Plongée depuis quelques années dans une spirale de violence : La descente aux enfers de l’université algérienne

Certes, le phénomène de la violence, en milieu universitaire, n’est pas nouveau dans notre pays. Cependant, celui-ci a pris une tournure dangereuse ces dernières années. Sensé être un milieu fréquenté par l’élite de la société, il semblerait que l’université algérienne s’est transformée en arène de combat et en proie à la délinquance.

Confrontations sur les campus, port d’armes, agressions verbales et physiques, tentative d’assassinat et vandalisme des lieux publics… La communauté universitaire, à sa tête le Conseil national des enseignants du supérieur (CNES) ne cesse de sonner l’alarme. Affirmant que le taux de violence dépasse aujourd’hui les 60%, le Cnes tente, tant bien que mal, à sensibiliser la société quant à ce fléau qui gangrène l’université algérienne.
Aujourd’hui, ces lieux du savoir et du rayonnement ont perdu leur âme. Et les incidents, voire les crimes perpétrés à l’encontre des enseignants défrayent la chronique. D’ailleurs, les cas de violence, qui se sont invités en ces hauts lieux du savoir, ne sont guère isolés. En effet, au mois de mai dernier, un enseignant a été victime d’une agression commise par un groupe d’étudiants à l’université de M’Sila. « L’enseignant en question, Mohamed Mili en l’occurrence, a été victime d’une indigne agression qui peut être classée dans le registre de « tentative d’homicide volontaire», par un groupe d’étudiants dans l’enceinte même de l’Institut de gestion des techniques urbaines», avait dénoncé le Cnes par le biais d’un communiqué de presse. L’agression a fait plonger la victime dans un état comateux. Aussi, le 16 février dernier au niveau d’un amphithéâtre à la faculté Alger 3, les enseignants de sciences politiques, sont agressés par des baltaguia. Jusque-là impunis, les agresseurs n’ont pas tardé à récidiver le 1er juin passé, et ce sont les enseignants de sciences économiques qui ont en fait les frais. Il convient aussi de rappeler que le 13 décembre 2016, une enseignante, Yekhlef Djamila, de l’université Akli Mohand Oulhadj (Bouira) , a été agressée par un étudiant. C’est ensuite au tour de Hamid Rabah d’être à son tour agressé en plein cours sans que l’agresseur ne soit interpellé et passé en commission de discipline ! Le plus dramatique dans l’histoire est le fait que ces enseignants soient agressés par des jeunes délinquants. Un étudiant délinquant peut sembler paradoxal pour certains mais c’est la triste réalité. Sans scrupules, ces derniers sont prêts à tout pour décrocher leur année ou leur diplôme. Apprendre les intéresse peu, tout ce qui compte, à leurs yeux, c’est d’avoir un bout de papier en fin de cursus sur lequel est mentionné «diplôme». Mais ce n’est pas seulement les enseignants qui sont victimes de ces actes «barbares». En effet, on se rappellera du jeune étudiant tué à la sortie du campus à Tamda dans la wilaya de Tizi-Ouzou. Face à ces multiples crimes, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique n’a toujours pas réagi, et ce, malgré les plaintes des enseignants et des cris de détresse lancés par la communauté universitaire. La situation de l’université interpelle, non seulement pouvoir publics, mais toutes les franges de la société. Ce sont toutes les familles qui ont un étudiant à l’université. Pis encore, le danger est de voir le jour arriver où l’université ne symbolisera plus le rayonnement scientifique et le savoir. Enfin, il est utile de noter que ces cas de violences, dont l’université est devenue le théâtre, ne sont pas étrangers aux violences qui traversent la société algérienne qui, il faut le dire, perd de plus en plus ses repères et ses valeurs.
Lamia Boufassa