Smaïn Lalmas, président de l’ACE, au Courrier d’Algérie : « l’installation des usines de montage de véhicules est un facteur de dynamisation du tissu industriel »

-Le Courrier d’Algérie : Un sujet qui n’a pas vraiment dominé l’actualité et qui est presque passé inaperçu malgré son importance, celui de l’installation des constructeurs automobiles italiens Fiat et Iveco en Algérie, s’ajoutant au projet de Peugeot. Pourtant, ce genre de projets pourrait chambouler toute l’industrie automobile en Algérie mais aussi l’économie nationale.
-Smaïn Lalmas : Le constructeur automobile français Peugeot compte prochainement s’installer en Algérie en créant sa première usine de fabrication de véhicules. Trois modèles pourront être fabriqués en Algérie dès l’ouverture de l’usine, à savoir la 301, la 208 et la Citroën Elysée, c’est ce que le ministre de l’industrie a annoncé, c’est ce que nous avons comme informations pour le moment sur ce sujet.A vrai dire , je n’ai pas beaucoup d’informations sur le sujet, mais ce qui est certain c’est que Peugeot dispose d’un dossier de référence sur lequel il va s’inspirer pour négocier et asseoir son projet, en essayant d’avoir les mêmes avantages sinon mieux que ceux accordés à Renault Algérie, son concurrent. Pendant ce temps , une usine Peugeot à Kenitra au Maroc verra le jour en 2017, avec 90 000 à 100 000 véhicules par an, destinés essentiellement à l’export avec 4 500 emplois directs et 20 000 emplois indirects, notamment chez les équipementiers. Son taux d’intégration devrait atteindre 60%, avant de passer à 80% à terme.Pour répondre à votre question, nous avons deux hypothèses, si le projet Peugeot sera négocié comme Renault Algerie, c’est-à-dire, 300 emplois, faible taux d’intégration de 12% avec une production destinée exclusivement au marché local, c’est donc un projet qui n’apportera pratiquement rien d’intéressant à notre économie, bien au contraire, puisque chaque véhicule produit localement est un véhicule importé à hauteur de 88% (vu le faible taux d’intégration). Pour la deuxième hypothèse, si le gouvernement Algérien bénéficiera des mêmes avantages que les Marocains, dans ce cas-là, l’apport sera conséquent pour notre économie, notamment pour notre industrie.

Pensez-vous que ces installations seront une aubaine pour le secteur de la sous-traitance?
Je reviens encore une fois sur le projet Peugeot Maroc, projet similaire qui est un projet de référence pour moi en l’absence d’informations concernant Peugeot Algérie ; il faut savoir que l’installation officielle de PSA dans une zone franche de Kénitra, promet d’être un facteur de dynamisation du tissu industriel de notre voisin de l’Ouest.
Le redéploiement de Peugeot-Citroën au Maroc permet au royaume marocain de disposer d’un relais supplémentaire de croissance à l’international. Le groupe français compte saisir, de son côté, les mesures incitatives, notamment fiscales et foncières, qu’offre le royaume.Si le taux d’intégration sera aussi important chez nous, que celui annoncé au Maroc, dans ce cas là, on verra la création d’un bon tissu de sous-traitants autour de ce projet et d’autres à l’avenir. Reste à savoir, comment la partie algérienne va négocier le dossier.

-Est-ce que ça va booster également le commerce extérieur?
-Vous devez savoir qu’il s’agit d’un investissement étranger, et que le volume des investissements directs étrangers (IDE) à destination des pays en développement s’est considérablement accru depuis les années 90.
L’attrait des IDE est un axe important du commerce extérieur, généralement justifié par de nombreuses attentes, dont l’impact sur la croissance, apports en ressources financières, ouverture aux marchés internationaux, hausse de la productivité, lamélioration des capacités de gestion locales et bien sur les transferts de technologie. Les pays hôtes rivalisent afin de proposer l’environnement juridique (code des investissements), les politiques économiques et les conditions de production les plus attractifves ; d’ailleurs, très souvent, les gouvernements jouent un rôle important dans le développement et la promotion des IDE .Ils offrent de nombreuses incitations financières et non financières pour attirer les IDE dans leurs pays. Pour l’Algérie, les IDE semblent être le meilleur moyen de s’insérer dans la mondialisation et de stimuler le développement industriel, de booster les exportations de façon rapide et durable et de rattraper +ou- le retard technologique ; mais pour réussir il faut au moins deux conditions importantes, une meilleure organisation de notre économie, et une ressource humaine qualifiée. Je crois qu’il est plus que nécessaire de penser à mettre en place une nouvelle stratégie avec une meilleure définition des cibles et objectifs pour redresser notre économie et sauver ce qui reste ….à sauver.

