G5 Sahel

Préludes pour un « coup de force » occidental au Sahel : Qui cherche à exclure l’Algérie des négociations ?

Tous les ingrédients sont réunis pour annoncer que dans un futur proche, une guerre sans merci sera livrée au Sahel, c’est-à-dire aux portes sud de l’Algérie : les États-Unis consentent un nouveau budget pour Africom ; la France inscrit l’opération Barkhane dans la durée, avec renouvellement des hommes, des équipements et du budget ; mais surtout, on assiste à des réunions du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), d’où l’Algérie est exclue.
L’Algérie, elle, qui défend une solution politique et pacifique de la crise à travers la conclusion, puis la mise en œuvre, des «accords d’Alger».
Les capitales occidentales, Paris et Washington, avaient encouragé et aidé à monter une coalition du G5 Sahel, qui va se retrouver vite dépassée par les groupes terroristes, qui dament le pion à la France partout au Nord-Mali (il faut le préciser). Ce G5 Sahel demandera l’intervention de l’Onu, laquelle dépêchera alors ses troupes, dont des élites de l’armée israélienne.
Pour le moment, on organise des réunions annonciatrices de cet état de fait. Bamako et Paris ont annoncé le lancement de la force conjointe G5 Sahel pour contrecarrer le terrorisme dans la sous-région. Alger est absente de cette réunion fermée ; mais le plus étrange, c’est encore son absence de la réunion qui se fera en Espagne dans quelques jours, avec les pays du G5 Sahel + le Maroc.Ainsi, des responsables français, espagnols, marocains + les pays du G5 Sahel se sont convenus d’une rencontre en terre ibérique. La présence du Maroc et l’absence de l’Algérie posent problèmes.
Que Rabat y prenne part, cela peut sembler logique (bien que le Maroc s’est toujours tenu éloigné des guerres locales contre le terrorisme que menait l’Algérie avec les pays du champ), puisqu’il s’agit d’un pays qui a ses attaches maghrébo-saharo-sahéliennes ; mais que l’Algérie y soit exclue, cela peut prêter à des interrogations légitimes et profondes, s’agissant du joueur principal dans le jeu des médiations dans les pays du Sahel, et essentiellement au Nord-Mali, depuis la rébellion première de Hassan Fagaga de 1991.
Il est vrai que le processus de paix né des « accords d’Alger » connait des difficultés pour avancer ; mais ces difficultés ont été générées tant par Bamako, qui a mis deux longues années pour mettre en application ces accords, que par les mouvements du Nord-Mali, signataires de ces mêmes accords. Mais tant qu’une solution politique négociée est là, la guerre doit être rejetée encore loin. L’accord de paix d’Alger, concrètement, deux ans après sa signature, est confronté à d’énormes problèmes. Dans les régions Nord du Mali, les jihadistes dictent leur loi.
Cette recrudescence de la violence n’épargne aucune partie du territoire du Nord-Mali. Les mécanismes sécuritaires dont l’opérationnalisation du Mécanisme opérationnel de coordination ne sont pas effectifs, les sites de cantonnement, aussi, ne le sont pas, les réfugiés ne sont pas encore de retour. En une année de travail, le Comité de suivi de l’accord (CSA) n’a pu trancher jusqu’à récemment, que la question du budget et celle de la représentativité. Les questions cruciales de l’accord continuent à diviser les membres dudit comité. Comme pour dire que la paix n’est pas pour demain, des affrontements entre groupes armés dans le Nord du Mali, font reculer les accords encore plus.
L’opération militaire Barkhane a lamentablement échoué. C’est la presse française et les spécialistes français eux-mêmes qui le disent. Relancer une autre opération militaire occidentale aura les mêmes effets. Pendant ce temps, le terrorisme aura gagné en force et en influence, et les pays de la sous-région, y compris l’Algérie, auront perdu en forces et en ressources.
Pour faire court et clair, on ne veut pas de solution politique négociée ; on cherche la guerre coûte que coûte. Pourquoi ? Là, c’est un long propos qui s’ouvre à nous…
O. F.