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Qui peut encore croire aux sornettes de Prison Break ?

Après huit ans d’absence, la série carcérale est de retour avec un épisode ultra-nostalgique. Mais son scénario abracadabrant risque de nous perdre.

Cela va sans dire, mais on le dit quand même, cet article contient quelques petits spoilers pour ceux qui ne seraient pas à jour dans Prison Break. Souvenez-vous, c’était en 2005 : Michael Scofield, un petit génie, charmant de surcroît, se faisait incarcérer dans la même prison que son frère Lincoln Burrows – au passage, pour ceux qui n’ont jamais compris, le premier a pris le nom de famille de la mère et le second, du père. Le but : faire évader son frangin à l’aide des plans de prison, tatoués sur son dos. Avec Prison Break, une nouvelle génération découvrait le pouvoir addictif des séries – et le feuilleton en jouait, multipliant les twists improbables jusqu’à l’overdose. En 2009, rideau : Michael Scofield tire sa révérence dans un téléfilm (il succombe à une grave maladie), non sans avoir aidé à planifier une dernière évasion – celle de sa dulcinée Sara Tancredi.
Il faut croire que les héros de série ne meurent jamais vraiment (surtout dans Prison Break) : dans cette nouvelle saison, le personnage incarné par Wentworth Miller ressuscite ! Comment est-ce possible ? Les scénaristes se gardent bien de révéler le secret et misent sur la joie du public à l’idée de retrouver les anciens personnages, qui sont revenus en masse. Le côté nostalgie fonctionne un temps mais nos espoirs d’un retour réussi sont vite douchés par un scénario absolument abracadabrant ! Notre ami Lincoln reçoit donc la visite de T-Bag, le psychopathe incarné par Robert Knepper, fraîchement sorti de prison. Celui-ci lui apporte une mystérieuse enveloppe contenant une photo défraîchie de Michael. Sapristi, il se pourrait qu’il soit vivant ! Linc’ se précipite pour annoncer la nouvelle à Sara Tancredi, qui a refait sa vie dans un pavillon avec un mari transparent. C’est aussi le moment que choisissent de mystérieux tueurs pour pourchasser Lincoln – qui commence à croire que son frangin n’est peut-être pas si mort.
Grâce à C-Note, autre ancien de Fox River devenu Imam respectable, Lincoln retrouve la trace de son frère dans une prison yéménite – décidément, tous les chemins mènent à la détention pour Michael. Après un passage éclair de Fernando Sucre, autre vétéran de la série, Linc’ et C-Note sautent dans l’avion pour le Yémen, en pleine guerre civile (dans la série).
Pour attirer de nouveaux spectateurs, la série se fait didactique à l’excès. La propension des personnages à expliciter les scènes ou à préciser leurs origines frise parfois le ridicule, comme cette phrase de T-Bag, au moment où il rencontre un mystérieux docteur qui le rencarde aux horaires de fermeture de l’hôpital : “Alors c’est vous, l’homme mystérieux qui m’a donné rendez-vous à 21 h 30 alors que tout le bâtiment est fermé ?” Merci, Einstein.
À part ces paresses d’écriture, les scénaristes ont joué fin en gardant le mystère autour de la “résurrection” de Michael, plutôt que d’amener d’emblée une justification hasardeuse. Et en la matière, les scénaristes de Prison Break ont un lourd passif. Beaucoup de spectateurs (dont l’auteur de ces lignes) n’ont pas digéré le coup de la mort de Sara Tancredi, la chérie de Michael, au cours de la saison 2. On voit même furtivement sa tête coupée dans une boîte. Pourtant, elle revient bien vivante au cours de la saison 4. Réponse des producteurs : “Ce n’était pas sa tête dans la boîte.” Après cela, comment être crédible ?

Vieux jeu
Vu les trahisons passées de la série, on considère avec inquiétude l’intrigue autour du sort de Michael. On voit mal par quelle pirouette les scénaristes pourraient s’en sortir… Surtout que depuis 2005, de l’eau a coulé sous les ponts en matière de série. Les fictions abandonnent peu à peu la tactique du cliffhanger (les fins d’épisodes à suspense) rocambolesque pour accrocher le spectateur. S’entêter dans ce mode de narration tiendrait presque de l’aberration. Surtout que Prison Break ne peut pas compter sur son esthétique ni sur l’originalité de son scénario pour la sauver. Pas sûr que la génération Netflix trouve son compte dans cette fiction un brin vieux jeu.
Ce qui nous amène à cette question : fallait-il faire revivre Prison Break ? On penche plutôt pour le non. D’ailleurs elle n’aurait jamais dû survivre à sa première saison. C’est le problème des séries “high concept” – une situation initiale tellement forte et originale qu’une fois résolue, le programme perd tout son intérêt. Et vu la qualité des autres “revival” de vieilles séries cultes comme Heroes ou 24 Heures Chrono, le retour de Prison Break a tout du projet risqué. Si l’explication de la résurrection de Michael est un fiasco, alors le feuilleton nous aura définitivement perdu, et nous n’aurons aucun scrupule à laisser le bellâtre croupir dans son cachot.