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Réunion ad hoc du CPS sur le Sahara occidental : Le Maroc viole l’Acte constitutif de l’UA

C’est une réunion pas comme les précédentes sur la situation du Sahara occidental que celle qu’a tenu, hier, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA), à Addis Abeba.

À moins de trois mois, en effet, de l’adhésion du Maroc à l’UA, après que celui-ci a paraphé l’Acte constitutif de l’Institution africaine, la réunion ad hoc, convoquée par le CPS sur le Sahara occidental et à laquelle devait assister le Maroc, a constitué un premier véritable test pour Rabat qui a brillé par son absence, à la réunion d’hier du CPS de l’UA, à laquelle ont assisté les membres du Conseil et les représentants de la République sahraouie, dont son ministre des Affaires étrangères. Le Maroc doit assister aux côtés de la République arabe sahraouie démocratique (Rasd) pour répondre aux préoccupations des membres du Conseil de paix et de sécurité de l’UA sur le Sahara occidental, après l’adhésion de Rabat à l’UA suite à sa signature de l’Acte constitutif de l’Organisation continentale.
Reconnaissant de fait la Rasd, un des membres fondateur de l’UA, en paraphant l’Acte en question, le Maroc s’est dérobé par son absence à la réunion ad hoc du CPS de l’UA. Le Maroc qui est tenu de respecter les statuts et le fonctionnement des commissions et l’agenda en général de l’ensemble des organismes de l’Institution africaine par son absence, hier, à la réunion du CPS de l’UA dévoile au grand jour ses objectifs escomptés par sa demande d’occuper un siège au sein de l’Organisation africaine. Il s’agit, comme ont averti des observateurs de la scène africaine et de la politique marocaine, de semer la zizanie et le trouble au sein de l’UA, laquelle institution a réussi, depuis plus de vingt ans, en l’absence du Maroc, à se pencher sur les différents problèmes de l’Afrique et une place importante dans sa coopération avec l’ONU pour la promotion de la paix et la sécurité.
Rabat, en paraphant l’Acte constitutif de l’UA, est tenue de mettre fin à sa colonisation au Sahara occidental, en application de l’article 4 dudit Acte, lequel stipule le respect des frontières existant au moment de l’accession à l’indépendance.
L’article en question de l’UA réaffirme, pour rappel, «l’intangibilité des frontières héritées de l’époque coloniale comme principe fondateur de l’Organisation panafricaine». Et c’est sur cette base et de ces nouvelles donnes que la réunion ad hoc du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA qui se tient d’une manière régulière sur la situation de la dernière question de décolonisation en Afrique, s’est tenu, hier, et devait, pour la première fois, voir le Maroc, qui occupe le Sahara occidental depuis son invasion militaire de ce territoire en 1975, y prendre part. Alors que, lors de la séance de la clôture des travaux du dernier Sommet de l’UA, Rabat n’a pas refusé de rentrer dans la Grande salle des Conférences, où siégeaient l’ensemble des membres, dont les responsables de la République sahraouie. Mais Rabat a brillé, hier, par son absence à la réunion du CPS, ce qui constitue une violation des us et du règlement relatif au fonctionnement de l’UA. Rappelons que la réunion des membres du CPS sur le Sahara occidental intervient après une semaine des déclaration de l’Envoyé spécial de l’UA pour le Sahara occidental, Joaquim-Alberto Chissano, soulignant le besoin «urgent» d’une surveillance «indépendante, impartiale et durable» de la situation des droits de l’Homme dans les territoires sahraouis occupés.
En marge de la 34e session du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, fin février au 1er mars, derniers, à Genève, Chissano à différentes consultations, lors desquelles, il a informé les participants des préoccupations de l’UA concernant les violations des droits de l’Homme dans les territoires sahraouis occupés.
L’ancien président du Mozambique a de même appelé le Conseil des droits de l’Homme et toutes les instances onusiennes concernées à œuvrer davantage pour fournir une «aide technique conséquente» aux parties prenantes concernées par la surveillance des droits de l’Homme au Sahara occidental occupé.
La violation par le Maroc du cessez-le feu en ligne de mire de l’UA, sur fond des tensions à El Guerguarat, suite à la violation par Rabat, de l’Accord du cessez-le-feu, conclu en 1991, sous les auspices de l’ONU, entre les deux parties en conflit, le Front Polisario et le Maroc. La réunion du CPS devait voir le Maroc répondre aux questions des membres du CPS, relatives aussi, selon un communiqué du Conseil, à l’interdiction par Rabat de la Mission de l’UA qui devait se rendre à Laâyoune, ville sahraouie sous occupation marocaine.
La réunion du CPS sur le Sahara occidental a coïncidé avec la réunion, à New York, du secrétaire général du Front Polisario, président de la Rasd, Brahim Ghali, avec le nouveau SG de l’ONU, Antonio Guterres, lequel a été informé sur les derniers développements de la question du Sahara occidental et des obstacles du Maroc aux efforts de l’Institution onusienne pour trouver une solution juste et durable sur la base des textes de la Charte de l’ONU relatifs à une question de décolonisation inscrite sur son agenda, depuis 1966.
Karima Bennour