Handicapé

Plus de 45 000 nouvelles personnes handicapées par an : La Laddh dénonce un manque de prise en charge

Comme chaque année, l’Algérie célèbre la Journée nationale des personnes handicapées. Dans ce contexte, l’occasion a été donnée aux différentes associations pour mettre en exergue les conditions jugées «difficiles» que vit cette catégorie de la société dans son quotidien. C’est le cas de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (Laddh), qui, par le biais d’un rapport accablant, affirme que cette frange sensible est marginalisée par les pouvoirs publics, les classant en case de «citoyens de second degré». Tout en remettant en cause les chiffres fournis par le ministère de la Solidarité nationale, qui dénombre 2 millions de personnes handicapées dans le pays, la Ligue souligne que chaque année l’Algérie compte 45 000 nouveaux handicapés, victimes d’accidents de la route ou nouveaunés ayant subi des erreurs médicales. «Les chiffres avancés par le ministère de la Solidarité avancent 2 millions de handicapés; or, ce taux n’a pas avancé d’un iota depuis 2010», écrit l’ONG dans ledit rapport, avant de poursuivre : «Les handicapés représentent 10% de la société algérienne, soit 4 millions d’habitants». Donnant plus de détails quant à ces chiffres, l’ONG a certifié que «chaque année l’Algérie compte 45 000 nouveaux handicapés, dont 39 000 nouveau-nés ayant subi des erreurs médicales, et 6 000 personnes victimes des accidents de la route». Tout en rappelant que l’Algérie a ratifié la Convention relative aux droits des personnes handicapées et le Protocole facultatif du 12 mai 2009, la Ligue a, cependant, exprimé ses regrets que sur le terrain, l’État algérien n’a pas tenu ses engagements ce qui concerne les droits, en l’occurrence, l’enseignement, la santé, le travail. En effet, pour l’ONG, l’Algérie accuse d’un grand retard dans la prise en charge des handicapés. À cet effet, la Ligue algérienne a fait savoir que selon les données qu’elle détient «80% des personnes handicapées souffrent du chômage ». «Les handicapés sont privés dans notre pays de leurs droits. Ils sont privés de monter dans le tramway, le métro et les bus; or, que les quelques accès qui existent au niveau des établissements administratifs publics ne répondent pas aux normes internationales », écrit encore la Ligue dans son rapport. Abordant l’épineuse question de l’allocation allouée aux personnes handicapées, estimée à 4 000 DA, pour les personnes souffrant d’un handicap à 100%, l’ONG a qualifié celle-ci d’ «insuffisante», vu que la grande majorité de ces personnes sont marginalisées et ne peuvent accéder au marché du travail. Même si, rappelle l’ONG, le décret exécutif 14-244 du 30 juillet 2014 exige à toute société employant plus de 20 personnes à consacrer 1% de ses postes aux personnes souffrant d’un handicap. En sus, l’ONG a signalé que la situation est bien plus «dramatique» pour les personnes aveugles qui ne sont pas classées comme des personnes handicapées à 100%, et ne bénéficient que d’une modeste allocation, bien inférieur à 4 000 DA. Et, d’ailleurs, ils ont été privés de leur augmentation prévue 28 février de 2009, rappelle la même source. Mais il n’en demeure pas moins que le secteur de l’éduction est le plus concerné par la marginalisation de cette franche. En effet, selon la Ligue, les élèves handicapés se trouvent privés de scolarité, par manque de moyens nécessaires, essentiellement les sourds-muets, dont la scolarisation ne dépasse jamais le cycle moyen. «Cet état de faits démontre que la prise en charge des personnes aux besoins spécifiques n’est qu’un slogan creux», regrette encore la Laddh. Au sujet des solutions, la Laddh appelle le gouvernement, à l’élimination de la discrimination, et à assurer les droits fondamentaux des personnes handicapées, et ce, conformément à la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées ratifiée par l’Algérie le 12 mai 2009. Tout en appelant à établir des cartes d’identités biométriques contenant des informations sur les personnes à besoins spécifiques, la Ligue n’a pas manqué d’appeler à la mise en place d’une cartographie pour dénombrer ces personnes. Au sujet des revendications matérielles, l’ONG appelle a revaloriser l’allocation destinée aux personnes handicapées, pour atteindre les 18 000 DA, conformément au SNMG.

Lamia Boufassa