Zefzafi

Soulèvement du Rif : Le procès a haut risque de Nasser Zefzafi

Alors qu’il y a une pause dans le soulèvement au Rif en attendant le grand rendez-vous du 20 juillet qui marque le grand retour des rifains de la diaspora, le procès de Nasser Zefzafi, leader charismatique du mouvement populaire qui secoue le Rif a débuté, hier, à Casablanca.
Emprisonné depuis la fin mai sous prétexte d’avoir perturbé le prêche d’un imam à Al-Hoceima, Nasser Zefzafi est jugé par les juges de la chambre criminelle de la cour d’appel de Casablanca, comme s’il était un criminel. Le chef du Hirak, brillant orateur dont les discours dénonçant « l’Etat corrompu », enflammer les foules au Rif, est accusé d’ « atteinte à la sécurité intérieure » et il risque plusieurs années de prison. Depuis la mort atroce de Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson broyé dans une benne à ordures fin octobre 2016, le chômeur de 39 ans menait le soulèvement contre le makhzen. Depuis plus de huit mois à Al-Hoceima mais aussi la plupart des villes rifaines qui ont été soulevées par des manifestations pacifiques, rassemblant plusieurs milliers de personnes, revendiquant le développement d’une région abandonnée aux prédateurs proches du Palais royal.
Pris de panique le Makhzen a recouru aux vielles ficelles de la carotte et du bâton en mettant en avant la relance d’un hypothétique plan d’investissements et de chantiers d’infrastructures, avec des visites répétées de ministres qui n’ont pas réussi à calmer la colère. Le Makhzen après avoir crié au complot et « séparatisme » a recouru à une féroce répression et quadrillé le Rif de forces de sécurité. Dans le même temps et avec l’arrestation de Nasser Zefzafi, la totalité des leaders et figures emblématiques connues du Hirak ont été arrêtés et torturés selon des ONG marocaines. Les affrontements avec les forces de sécurité suite aux provocations policières se sont multipliés, les policiers tentant vainement d’empêcher les rassemblements de soutien et de solidarité avec les prisonniers du Hirak. Selon un dernier bilan officiel, 176 personnes ont été placées en détention préventive. Cent vingt sont en cours de jugement, passibles de sévères condamnations allant jusqu’à vingt mois de prison. Sous la pression, les manifestations ont finalement cessé début juillet. La tension est aussi retombée avec le retrait des policiers des lieux publics emblématiques à Al-Hoceima et Imzouren, une mesure décidée par Mohammed VI avant qu’il ne se rende en son château de Betz pour ses longues vacances estivales. Pour autant le soulèvement est loin de s’essouffler et des manifestations sont improvisées sur les plages, tandis que des appels sur les réseaux sociaux et de concerts de casseroles ou de klaxons sont organisés réclamant la libération des prisonniers. L’approche sécuritaire musclée adoptée par les autorités est très critiquée par les ONG et la société civile marocaine et jusqu’à la classe politique.
Le responsable de l’Istiqlal, Hamid Chabat, pour se refaire une virginité, a demandé la remise en liberté de Nasser Zefzafi et de ses codétenus, dont la cause était « pacifique » et les revendications « économiques et sociales», a-t-il dit. à l’image du Premier ministre islamiste Saâd Eddine Al-Othmani, les principaux partis du pays sont revenus sur leurs accusations soufflées par le palais royal de «séparatisme» contre le soulèvement. Un rapport du Conseil marocain des droits de l’homme (CNDH), un organisme officiel, relatant les cas de torture a été transmis à la justice. Alors qu’il n’a pas soufflé un mot sur la situation dans le Rif lors de sa visite à Rabat, le président français Emmanuel Macron, a cru utile de faire recevoir à l’Elysée le patron de la DST marocaine.
M. Bendib