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RASD : Manœuvres marocaines et «diplomatie royale»

Alors que l’on est toujours en attente de la publication du rapport de l’ONU et sa présentation aux membres permanents du Conseil de sécurité, des informations, savamment distillées par les sites de propagande marocaine et leurs relais espagnols, laissent entendre que le SG de l’ONU aurait l’intention de nommer l’ancien chef d’État allemand, Horst Köhler (2004 -2010), en tant que son nouvel Envoyé spécial pour le Sahara occidental. Une information d’autant plus surprenante qu’elle intervenait au moment même où l’intéressé intervenait à Marrakech à un colloque de la Fondation du milliardaire anglo-soudanais BO Ibrahim qui passe pour un intime du souverain marocain, et l’un de ses lobbyistes attitrés auprès des chefs d’État africains, notamment. Il faut se demander ce qui pousse le Secrétaire général de l’ONU, très bon connaisseur du dossier sahraoui, à vouloir nommer un représentant novice en diplomatie internationale, même s’il est membre du groupe de Bildeberg et de la commission trilatérale. Le Maroc veut-il imposer une personnalité proche des milieux d’affaires et de la finance internationale pour mieux faire pression sur lui, et imposer ses points de vue coloniaux comme il l’avait fait avec Peter Valsum qui avait tourné le dos aux Résolutions des Nations unies sur le droit des Sahraouis à l’autodétermination, pour proposer la solution néocoloniale de l’autonomie.
Il faut rappeler que les seuls représentants du SG de l’ONU qui ont tenu tête à l’arrogance marocaine et aux manœuvres de Rabat et de son allié inconditionnel au Conseil de sécurité, la France, ont été les diplomates américains James Baker et Christopher Ross, fortement appuyés par l’administration américaine. Le Maroc qui a fait tout un tapage autour de la nomination d’Antonio Guterrez au poste de Secrétaire général de l’ONU décrétant d’office qu’il était «un ami du Maroc», a accusé le choc de la défaite électorale d’Hillary Clinton, avant de se lancer à travers le lobby sioniste dans une opération de charme pour séduire l’imprévisible Donald Trump. Fort du soutien de l’Aipac, la monarchie marocaine, dont les liens privilégiés avec Israël sont un secret de Polichinelle, compte agir à travers le très influent beau-fils du chef de l’État américain, Jared Kushner, ses engagements pour le sionisme. Pour revenir à l’éventuelle nomination d’Horst Köhler, comme nouvel Envoyé spécial de l’ONU pour le Sahara occidental, elle ne ferait que perpétuer le statu quo et encouragerait les fuites en avant du Maroc. Spécialiste des questions économiques et financières et se piquant de bonne gouvernance –sa conférence à Marrakech portait sur l’autoritarisme, un thème tout indiqué pour la monarchie marocaine qui use et en abuse– à l’inverse de ses derniers prédécesseurs, les Américains James Baker et Christopher Ross, n’a aucune expérience diplomatique pour amener le Maroc à la table des négociations et surtout relancer la Minurso pour permettre l’organisation tant attendue du référendum d’autodétermination du peuple sahraoui. Il aura la lourde charge s’il est désigné de succéder à Christopher Ross qui a tenu tête au Maroc nommé Envoyé personnel du SG de l’ONU pour le Sahara occidental en janvier 2009, et qui a réussi à organiser neuf rounds de pourparlers informels, dont le dernier s’est tenu entre le 11 et le 13 mars 2012 aux États-Unis, à Greentree, Long Island, près de New York. Depuis, c’est l’impasse. Christopher Ross n’étant pas en odeur de sainteté au Maroc. Rabat a décidé de lui retirer sa confiance de façon unilatérale. Le Maroc qui appréhende le rapport de Christopher Ross sur le Sahara occidental et qui sera, selon toute vraisemblance, sans complaisance à l’égard du Maroc, va sortir les grands moyens et sa diplomatie-spectacle pour influencer et faire pression sur le Secrétaire général de l’ONU et sur le Conseil de sécurité pour faire passer ses thèses. D’ores et déjà, Rabat a laissé filtrer des informations sur l’«accord» qu’aurait donné le roi pour le retour au Sahara occidental de 17 membres de la Minurso, alors qu’il en a expulsé 80. D’un autre cöté, on se perd en conjectures sur les vacances royales de Mohammed VI à Cuba, et de visites qu’il projette dans des pays d’Amérique latine, soutenant la Cause sahraouie. Fera-t-il un saut à Washington et à New York, sans y être invité, pour brouiller les cartes avant les réunions cruciales du Conseil de sécurité sur le Sahara occidental ?
Mokhtar Bendib