaient rares les satisfactions face à des «Super Eagles» qui n’ont que rarement mis le pied sur le champignon, se contentant de contrôler les débats à leur convenance avant de passer à côté d’une victoire qu’ils ont patiemment construit avant le cadeau du référée qui a permis à Brahimi, trop individualiste au goût de nombre d’analystes (remarque valable pour son compère Mahrez d’ailleurs logiquement remplacé en cours du jeu, d’éviter au public (les travées de Hamlaoui s’étaient désemplies aux trois quarts avant cette sanction ou fleur, c’est selon) une nouvelle déception. Dans son point de presse d’après match, Madjer énumérera quelques satisfactions, en félicitant ses joueurs de s’être «bien battus sur toutes les balles, de s’être montrés combatifs et solidaires (…) Satisfaction aussi sur le plan mental comme le prouve cette envie de ne pas baisser les bras devant une forte adversité et égalisera sur la fin.» Pour nous dire que «tout n’a pas été négatif.» Peut-être pas assez pour gagner, pour le moment, contre un gros calibre comme le Nigeria mais des signes («les joueurs se sont donnés à fond», dira-t-il) qui ne trompent pas que quelque chose est entrain de changer dans l’esprit du groupe ? Que l’aventure qui débute, si elle s’annonce problématique, annonce bien des changements, voire la fin d’un cycle, vaut le coup, comme le challenge dont il hérite, pour Madjer et ses adjoints, tous les sacrifices ? D’éventuelles levées de boucliers, et ça commence déjà à jaser dans certains cercles, même si l’intéressé dit et redit «ne pas trop prêter attention aux critiques qui me visent.» Le plus dur va commencer pour celui qui affirme « savoir où je mets les pieds». Attention à la marche néanmoins. Surtout lorsqu’on sait qu’à nos frontières Ouest et Est, avec les brillantes qualifications du Maroc et de la Tunisie, la tendance (ce qui exacerbe les frustrations du public algérien) est à la fête non stop. Félicitations pour nos voisins quand même mais, loin de toute jalousie mal placée, une pointe de déception quand même !
A. A.