En tant que représentant des exportateurs, que pensez-vous des mesures de la LFC 2015 qui a été adoptée dernièrement par l’APN?
Une loi de finances a pour objet de déterminer, pour un exercice, la nature, le montant et l’affectation des ressources et des charges de l’État, ainsi que l’équilibre budgétaire et financier qui en résulte.Concernant les lois de finances complémentaires, elles existent dans de nombreux pays développés et émergents. On y a recours lorsque des évènements imprévisibles ont eu lieu et qu’il y a nécessité de faire des ajustements au niveau du budget de l’état. C’est le cas pour notre pays pratiquement pour chaque année. Cela dit, je trouve anormal, l’élaboration, quasi-annuelle, d’une LFC , cela dénote d’un manque de vision stratégique chez nos décideurs.

-Pensez-vous, comme certains, que cette LFC se présente comme étant un moyen de faire barrage aux barons de l’import-import et de permettre une redynamisation de la production nationale.
-Qui est le baron de l’import ? C’est tout simplement un importateur qui bénéficie d’une protection en haut lieu, lui permettant d’avoir des facilités et largesses lors de ses opérations d’importation. Donc pour faire réellement face à ces barons, il faudrait s’attaquer tout simplement à leurs couvertures et parrains.
Pour la redynamisation de la production nationale, il est certain que ce n’est pas avec une LFC qu’on va réussir ce challenge, il faudrait mettre en place une véritable stratégie, avec une politique d’accompagnement sérieuse des producteurs locaux, en faisant le recensement ou un diagnostic réel nous permettant de déterminer leurs points forts et leurs points faibles, et de mieux connaitre leurs capacités afin de répondre à leurs besoins de manière efficace et de les aider à grandir.D’autres mesures d’incitation et d’encouragement doivent suivre, cela dit, le problème est trop profond pour être réglé par de simples mesures, il faut avoir le courage de proposer un traitement de choc et des reformes audacieuses pour espérer un avenir meilleur de notre économie, s’appuyant essentiellement, comme je l’ai souvent évoqué, sur une ressource humaine de qualité.Plusieurs taxes et impôts ont été maintenus en vigueur, amendées ou instituées à destination des ménages et des entreprises.

-Les taxes foncières, taxes sur les déchets ménagers ou sur l’acquisition de voitures sont, entre autres, concernées. Quel commentaire faites-vous dans ce sens?
-Vous savez, face à la chute sensible des cours du pétrole, donc baisse des revenus du pays, et connaissant la stérilité de nos décideurs à trouver des solutions innovantes et intelligentes de sortie de crise, le gouvernement a choisi d’opter pour des actions classiques à combiner pour supporter ce déficit, notamment en dévaluant la monnaie nationale pour renflouer de façon artificielle les caisses de l’état l’autre action consiste à plus de rationalisation des dépenses ou plus de rigueur dans la gestion budgétaire, et en dernier, c’est l’instauration de nouvelles taxes, avec la revue à la hausse de celles existantes déjà, et bien sûr plus d’impôts. Donc, le gouvernement Sellal veut, pour renflouer les caisses de l’état, pomper le sang des Algériens, pour la simple raison que ces augmentations vont se répercuter sur le pouvoir d’achat du citoyen, faisant encore une fois du peuple algérien la première victime de ces décisions.

-On parle déjà de la loi de finances 2016, mais à votre avis, que va apporter de plus cette loi et la LFC 2015 pour le commerce extérieur?
-Effectivement, la loi de finances complémentaire 2015 prévoit d’assurer une meilleure régulation du commerce extérieur. Des facilitations seront accordées en faveur de l’investissement productif créateur de richesse et d’emplois, afin d’encourager et de stimuler la production nationale, et réduire ainsi les importations massives de produits superflues à l’économie nationale.
Mais nos différents gouvernements nous ont habitués à des mesures conjoncturelles dictées par les dysfonctionnements du moment ; il ne faut surtout pas s’attendre à des miracles de cette LFC.
Le commerce extérieur est une activité qui est considérée comme étant le cœur de tout développement économique d’un pays, cette activité chez nous n’a jamais eu l’attention souhaitée ni la place méritée dans le plan de développement économique de notre pays, c’est ce qui explique sa faillite.
Entretien réalisé par Ines B.

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