Tebboune-Ouyahia

Récapitulatif politico-social de 2017 : Les hauts et les bas

L’année 2017 fait désormais partie des archives. Si l’année 2016 a été relativement stable sur le plan politique, 2017 l’était moins et plus «troublante» et «mouvementée» pour ainsi dire.

En cause : trois gouvernements étaient arrivés durant l’année écoulée au Palais du Docteur Saâdane, pour un scénario entamé par le départ d’Abdelmalek Sellal après cinq ans au poste de Premier ministre. Plusieurs raisons sont derrière, mais il est certain ; la crise économique a précipité les choses. En parallèle : ces reconfigurations de la scène politique opérées par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, sont en quelque sorte un «mal nécessaire» pour répondre aux nouveaux défis économiques et sociaux du pays. En parallèle, d’autres évènements viendraient marquer l’actualité et alimenter la cacophonie médiatique de la presse nationale.

Bonne année puis Asseggas Ameggas !
L’année 2016 est supposée être cruciale pour la langue amazighe qui a vu son statut rehaussé au rang de langue nationale et officielle à la faveur de l’amendement de la Constitution. Mieux, l’année 2017 s’est achevée en apothéose avec une avancée plus signifiante. Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a consacré durant le dernier Conseil ministériel Yennayer (12 janvier de chaque année) journée nationale, chômée et payée. Le chef de l’État a ordonnée également à l’Exécutif d’accélérer l’installation de l’Académie de la langue amazighe (article 4 de la Constitution) pour sa promotion et généralisation. La langue antique de Massinissa, Gaïa et Syphax sera utilisée dans les documents officiels et elle sera appliquée initialement dans 4 ministères. La décision du Président a été saluée unanimement par la classe politique comme un «un rendez-vous avec l’Histoire» et «porteuse d’une vision futuriste servant la stabilité et l’identité nationales ». La consécration de Yennayer vient répondre aux revendications portées par plusieurs générations et militants identitaires, dont le dernier épisode est les récentes manifestations dans les régions berbérophones du pays pour la généralisation de l’enseignement de la langue amazighe.

Trois gouvernements en une année !
Une première depuis l’Indépendance du pays : trois gouvernements pour gérer une seule et même crise économique. Beaucoup d’interrogations qui ne trouvent pas de réponses et qui tendent paradoxalement à en devenir des énigmes pour les politiciens et analystes sur la scène politique. D’aucun n’ont pas compris le fait qu’Abdelmalek Sellal-alors Premier ministre- qui avait entamé des pourparlers en vue de composer un nouveau gouvernement à la suite des élections législatives de mai dernier, sera éjecté dans les prochains jours. Après l’installation de la nouvelle deuxième chambre parlementaire, Abdelmadjid Tebboune, ministre de l’Habitat dans le précédent gouvernement, a succédé, le 24 mai, à Sellal mais sans avoir le même souffle pour perdurer aussi longtemps que lui. Il détient désormais le record de longévité la plus courte au gouvernement, dont aussi le parcours le plus soft des ministres avec seulement 24 heures, celui occupé par Messaoud Benagoune, issu des rangs du MPA. En effet, en moins de 100 jours seulement et après des couacs avec les partenaires clés du gouvernement, Patronat et UGTA, on apprendra surprise ou pas son départ. Il sera remplacé par Ahmed Ouyahia qui en devient ainsi le doyen des Premiers ministres algériens en drivant 4 gouvernements sous le règne du président Bouteflika.

«Révélations» d’Ould Abbès face au «réalisme» d’Ahmed Ouyahia
La deuxième moitié de 2017 était charnière dans la vie politique du pays. En somme, deux rendez-vous électoraux ; législatives en mai et locales en novembre, qui ont donné une dynamique aux partis politiques.
Dans les meetings électoraux, les élections présidentielles, fixées pour 2019, ont été largement évoquées et on a commencé à parler d’éventuels prétendants ou d’un cinquième mandat pour le président Bouteflika. Les partis de l’Alliance présidentielle ont amélioré leurs scores électoraux très loin devant les partis de l’opposition. Mais, malgré cette performance, les deux partis principaux, FLN et RND, ont mené une véritable course pour influer chacun sur le cours de la vie politique nationale. Ce qui est de bonne guerre. On a même assisté à une rhétorique «guerrière» avec le SG du FLN révélant être détenteur d’«un missile ramené de la Russie pour torpiller» ses ennemis, ou menaçant d’utiliser « un chalumeau» pour griller les militants désobéissants à ses instructions. En face, son rival du RND, et néanmoins Premier ministre, Ahmed Ouyahia, semble privilégier la prudence dans le propos comme mesure disciplinaire. Pas de déclarations incendiaires, celui désigné le 15 août dernier a été pourtant une cible favorite de l’opposition dans sa gestion des affaires économiques du pays. «L’homme de la situation» disent certains alors que d’autres lui attribuent le titre de «personnalité de l’année».

Islamistes : instabilité versus unité
Longtemps en errance dans le désert, les différentes formations composant le courant islamiste ont tenté durant l’année écoulée une recomposition et des alliances pour éviter leur disparition et chercher à reconquérir de nouveaux terrains. Deux alliances : Ennahda-Adala-Binaâ et MSP-FC -se fusionnant après dans un seul parti- ont émergé mais sans résultats conséquents aux élections. C’est ce qui explique leur positionnement dans l’opposition politique.
Les retrouvailles des frères ennemis ont été considérées alors comme «une maturité» du courant islamiste, mais le «zaïmisme» semble l’emporter sur les débats politiques de fond. Un constat présent chez le MSP avec une polarisation menée entre Abderrezak Makri et Abdelmadjid Menasra, respectivement le fraîchement arrivé et l’autre fraîchement sortant de la présidence du parti de Mahfoud Nahnah. Le congrès du parti fixé pour cette année est un vrai test de l’unité pour le parti s’il arrive à se prononcer sur un candidat rassembleur pour les Présidentielles de 2019.

Un front social en ébullition
Le front social n’a pas chômé durant toute l’année 2017. En effet, plusieurs secteurs ont connu des actions de protestations et grèves menées par pas moins de 14 syndicats autonomes professionnels en colère notamment contre les lois sur les retraites et les finances. Les travailleurs ont suivi l’appel dans plusieurs secteurs de la Fonction publique, comme dans l’Éducation, la Poste et la Santé et mêmes les imams ont perdu leur sagesse et sont sortis dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol. La protestation a touché aussi les étudiants des écoles normales supérieures et les médecins résidents, promettant de revenir à la charge pour cette année encore. Le tout conjugué à une cherté de la vie des suites des nouvelles dispositions de la LF 2018 et des hausses des prix de plusieurs produits alimentaires et des carburants.
Hamid Mecheri