Procès de la plus grande mafia de tous les temps

Le procès a un tant soit peu éclipsé la campagne électorale. Fallait-il remettre à plus tard le procès au risque de perdre la confiance des citoyens qui l’attendaient de pied ferme, comme preuve de la sincérité du pouvoir ? Le procès a certainement renforcé le camp des votants, et partant légitimé l’option constitutionnelle. Ce jugement aurait-il pu avoir lieu dans une conjoncture de transition, de constituante ? Probablement pas. Aucun des prévenus actuellement en prison n’aurait été incarcéré et d’autres fortunes se seraient encore évanouies. Les preuves des crimes économiques auraient été effacées, et des délinquants de toutes sortes agiraient peut-être encore en toute impunité… Les nombreux dossiers de corruption seraient dans les tiroirs, et le peuple serait de plus en plus en colère, puisqu’en plus de l’impunité, la crise économique n’aurait fait qu’empirer.
La justice algérienne de demain ne serait pas en train de naître aujourd’hui et aucun ponte de la grosse ou de la petite mafia ne serait en train de faire des cauchemars. On n’aurait vu ni Saïd jouant le trouble mental, ni Sellal abattu, mains sur les joues, tête baissée, ni Ouyahia, les yeux hagards perdus dans le vide. On n’aurait pas vu la justice dans son plus bel habit en train de remettre les valeurs morales à leur place, faisant trembler ceux qui se croyaient au-dessus du peuple, et bien sûr, au-dessus de la loi.
La mafia politique, qui a exercé le pouvoir avant même le détournement du cachet présidentiel du Président déchu, a permis aux hommes d’affaires de s’impliquer directement dans le champ politique, en tant que groupe de pression et d’intérêt, et même en tant que membres des deux chambres du Parlement. Leur mainmise sur les affaires et leur proximité avec les centres de décision ont permis à certains de rentrer en force à l’APN, en achetant carrément des postes de députés. Le pouvoir ne s’est pas contenté de leur octroyer une quotepart de devises dans le cadre des réformes du Plan d’ajustement structurel, qui était supposé permettre au privé de voler de ses propres ailes. Or ils ont non seulement pillé des centaines de milliards de dollars, qui auraient pu relancer le secteur industriel étatique, mais ils sont toujours dépendants des banques pour s’approvisionner. Les innombrables desserrements législatifs n’ont fait que démultiplier le nombre d’importateurs, et fait de l’Algérie un pays entièrement dépendant de l’importation au lieu d’en faire un pays exportateur. Cette politique de casse de l’économie nationale est inséparable de la prolifération de mafieux du sommet à la base.
Combien de fois avons-nous entendu parler de rapt de la mafia sur la République, d’une corruption institutionnalisée, avec un parrain, des rabatteurs et une faune de corrompus dont les alliances avec le sommet de la pyramide, notamment de Saïd Bouteflika, celui que tout le monde voulait approcher, toucher, bénir ? Celui qui méprise encore la loi et l’éthique en refusant de répondre au juge…
Par Ali El Hadj Tahar